Trois mois à Tübingen
Du ler mai au 29 juillet 2004, j'ai séjourné
à Tübingen, dans la famille F., et durant
les derniers jours, j'ai effectué un voyage touristique
avec ma famille française dans le sud de l'Allemagne.
La famille
Je me suis sentie tout à fait à l'aise
dans ma famille d'accueil dès le début
du séjour, vraiment dès le premier soir,
et je pense que je n'ai pas vraiment eu besoin de période
d'adaptation. Cette famille était parfaitement
adéquate. D'ailleurs, le fait que leurs enfants
soient en général plus grands que dans
ma famille a été très agréable
pour moi : je n'ai pas été la plus grande
et c'était reposant, car être l'aînée
est fatigant, de même qu'être la plus jeune
et traitée en « bébé »,
chose que je ne supporte absolument pas ! J'avais déjà
connu le problème lors de mon échange
avec les Etats-Unis, et cela m’agaçait
franchement au bout de trois semaines ! J'ai donc été
très contente de cette place moyenne chez les
F.
Autre avantage : dans les familles où les enfants sont plus âgés, on est plus autonome. Autonomie dont j'ai pu profiter et que j'ai pu apprécier. Le dépaysement vers cet autre style et rythme de vie m'a donc plu. Ensuite, j'ai été étonnée par la bonne entente entre Leo(nie) et moi. Avec mon autre correspondante (aux Etats-Unis), nous nous sommes beaucoup disputées, vraiment beaucoup… Avec Leo, il n 'y a eu aucune, strictement aucune dispute.
Je voudrais donc remercier pour cela les personnes qui ont choisi de nous faire rencontrer, car je l’aime énormément. Merci ...
Le lycée
Cette expérience est véritablement autre, à vrai dire légèrement décevante : j'ai eu le sentiment désagréable de ne pas comprendre, je ne sais pas vraiment quoi, peut-être l'oral, peut-être autre chose... Quoiqu'il en soit, je me sentais perdue, comme si je n'arrivais pas à « accrocher », et ce sentiment a perduré tout au long du séjour. Je ne savais pas vraiment quoi faire et j'avais l'impression de ne rien pouvoir y faire. Cela était probablement alimenté en partie par l'attitude des professeurs, qui ne semblaient pas vraiment à mon écoute. Maintenant, après y avoir repensé, je pense que cela était dû à deux faits principaux :
- je n'éprouvais pas de très grand intérêt pour cette facette de l'échange ;
- probablement aussi que mon corps réclamait à sa manière des vacances pour assimiler toutes les nouvelles connaissances liées à la langue, mais aussi à la culture tant locale que générale de I' Allemagne, dont les parents me parlaient très souvent afin que je comprenne bien tout ce qui se passait autour de moi.
Cette ambiance globale en cours m'a fait éprouver un désintérêt et un ennui pendant tout le séjour. Cependant, le tableau n'est pas si noir ! Je me souviens de choses qui m'ont plu, comme par exemple d'avoir appris bon nombre de noms d'éléments chimiques en allemand et ainsi révisé leur formule. Je n'ai appris cela que pour le plaisir, car je n'utilise d'aucune manière ces connaissances, ici en France, ayant choisi la filière ES ! Cela m'a quand même bien amusée et j'y repense le sourire aux lèvres.
D'autre part, j'ai pu, à loisir, observer mes camarades, les professeurs et les différences France/Allemagne quant à l'éducation. Ainsi, j'ai trouvé que l'oral était bien plus important en Allemagne qu'en France, chose qui se confirme quand Leo me souffle en cours : « On écrit trop, ici ! »
Toutes ces discussions apprennent aux élèves à parler sans avoir peur et je pense que cela peut beaucoup aider, notamment dans les relations professeur/élève, ce qui contribue à avoir une ambiance de classe plus « cool », ce qui est plus agréable pour travailler. J'ai aussi noté que les professeurs utilisaient les surnoms des élèves pour les interroger ou interpeller. J'avais déjà rencontré cela aux Etats Unis et je trouve que cela est un important facteur de détente. Je ne sais pas pour autant si j'apprécierais de me faire appeler par mon surnom par mes profs, mais pourquoi pas… Si cela passe dans les mœurs !
