A l’occasion de la 62e Berlinale et du projet « Dialogue en perspective », l’OFAJ publie un dossier en français sur le cinéma allemand.
La
Berlinale ou Festival international du film de Berlin (Internationale
Filmfestspiele Berlin) est un important évènement cinématographique et
médiatique, créé en 1951, qui se tient chaque année début février, à
Berlin et décerne l'Ours d'or du meilleur film et plusieurs ours
d'argent récompensant notamment des professionnels. C’est aussi un
important marché de films. Des rétrospectives et des sections parallèles
complètent la manifestation, portée par la compétition internationale
de longs métrages.
Cette année, les studios de Babelsberg (www.studiobabelsberg.com) célèbrent leur 100e anniversaire. La Berlinale leur rend hommage en projetant des succès internationaux comme « L’ange bleu » (1929/1930) avec Marlene Dietrich ou « Le Pianiste » (2002) de Roman Polanski.
Le jury de la 62e Berlinale sera présidé par le
réalisateur britannique, Mike Leigh. Les membres du jury seront : Anton
Corbijn, Asghar Farhadi, Charlotte Gainsbourg, Jake Gyllenhaal, François
Ozon, Boualem Sansal und Barbara Sukowa.
Zoom sur les membres français du Jury
© Georges Biard
François Ozon est un réalisateur français qui très
vite, se passionne pour le cinéma. Il fait quelques apparitions comme
figurant et met en scène quelques courts métrages amateurs en super 8
dans lesquels il fait jouer les membres de sa famille.
Après des
études cinématographiques, il tourne ses premiers courts-métrages «
professionnels » qui lui assureront très vite une certaine
reconnaissance dans le milieu de cinéma. Ces films obtiennent d'ailleurs
de nombreux prix dans des festivals. Durant dix années, François Ozon
enchaîne les courts-métrages avant de passer au long avec Sitcom. C'est avec Sous le sable qu'i
l rencontre une large reconnaissance publique et critique.
Fort de ce succès, Ozon réunit le gratin du cinéma français (Deneuve, Huppert, Ardant, Béart) dans 8 femmes. Il enchaîne les films à une cadence régulière – un par an (Swimming Pool, 5x2, Le Temps qui reste, Angel, présenté en clôture de la Berlinale en 2007, Ricky,
etc.). L'année 2010 marque son retour aux commandes d'un projet aux
ficelles imparables : un casting de prestige (Depardieu, Deneuve et
Luchini notamment), un ton retrouvé de comédie sociale au vitriol et un
accueil chaleureux à la Mostra vénitienne où son Potiche concourait en Compétition officielle.
© Georges Biard
Charlotte Gainsbourg est une actrice et chanteuse franco-britannique.
Elle obtient ainsi son premier rôle à l’âge de treize ans. L’année suivante, Jacques Doillon lui offre quelques répliques dans La Tentation d'Isabelle qui lui vaut d’être remarquée par Claude Miller. Ce dernier va lui offrir un des principaux rôles de son film L'Effrontée. Sa performance lui vaut alors le César du meilleur espoir féminin en 1986. Elle travaille ensuite avec son père, Serge Gainsbourg (Charlotte for Ever en 1986), puis avec sa mère, Jane Birkin (Kung Fu Master ! en 1987). En 1988, Claude Miller fait de nouveau appel à elle pour La Petite Voleuse d’après un scénario de François Truffaut. Mais c’est seulement avec Merci la vie de Bertrand Blier que Charlotte décide de faire carrière dans le cinéma. Sa carrière redémarre à partir de 2001 avec deux films de son mari, Yvan Attal, comédien et réalisateur. Ma femme est une actrice et Ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants ainsi qu’au niveau international avec 21 grammes où elle joue aux côtés de Sean Penn, ou encore dans I'm not there sur la vie du chanteur folk Bob Dylan.
Charlotte Gainsbourg a reçu tout au long de sa carrière de nombreux prix et distinctions.
