MARION AUS DER AKADEMIE NANTES IN SCHLESWIG-HOLSTEIN

Le 8 mai est arrivé sans que j'aie rien vu venir. Je pensais à ce jour depuis déjà très longtemps, mais tout me semblait encore irréel. Le stress du départ m'avait envahie depuis une bonne semaine, les jours et les heures passaient avec une rapidité étonnante. Je suis donc partie ce samedi, la gorge plutôt serrée. J’en voulais un peu à mes parents de m'avoir poussée dans cette histoire. J'ai fait tout le voyage avec ma meilleure amie, qui partait elle aussi pour deux mois et demi. Quelques larmes, une correspondance à Paris et quelques heures plus tard, j'atterrissais à Hambourg où ma famille m 'attendait...
Durant une première période, j'ai trouvé la vie plutôt dure : la France, mes amis, ma famille me manquaient. J'avais l'impression d'être vraiment seule, malgré tous les efforts de ma famille allemande. Elle m'avait vraiment accueillie chaleureusement et veillait toujours à ce que je ne manque de rien. Ils discutaient volontiers avec moi, même si au début, c'était plutôt dur ! Je n'ai pas trouvé tout de suite ma place au sein de la famille, ma timidité m'empêchait de prendre des initiatives, comme grignoter quelque chose quand j'avais faim et même, parfois, sortir de ma chambre ! Heureusement, ils étaient là pour me sortir de mon trou !
Au lycée, l'accueil a été bien différent. Les professeurs et les élèves ne faisaient pas trop attention à moi. N'ayant pas reçu de tuteur de la part de l'établissement, je ne savais pas trop ce que je devais faire, ce que l'on attendait de moi. J'étais complètement perdue, et personne sur place vers qui me tourner. Je crois que le lycée a été pour moi l'expérience la plus difficile. J'y étais très mal à l'aise du fait des personnes qui ne faisaient pas du tout d'efforts pour mon intégration, mais aussi du fait du système scolaire, qui est complètement différent du système français. Les relations entre élèves et professeurs sont plus détendues et les élèves d'une classe font plus penser à un groupe d'amis qu'à de simples camarades de classe, comme en France. Quant au rythme scolaire, il est vraiment moins intense qu'en France !
Durant cette période, j'ai eu la chance d'effectuer un petit séjour à Berlin avec ma famille, passant ainsi de l'ancienne Allemagne de l'Ouest à l'ancienne Allemagne de l'Est. Au niveau du paysage, je n'ai pas remarqué de différences particulières, à part la taille des parcelles agricoles qui, à l'Est, sont plus grandes, dû à la collectivisation. A Berlin, la marque du passé est naturellement plus forte, mais cette ville a vraiment un charme particulier auquel on ne peut résister.
Mais les « coups de blues », la plupart du temps en fin de journée, ne disparaissaient pas pour autant ; je voulais rentrer en France.
Environ un mois après mon arrivée, pas mal de choses ont changé. J'ai commencé par ne plus pleurer, puis par me sentir très bien au sein de la famille. La vie que je menais me plaisait, et puis surtout, je ne ressentais plus de manque quelconque.
Pour mon anniversaire et celui de ma meilleure amie (qui était près de Hambourg), nos correspondantes ont organisé une fête et nous nous sommes vues. Le fait de la voir m'a fait un bien fou. Enfin une personne à qui je pouvais me confier sans la barrière de la langue et qui me comprenait vu qu'elle était dans le même cas que moi ! Une semaine après, j'ai reçu la visite de mes grands-parents, qui sont restés deux jours. Ils m'ont aidée à prendre conscience de la chance que j'avais d'être ici et à partir de ce moment là, j'ai décidé de profiter pleinement de mon séjour sans trop penser à la France. Et ça a marché ! Vint alors une période d'émerveillement, d'envoûtement et de curiosité pour toute la vie, dans ses moindres aspects. Et chose étonnante, je ne voulais plus rentrer en France. Ce qui me dérangeait encore, c'était le lycée, je ne m'étais pas du tout intégrée, et même si je comprenais nettement mieux, j'avais énormément de mal à me faire comprendre.
Vint enfin une troisième et dernière période, encore environ un mois plus tard. C'était les vacances ! Nous sommes partis faire un « Radtour » à travers le Schleswig-Holstein et le Danemark. J'ai découvert l'Allemagne sous un autre angle, allant d'auberges de jeunesse en auberges de jeunesse. Ce voyage à vélo était, je pense, la meilleure façon pour moi d'apprendre la langue. Les mots me venaient spontanément, et les fautes éventuelles que je faisais ne m'empêchaient plus de parler. Et c'est bien connu, c'est en parlant que l'on apprend une langue ! J'ai alors fait d'énormes progrès que je ne réalisais pas encore.
Je me sentais très bien. Je considérais alors ma famille d'accueil d'une autre manière, un peu comme ma deuxième famille. J'assistais maintenant aux disputes inévitables dans une famille qui, jusque là, m'avaient été dissimulées ! J'avais un esprit plus critique que durant les deux premiers mois et, pesant le pour et le contre, j'appréciais la vie que je menais à sa juste valeur.
Enfin, le 17 juillet, il a fallu que je fasse ma valise et que je quitte toutes les personnes que j'avais rencontrées et auxquelles, je peux l'avouer, je m'étais attachée. A l'aéroport, quelques larmes n'ont pu être évitées, mais nous nous sommes quittés avec la promesse d'une prochaine fois. Là encore, j'ai voyagé avec ma meilleure amie. Et en France, toute ma famille et mes plus chers amis m'attendaient impatiemment. Le retour a été plutôt dur pour moi mais il s’est fait au bon moment parce que quinze jours de plus auraient été de trop et auraient pu faire changer toute mon opinion sur cette expérience.
Aujourd'hui, avec un peu de recul, je remercie mes parents de m'avoir un peu poussée à vivre cette expérience, qui était pour moi une vraie aventure. Ce voyage m'a permis de rencontrer plein de nouvelles personnes, je me suis très bien entendue avec ma correspondante et nos nombreux points communs nous ont permis de partager beaucoup de choses. J'ai énormément voyagé en deux mois et demi, j'ai découvert Berlin, Flensburg, Hambourg, Husum, l'île de Sylt, le Danemark... Et je remercie ma famille parce qu'elle a joué un rôle important dans le bon déroulement de mon séjour.
Maintenant que les cours ont repris, j'ai vraiment réalisé à quel point j'ai progressé par rapport à ceux de ma classe qui ne sont pas partis. J'ai un esprit plus critique qu'avant mon voyage et j'ai également acquis une autonomie qui ne peut que m'être utile. Ce n'était pour moi que la moitié de l'expérience parce que l'autre moitié sera achevée lorsque ma correspondante sera repartie, mais si elle était à refaire, je la referais !