Socialisation
Mon séjour a été particulier sur un point : il y avait une autre Française qui faisait un échange dans un cadre très similaire. Elle restait aussi trois mois et nos dates de séjour ne différaient que de quelques jours. C’était la correspondante d'une des copines de Leo et nous faisions souvent un bout de chemin (en vélo) jusqu'au lycée ensemble. N'importe qui aurait dit « Quelle chance ! » Moi, j'ai plutôt ressenti sa présence comme une gêne, car je n'étais plus la seule sur le terrain des échanges. Je pouvais être comparée, je n'étais plus l’exception. Donc, dans le premier tiers de l’échange, nos relations étaient difficiles, je ne lui adressais pas un mot et la rejetais complètement. Au bout d'un moment, je me suis dit qu'il fallait peut-être qu'on aille vers elle, pour qu'elle se sente à l'aise et devienne véritablement intéressante (je la trouvais terriblement dépourvue d'intérêt après les premiers essais de conversation qu'elle avait tentés). J'ai donc décidé qu'il fallait que j'arrête et que j'essaye de la connaître, pour au moins lui donner une chance. Et ce qui devait arriver arriva : elle devint intéressante à mes yeux ! J'ai donc découvert une personne timide, sympathique et me ressemblant assez étrangement, pour certaines choses. Sa présence est devenue agréable, je pouvais parler beaucoup plus facilement avec elle qu'avec des Allemands et donc de choses plus évoluées : l'échange, ses difficultés, etc... Nous avons ainsi pas mal discuté et c'était parfois comme un « baume au cœur » de pouvoir s'exprimer si facilement et sans que personne ne puisse nous comprendre !
Par ailleurs, j'ai eu la chance de pouvoir continuer l'équitation durant mon séjour, mais il a fallu que je m'intègre au club, chose qui n'a pas été facile. Comme je cherchais un horaire correspondant à mon niveau (les galops n’existent pas en Allemagne ), je ne venais pas régulièrement et les moniteurs m'étaient plutôt hostiles, cela n’aide pas ! A partir du moment où j'ai dit que je viendrais tous les mardis à telle heure, ils ont été plus « hospitaliers » et j'ai réellement pu m'intégrer. J'aime maintenant beaucoup ce poney-club, et j'y retournerais volontiers.
Sinon, j'avais pour amis ceux de Leo qui étaient très ouverts, très tendres et adorables. Je n'ai donc pas eu à chercher mes propres amis. Cela a étonné une des amies de Leo, mais quand elle a compris que c'était parce que j'étais bien avec eux, elle n'a plus posé de questions.
Une autre chose que j'ai beaucoup appréciée en Allemagne est la façon de se dire bonjour et au revoir. Les adolescents se donnent l'accolade. Au début, j'ai été surprise ; puis je m'y suis faite, jusqu'au jour où j'ai dû la donner (enfin, la rendre !). Là, j'ai été prise au dépourvu, mais cela faisait déjà assez longtemps que j'attendais cela (cela montrait que j'étais acceptée dans le cercle des amis), donc j'ai observé les autres et déduit les choses à faire ou non, les nuances, etc. Mais en fait, l'accolade m'a permis de me rendre compte à quel point les contacts physiques, même de politesse et brefs, sont importants dans ces cas là pour se sentir appréciée et donc encouragée. Je ne m'attendais vraiment pas à un tel rôle des contacts physiques, mais je sais maintenant à quel point cela peut-être réconfortant et aider lors des échanges.
La langue
Une chose m'a beaucoup marquée au début de l'échange, c'était mon « incapacité » à comprendre Amelie, la petite sœur de Leo. A chaque fois qu'elle m'adressait la parole, je devais demander une « traduction » à quelqu'un d'autre, car elle parlait trop vite et pas forcément en articulant. A la longue, j'ai appris à déterminer quand les mots s'arrêtaient et quand ils commençaient dans « sa » langue, ainsi qu'à prévoir plus ou moins de quoi elle parlait. Maintenant, je la comprends tout le temps (et parfois mieux que d'autres !), sauf quand je ne l'écoute pas particulièrement. Je repense souvent à cet état de fait du départ et je souris : les oreilles ont vraiment besoin de se faire à la sonorité de la langue, et ça vient, à force.
Une chose m'a fait m'inquiéter pour ma progression pendant l'échange : je n'avais pas l'impression d'apprendre. J'étais consciente d'apprendre certains mots et certaines tournures mais je n'avais pas l'impression d'acquérir la langue, globalement. Je pense que cela était dû, entre autres, à la qualité d'enseignement des parents (qui sont pédagogues) et qui ont su m'apprendre des choses en grand nombre, sans que je m'en rende particulièrement compte. Je suis donc enfin consciente d'avoir beaucoup appris, surtout maintenant que les cours d'allemand ont repris, et que je n'éprouve aucune difficulté ou presque.
Mais je sais aussi que j’ai encore pas mal à apprendre et que ma maîtrise de la langue peut encore nettement s'améliorer. C'est pourquoi il est déjà prévu que je retourne chez les F. plus tard (l'année prochaine, pourquoi pas) et j'attends cela avec impatience !