Nous vous présentons un dossier sur le cinéma allemand qui n'a pas l'ambition de dresser un portrait
détaillé du septième art en Allemagne, mais entend simplement en évoquer les périodes
phare. Le choix des films n'a rien d'exhaustif et reste purement subjectif.
LES TOUS DÉBUTS (1895-1912)
Les frères Skladanowsky
L’invention d’appareils permettant de projeter des « photographies animées » se
produit presque parallèlement en France avec les frères Lumière et en Allemagne avec Ottomar
Anschütz et Max Skladanowsky. La première projection publique du « Bioskop »,
inventé par Skladanowsky, a lieu le 1 er novembre 1895 au « Wintergarten » de Berlin où
il filme une danse paysanne italienne. Outre les effets de spectacle de foire et de variétés marquant ces
débuts du cinéma, d’autres formes narratives apparaissent vite, comme par exemple le récit
documentaire. Skladanowsky filme l’Alexanderplatz à Berlin, une alerte chez les pompiers et, comme les
frères Lumière, l’entrée en gare d’un train.
Dans les années 1911 à 1914 les films, souvent des séries de sketches avec de véritables mises
en scène, durent une heure et emploient un langage cinématographique très varié. À ses
débuts, le cinéma allemand se trouve pris entre l’obéissance à la hiérarchie et un
esprit subversif utilisant les images pour une contre-culture publique. Ainsi, à cette époque on trouve ce
qu’on appelle les « Preußenfilme » (comme par exemple en 1897 le documentaire sur le 100e
anniversaire de l’Empereur Guillaume I). En même temps, certains intellectuels et enseignants ne reconnaissent au
cinéma qu’une fonction éducative.
L’ÂGE D’OR DU CINÉMA ALLEMAND (1920-1933)
La première république allemande, la République de Weimar, débute en novembre 1918 et prend
fin en 1933, l’année où Hitler accède au pouvoir. Pendant cette courte période, le
cinéma allemand compte parmi les plus grands cinémas du monde et produit de très grandes œuvres.
C’est, on peut le dire, par l’entremise de son cinéma que l’Allemagne, exclue après la
guerre, va être redécouverte par le reste du monde. Le cinéma allemand des années vingt est un
cinéma d’avant-garde d’une richesse extraordinaire, qui ouvre des voies, métamorphose de vieilles
thématiques et rejoint entre autres le courant esthétique expressionniste.
L’écran démoniaque
C’est à cette époque que des
réalisateurs comme Robert Wiene, Ernst Lubitsch, Fritz Lang, Friedrich-Wilhelm Murnau, Carl Mayer et G. W. Pabst
inventent l'âge d'or du cinéma allemand. C’est selon Lotte Eisner, célèbre historienne du
cinéma, la période de « l'écran démoniaque ». Les cinéastes allemands
découvrent le pouvoir de la fascination et de l’hypnose et exploitent le filon des monstres de cauchemar et des
héros de légende (Le Golem, Nosferatu,
Caligari, le cycle des Nibelungen, etc.).
L’esthétique expressionniste, violente et tourmentée, trouve alors son manifeste avec Das
Kabinett des Dr Caligari (Le Cabinet du Dr. Caligari, Robert Wiene, 1920). Les films sont alors
conçus comme à l'abri du monde, à la lumière exclusive du studio. Ils évoquent souvent des
sujets lugubres et utilisent des contrastes saisissants d'ombres et de lumières pour bâtir un monde d'artifices,
souvent à la limite de l'abstraction. La structure géométrique du décor, la pantomime
crispée des comédiens sont autant d’éléments qui évoquent une menace latente.
Fritz Lang et Friedrich Murnau dominent de
très haut cette période.
Les grands films de F. W. Murnau, Nosferatu (1922), Der letzte Mann
(Le dernier des Hommes, 1924), Tartüff (1925) et enfin Faust (1926) sont aussi largement
marqués par l’esthétique expressionniste, même s’ils ne sauraient s’y cantonner. Ils
ont en commun de privilégier l’unité du plan à la narration, la composition au récit et de
faire appel à une multitude de références picturales, littéraires, philosophiques.
Le célèbre Nosferatu, réalisé en 1922, première adaptation
à l'écran du roman d’épouvante Dracula de Bram Stoker, en est un bon
exemple. Il devient entre les mains du réalisateur un chef-d’œuvre du cinéma, qui dépasse de
loin les classiques de sa catégorie.
Avec Fritz Lang, le cinéma allemand connaît certainement son apogée. Dans Metropolis, le réalisateur
visionnaire dépeint dans un travail de composition d’une précision extrême une immense cité
verticale, véritable mégalopole futuriste, séparée en deux parties. Dans la ville haute, les
riches tiennent les commandes et mènent une vie paradisiaque. Dans les souterrains, un peuple misérable, en
passe d’être remplacé par les machines, est réduit en esclavage.
Le passage au sonore et la mise en parenthèse du cinéma allemand
Les années trente sont aussi
marquées par les débuts du cinéma parlant. Le film le plus connu de cette époque est sans nul
doute Der blaue Engel (L’Ange bleu, Joseph Sternberg, 1930), dans lequel la star
Emil Jannings se voit voler la vedette par la séduisante Marlene Dietrich qui ne séduit pas seulement le
malheureux Professeur Unrat, mais aussi tout le public de l’époque.
Hélas, quelques années plus tard, en janvier 1933, la prise du pouvoir par les nazis sonne le glas de la
liberté artistique du cinéma allemand. De très nombreux techniciens, acteurs, réalisateurs fuient
les persécutions raciales et politiques et vont enrichir les cinémas européen et américain. Le
cinéma allemand mettra des décennies à renaître : c’est seulement en 1962 que le manifeste
Oberhausen lui donnera un nouveau souffle.
Coups de projecteurs
Das Kabinett des Doktor Caligari, 1920 (Le Cabinet
du Dr. Caligari)
Réalisateur : Robert Wiene
Acteurs : Werner Krauss, Conrad Veidt, Lil Dagover, Friedrich Feher, etc.
Synopsis :
Deux hommes sont assis sur le banc d'un parc, à la tombée du jour. Le plus jeune, Franz, raconte à un
vieil homme une terrible histoire. Celle-ci commence dans l'ambiance bigarrée de la foire d'Holstenwall. Parmi les
attractions, un docteur aux allures inquiétantes, Caligari, exhibe dans sa roulotte un jeune somnambule qui dort dans
un cercueil. Celui-ci prédit à l’ami de Franz la mort avant l’aube. La prédiction ne va pas
tarder à se réaliser...
Nosferatu. Eine Symphonie des Grauens, 1922 (Nosferatu. Une Symphonie de
l’Horreur)
Réalisateur : Friedrich Wilhelm Murnau
Acteurs : Max Schreck, Gustav Von Wangenheim, Greta Schroeder, Alexander Granach, etc.
Synopsis :
Vers 1830, Jonathan Hutter, commis d'un agent immobilier, habite Brême avec sa jeune femme. Il est envoyé en
Transylvanie chez un étrange châtelain des Carpates, le comte Orlock, afin de finaliser l'achat d'une
propriété dans la ville. Son hôte se montre vite sous son vrai visage : il est la réincarnation du
vampire Nosferatu, créature démoniaque qui ne peut vivre qu'en suçant le sang des humains. Dès
lors, la terreur et la peste se répandent aux alentours…
Das Testament des Doktor Mabuse, 1932 (Le Testament
du Docteur Mabuse)
Réalisateur : Fritz Lang
Acteurs : Rudolf Klein-Rogge, Oskar Beregi, etc.
Synopsis :
Mabuse, savant illuminé, est interné dans un asile. Ses pouvoirs hypnotiques lui permettent de faire
contrôler par le directeur, le professeur Baum, un gang de malfaiteurs qui sème la terreur. Aux deux hommes
s'opposent un policier et un criminel repenti...