Enfin, la meilleure manière de mesurer mes progrès linguistiques est peut-être de citer quelques situations dans lesquelles je peux me tirer d'affaire :
- je suis tout à fait capable de comprendre la conversation familiale lors des repas ;
- je suis maintenant capable d'aller seule en ville faire divers achats et expliquer ce que je cherche quand je ne connais pas le mot ;
- enfin, dans les derniers jours de mon échange, j'ai fait un voyage touristique dans le sud de l’Allemagne avec ma famille. Il a fallu trouver des « Jugendherberge » (auberges de jeunesse) pour dormir. Il a aussi fallu vérifier les réservations, c'est moi qui l'ai fait par téléphone, j'ai donc aussi demandé des informations complémentaires, par exemple : « Y a- t-il un parking gratuit à proximité ? Quand devons-nous arriver au plus tard ? Concernant les clés : comment devons-nous faire ? etc » Ainsi, j’estime pouvoir me débrouiller en toute situation (ou presque), en Allemagne.
Les problèmes
Dans la famille, je n'ai eu, à mon grand étonnement,
aucun problème. Ceux du lycée, je les
ai déjà expliqués et je pense que
ça n'a pas eu de si grande importance. Je n'ai
donc pas vraiment eu de problèmes au cours de
mon séjour, juste quelques uns qui sont liés
à la langue ou à ma séparation
de ma routine habituelle.
Sinon, et plus important, j'ai eu l'impression de m'énerver de manière générale à deux reprises. Cela a duré de 1 à 2 semaines avant que je me calme à nouveau. Cela était causé par la sensation de ne pas avoir ma propre vie et était très désagréable. Cela m'a donné, les deux fois, une puissante volonté de rentrer chez moi. C'était assez ennuyeux car cela me rendait plus irritable et me gênait pour apprécier pleinement certaines choses. Heureusement, pendant la période de crise, cela venait et repartait, je n'étais pas toujours en train de subir cet énervement global.
Enfin, problème rencontré par tous ceux qui ont apprécié l'expérience de l'échange : le moment de partir. J'ai été déchirée entre deux envies : celle de revoir « les miens » et celle de ne pas quitter ma nouvelle vie et routine. En plus de cela, on n'a pas le choix, il faut simplement accepter l'état de fait que l'on part, et c'est rendu encore plus difficile par la date limite qui est donnée. Enfin, chacun doit s'y faire et s'y fait ; ce n'est pas un problème majeur, juste une situation à laquelle on doit s'attendre.
Ce que j’aime en Allemagne
En Allemagne, il y a certaines choses que j'ai énormément appréciées. Par exemple, l'écologie : j'ai toujours été pour. J'ai beaucoup aimé la façon dont les Allemands font attention à la verdure qui les entoure. Je ne pensais pas un jour trouver cela, et j'ai été agréablement étonnée. Ensuite, le vélo; toujours dans ce même esprit de protection de l’environnement, les Allemands essayent de toujours utiliser leur vélo (chaque personne en a un) quand c'est possible, et s'il doivent utiliser autre chose, i1s essaient d'emprunter les transports en commun. Ainsi, j'ai vu énormément de bus en Allemagne. Je me souviens de certaines fois où j'ai vu cinq ou six bus en même temps, dans la même rue et en circulation !
Sinon je pense aussi que les Allemands sont des gens
ouverts et accueillants, à l'écoute des
autres, et que cela a nettement contribué à
rendre mon expérience agréable, tellement
agréable même que j’aimerais la refaire
encore, avec ce pays, mais aussi avec d’autres.
Impression générale laissée
par le séjour
Je considère que cet échange a été
une expérience très riche, truffée
d'apprentissages très divers : j'ai évidemment
appris la langue et à connaître la culture
allemande « de l'autre côté du miroir
», mais aussi d'autres choses, comme le jonglage.
J'ai appris à jongler grâce au père
de Leo, Johannes. J'ai aussi évolué personnellement,
beaucoup mûri par exemple par rapport aux sentiments,
à moi, aux autres. Mes considérations
aussi ont changé. Par exemple, maintenant, je
trouve le sport agréable et non plus totalement
dépourvu d'intérêt, et ce, grâce
(en partie) à tout le vélo que j'ai fait
là-bas (environ 40 minutes par jour).
Tout cela a fait que j'ai beaucoup aimé l’Allemagne,
les gens, la culture et la langue. J'ai tellement tout
aimé que je pense que cela ne me dérangerait
pas de devoir aller habiter en Allemagne. Et peut-être
même qu'un jour j'aurai envie de le faire !!
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