Zoom sur
Fritz Lang (1890-1976)
En 1924, Lang voit pour la première fois la ville de New York. La vue de cette ville de 8 millions d’habitants
l’impressionne au point qu’il crée avec sa femme et scénariste, Thea von Harbou,
Metropolis, la quintessence de la modernité mise en images, un univers de ville futuriste,
unique dans son genre. Son œuvre est traversée par de nombreux thèmes comme la mort, la vengeance, le
pouvoir, le surhomme, le double.
Ernst Lubitsch (1892-1947)
Dans un premier temps, Lubitsch est acteur et metteur en scène (courtes grotesques) de la vie quotidienne de Berlin,
s’inspirant du slapstick. En 1922, il part aux Etats-Unis. En trente ans, Lubitsch tourne plus d’une cinquantaine
de films qui témoignent d’un style très particulier, fait d’élégance et de
légèreté, que l’on a qualifié de « Lubitsch-touch ».
Friedrich Wilhelm Murnau (1888-1931)
Docteur en philosophie, Murnau entre comme acteur dans la troupe de théâtre de Max Reinhardt qui, avec son
travail sur le clair-obscur, pendant l’ère expressionniste, influença beaucoup de metteurs en
scène de cinéma. De comédien, Murnau devient un metteur en scène et devient très
demandé. Son film fantastique Nosferatu s’impose comme un classique du cinéma
muet allemand. Son talent est remarqué aux Etats-Unis, où il se rend en 1926 pour réaliser
L’Aurore (Sunrise), considéré comme son chef-d’œuvre.
LE CINÉMA ENTRE PARENTHÈSES (1933-1945)
A partir de 1933, les Nazis au pouvoir contrôlent de près la production cinématographique.
« La loi sur le cinéma » du 16 février 1934, créée par la Chambre du
cinéma du Reich (die Reichstagsfilmkammer), met en place la censure et l’étatisation de
l’ensemble de l’industrie cinématographique. Les médias sont donc entièrement placés
sous le joug de l'Etat et toute forme de création privée disparaît. Plus de 2.000 techniciens, acteurs,
réalisateurs fuient les persécutions raciales et politiques et vont enrichir les cinémas européen
et américain.
Le cinéma du IIIe Reich cultive d’abord les films de divertissement, les films documentaires au service de la
propagande, mais de rares cinéastes réussissent à réaliser des films qui interrogent subtilement
l’histoire allemande récente.
Faire marcher les usines à rêves
En 1933, le peuple allemand avait
l’habitude d’un cinéma de qualité. L’industrie cinématographique nationale-socialiste
disposait des budgets importants. Parmi les 1094 longs métrages produits sous le régime national-socialiste, on
trouve d’abord des comédies (48%), des mélodrames (27%), des films de propagande (14%) puis des films
d’action (11%). Des mélodrames féminins (Wunschkonzert, Eduard von Borsody, 1940; Die grosse Liebe, Rolf
Hansen, 1942; Ich klage an, Wolfgang Liebeiner, 1941) évoquent des mères et des épouses vertueuses
attendant patiemment le retour des hommes au front. Image qui contraste avec quelques stars féminines de
l’époque, comme Zarah Leander, chanteuse de revue et actrice, représentant la femme indépendante,
libre et même opposée à l’Allemande idéale.
Le film documentaire et la propagande
Peu à peu, à la demande d'Hitler qui se plaignait d'avoir « beaucoup de films patriotiques en
général, mais pas de national-socialistes », les films deviennent ouvertement antisémites :
Jud Süss (Le Juif Süss, Veit Harlan, 1940) et Der ewige
Jude (Le Juif éternel, Fritz Hippler, 1940) en sont les plus célèbres
exemples.
La propagande s'exerce aussi dans le film historique à la gloire des héros de la germanité; la
cinéaste la plus remarquée du régime est Leni Riefenstahl, qui magnifie les cérémonies
nazies dans Triumpf des Willens (Le Triomphe de la Volonté, 1935) et
Fest der Völker und Fest der Schönheit (Les Dieux du Stade, 1938).
Les cinéastes et l’exil
La prise de pouvoir par les nazis en 1933 oblige une grande partie des gens du cinéma à quitter le pays. La
France accueille de nombreux réalisateurs, comme Max Ophüls, Robert Wiene, Georg Wilhelm Pabst, Fritz Lang, Billy
Wilder en 1933. Le film noir, avec son éclairage contrasté, laissant de larges pans de l’écran
dans l’obscurité, va être inventé par ces hommes qui vivaient l’isolement, le chaos de
l’Europe et le pessimisme des exilés. À Hollywood sont produits les films antifascistes les plus connus
par des Allemands exilés : To be or not to be (Jeux dangereux, 1942) de Ernst Lubitsch, et
Hangmen (Les bourreaux meurent aussi, 1943) de Fritz Lang.
Coups de projecteurs
Filmprogramm "Illustrierter Film-Kurier" zum antisemitischen Propagandafilm der Nationalsozialisten, Herausgeber:
Vereinigte Verlagsgesellschaft Franke und Co. KG, 29,8 x 22,8 cm, Berlin, 1940, DHM, Berlin, 1990/248
Jud Süß, 1940 (Le Juif Süss)
Réalisateur : Veit Harlan
Acteurs : Ferdinand Marian, Werner Krauß, Heinrich George, Kristina Söderbaum, etc.
Synopsis :
Un juif ambitieux, Süß Oppenheimer, devient le ministre des Finances du
faible duc de Wurttemberg. Il convainc ce dernier de négliger son peuple afin d’établir une cour
luxurieuse. Pour rembourser les dettes, on confie à Süß l’administration des routes du duché
et des péages, ce qui provoque le mécontentement des habitants. Pour faire face à l’opposition
grandissante, Süß suggère la répression violente de la menace d’une révolution.
Finalement, Süß est condamné pour avoir abusé d’une jeune chrétienne, il est pendu en
place publique.
Die große Liebe, 1942 (Le grand Amour)
Réalisateur : Rolf Hansen
Acteurs : Zarah Leander, Viktor Staal, Grethe Weiser, Paul Höbiger, Wolfgang Preiss, etc.
Synopsis :
Sur une scène de variétés berlinoise, le lieutenant en chef, Paul
Wendlandt, voit pour la première fois la chanteuse danoise Hanna Holberg. C’est le coup de foudre. Mais le
lendemain, Paul doit rentrer au front. Même si tous deux essayent à plusieurs reprises de se revoir au
cours du film, le destin se montre cruel et les empêche de se retrouver. Ils se retrouvent finalement et Paul,
blessé, demande à Hanna de l’épouser. Comme elle l’aime toujours, elle accepte.
Zoom sur
Leni Riefenstahl (1902-2003)
Aussi connue comme danseuse, actrice et photographe, Leni Riefenstahl s’associe au nazisme à partir de 1933. Ses
films de montagne (Die weisse Hölle des Piz Palü, L’Enfer blanc du Piz
Palü, 1929 ; Das blaue Licht, La Lumière bleue, 1932) avaient
beaucoup impressionné Hitler et Goebbels qui commandent un film sur le congrès de 1934 du NSDAP à
Nuremberg : Triumpf des Willens. Pour la réalisation, Riefenstahl obtient des moyens
exceptionnels. Illustrées par la musique de Richard Wagner, les prises de vues jouent sur les émotions, la
réalisatrice développe ce que Susan Sontag a décrit comme « une esthétique filmique
fasciste ».
Helmut Käutner (1908-1980)
Avec Wolfgang Staudte, Käutner est l’un des rares cinéastes de son époque à interroger
l’histoire allemande récente. Loin du sentimentalisme des mélodrames grand public, il réalise des
films subtilement critiques : Romanze in Moll (Romance en mineur, 1943),
Unter den Brücken (Sous les ponts, 1944). Après la guerre, Käutner a
travaillé pour la radio et a eu beaucoup de succès avec ses pièces radiophoniques. Il est aussi le
réalisateur de deux films allemands très connus : Der Hauptmann von
Köpenick, 1956, et Die Feuerzangenbowle, 1970.
LES ANNÉES D’APRÈS-GUERRE (1945-1949)
Après la guerre, à partir de 1945, la production cinématographique se développe
indépendamment en RDA et en RFA. À l’Ouest, ce seront essentiellement les Américains qui
définiront la politique à mener. À l’Est, par contre, ce seront les Soviétiques. Les
anciens studios de la UFA font partie du secteur soviétique, ils se trouvent à Berlin-Est.
À L’EST
Avant la fondation de la RDA, la zone d’administration soviétique ainsi que sa production
cinématographique est réorganisée par la SMAD (Sowjetische
Militäradministration Deutschland, Administration militaire soviétique en Allemagne). En 1945, de
nombreux exilés communistes et des intellectuels se retrouvent à Berlin-Est pour discuter de la reconstruction
d’une nouvelle production cinématographique, animés par le profond désir de critique du
national-socialisme et par la volonté de créer une société socialiste meilleure.
Le 10 mai 1946, la compagnie DEFA (Deutsche Film Aktien AG, Société
cinématographique allemande par actions) obtient une licence exclusive des Soviétiques. Ce sera le futur
studio d’État de la RDA qui veillera sur la production de chaque œuvre cinématographique. Durant
les premières années règne à la DEFA une ambiance stimulante, caractérisée par
l’enthousiasme et l’engagement de ses fondateurs ainsi que par l’élan des émigrants de
retour, même si la DEFA est soumise à la double influence de la SMAD et du nouveau parti socialiste
unifié (SED, Sozialistische Einheitspartei Deutschlands). Très tôt, un
sérieux travail d’analyse de l’histoire allemande est entrepris à la DEFA. En effet,
Die Mörder sind unter uns (Les Assassins sont parmi nous) de Wolfgang Staudte est le
premier film allemand de l’après-guerre qui, déjà en 1946, pose la question de la
culpabilité individuelle.
Coups de projecteurs
Die Mörder sind unter uns DEFA-Stiftung/Eberhard Klagemann
Die Mörder sind unter uns, 1946 (Les Assassins sont parmi
nous)
Réalisateur : Wolfgang Staudte
Acteurs : Hildegard Knef, Ernst Wilhelm Borchert, Arnold Paulsen
Synopsis :
1945. Susanne Wallner, une jeune photographe, après avoir
été internée dans un camp de concentration, rentre dans son appartement berlinois. Elle y trouve
l’ancien soldat docteur Hans Mertens, qui essaye d’oublier les atrocités de la guerre avec l’aide de
l’alcool. Tous deux s’accordent à partager l’appartement de Susanne et tombent amoureux. C’est
le hasard qui mène Mertens à retrouver son ancien capitaine Ferdinand Brückner qui entre temps est devenu
un homme d’affaires prospère. Mertens veut se venger au nom de toutes les victimes qui ont été
tuées sous l’ordre de Brückner. Susanne comprend ses intentions et intervient : « Nous
n’avons pas le droit de juger ». Mertens a compris : « Mais nous avons le devoir
d’accuser, d’exiger réparation pour les millions d’innocents assassinés. »
Zoom sur
Wolfgang Staudte DEFA-Stiftung
Wolfgang Staudte (1906-1984)
Venant d’une famille de comédiens, Wolfgang Staudte devient lui-même acteur spécialisé dans
le doublage à partir de 1926, d’abord à la Volksbühne, puis dans la troupe de Max
Reinhardt. A partir de 1933, il commence à réaliser ses premiers courts métrages et tient
également des rôles secondaires dans divers films durant l’époque nazie.
Avec le film Die Mörder sind unter uns (1946), il se penche sur son passé
controversée – en 1940, il avait joué dans le film de propagande Jud
Süß –, tout en créant le premier long-métrage de l’après-guerre qui
pose la question de la culpabilité allemande et individuelle.
De 1946 à 1953, il tourne cinq films au sein de la DEFA, tous caractérisés par un fort antifascisme et
une critique radicale de la haute bourgeoisie. Der Untertan (Pour le Roi de la Prusse,
1951) d’après le roman de Heinrich Mann, en est un exemple très connu. Cette satire féroce du
militarisme prussien et de l’esprit de soumission est interdite en RFA jusqu’en 1958. Après son film pour
enfants Die Geschichte vom Kleinen Muck (Le petit Muck) en 1953, Staudte quitte la RDA
pour s’installer définitivement en RFA où il travaille essentiellement pour la
télévision.
À L’OUEST
Tandis que le centre de production de films se trouve dans la zone orientale, l’infrastructure d’une
production doit d’abord être créée à l’Ouest. Les Américains définissent
les grandes lignes et exigent la création de plusieurs petits centres de production à Munich, Hambourg et
Berlin-Tempelhof. Après la guerre, le paysage politique y est beaucoup plus complexe qu’à l’Est, et
on est loin d’un consensus ou d’une réflexion commune à mener au sujet du passé chez les
cinéastes. Certains réalisateurs ayant tourné pour les nationaux socialistes (Veit Harlan, Josef von
Baky, Carl Boese) continuent après 1945 à tourner des films de distraction pour l’Allemagne de
l’Ouest. En même temps, des réalisateurs qui avaient émigré, comme Fritz Lang ou Georg
Wilhelm Pabst, reviennent et essayent de renouer avec le cinéma des années 20. Certains d’entre eux
abandonnent pour rentrer aux Etats-Unis. La plupart des films d’après-guerre sont des films de distraction
destinés à faire oublier le passé. À l’ouest, la majorité des réalisateurs de
cette époque sont encore incapables d’aborder le passé récent et se réfugient dans des
sujets sentimentaux et rassurants. Ainsi commence la période des Heimatfilme, des films de famille ou des
films nostalgiques.
LE CINÉMA EN RDA (1949-1990)
Les années 50
Après le départ euphorique que laissaient présager les années 40, le parti montre clairement
sa puissance en définissant le film comme « outil » pour éduquer le peuple au niveau
idéologique et impose des valeurs propres au réalisme socialiste soviétique. Certains
réalisateurs, comme Wolfgang Staudte, fuient le régime et laissent en crise la DEFA. Les réalisateurs
restants se plaignent d’un trop grand nombre de règles et d’obligations. En 1951 se produit le premier cas
de censure : Das Beil von Wandsbek de Peter Harnack est interdit par la commission de la
DEFA.
La mort de Staline en 1953 introduit une courte période de décontraction qu’on appelle aussi
« Tauwetter » (le dégel). La réalisation du film Berlin – Ecke
Schönhauser (Berlin – Carrefour Schönhauser, 1957) de Gerhard Klein, qui met
l’accent sur l’individu en représentant des jeunes inadaptés contredisant les autorités et
dansant sur de la musique américaine, n’est possible que dans cette période où la
réglementation idéologique est relâchée dans le sens où plus de responsabilité est
donnée à l’artiste et où le dogmatisme et la bureaucratie sont diminués.
En 1959, Konrad Wolf réalise Sterne (Etoiles), l’un des films les plus
remarquables sur le génocide juif. La coproduction est-allemande-bulgare a reçu de nombreuses distinctions
internationales, dont le Prix spécial du Jury au Festival de Cannes en 1959.
Zoom sur
Konrad Wolf
DEFA-Stiftung/Walter Ruge
Konrad Wolf (1925-1982)
Konrad Wolf est le fils du romancier Friedrich Wolf et le frère de l’espion Markus Wolf. En 1933, sa famille a
émigré en France et ensuite à Moscou pour demander la nationalité russe. Déjà tout
jeune, Wolf est en contact avec le film soviétique : à l’âge de 10 ans, il joue un petit
rôle dans le film Borzy. A l’âge de 17 ans, Wolf fait son entrée à l’Armée
rouge. Il fait partie des troupes, qui, en 1945, libéraient l’Allemagne. Il décrira ces
expériences personnelles dans le film Ich war neunzehn (J’avais dix-neuf ans,
1967).
De 1949 à 1955, Wolf apprend le métier de cinéaste à Moscou. En 1965, il devient
Président de l’Académie des Beaux Arts de RDA. Au sein de la DEFA, il réalise des films souvent
très critiques, parmi les plus connus l’on peut citer : Der nackte Mann auf dem
Sportplatz (L’Homme sur le Terrain de Sport, 1974), Mama, ich lebe
(Maman, je vis, 1976), et Solo Sunny (1979). Ce dernier a été
réalisé en collaboration avec le scénariste Wolfgang Kohlhaase et montre la vie marginale d’une
jeune artiste berlinoise.
1965 « Kahlschlag »
Les années 60 sont marquées par la construction du mur de Berlin (13 août 1961) ainsi
que par les problèmes de stabilité économique grandissants. La DEFA souffre des restrictions
imposées par le parti et demeure « paralysée » à partir de 1965, date à
laquelle le comité central du SED se réunit. Lors du 11ème Congrès du SED, les
professions artistiques et culturelles sont particulièrement attaquées et la moitié des œuvres
cinématographiques produites cette année-là, plus tard dénommées
Kaninchenfilme (« films de lapins ») est censurée.
La plupart de ces films, qui critiquent ouvertement l’Etat, ne sont montrés qu’après la chute du
mur. Quelques-uns de ces films sont : Spur der Steine (Trace des Pierres) de Frank
Beyer avec Manfred Krug, acteur très populaire en RDA ; Berlin um die Ecke (Berlin
au Coin de la Rue) deGerhard Klein, Wenn du groß bist, lieber
Adam (Quand tu seras grand, cher Adam) de Egon Günther ; Karla de
Herrmann Zschoche ; Jahrgang ’45 (Année 45) de Jürgen
Böttcher ; Der verlorene Engel (L’Ange perdu) de Ralf Kirsten ;
Ritter des Regens (Le Chevalier de la Pluie) de Egon Schlegel et Dieter Roth. Ces films
sont aujourd’hui les plus connus de l’héritage cinématographique est-allemand, étant
donné qu’ils reflètent une certaine révolte envers le régime et la vie en RDA. En revanche,
ils ne sont pas représentatifs de la production cinématographique est-allemande.
Coups de projecteurs
Das Kaninchen bin ich
DEFA-Stiftung/Jörg Erkens
Das Kaninchen bin ich, 1965 (Le Lapin, c’est moi)
Réalisateur: Kurt Maetzig
Acteurs: Angelika Waller, Alfred Müller, Ilse Voigt, etc.
Synopsis:
Maria Morzeck a 19 ans et travaille comme serveuse dans un restaurant. Elle ne peut pas faire
ses études comme prévu parce que son frère Dieter a été arrêté et
condamné à 3 ans de prison. Maria tombe amoureuse d’un homme plus âgé, Paul Deister. Elle
apprend plus tard que c’est Paul, en tant que juge, qui a condamné Dieter. Maria, qui n’a jamais compris
le jugement, veut alors connaître toute la vérité. Paul Deister se révèle être un
carriériste ambitieux qui n’arrive pas à justifier son jugement. Maria le quitte.
La vie quotidienne sur grand écran
En 1971, Erich Honecker remplace Walter Ulbricht et devient secrétaire général du SED ainsi que
président du Conseil d’État de la RDA. Ce moment de transition dans la direction politique est
d’une grande importance pour la production cinématographique du pays : dans cette situation
particulière où aucun dirigeant n’est clairement en place, le réalisateur Heiner Carow saisit sa
chance pour réaliser le film culte de la RDA : Die Legende von Paul und Paula (La
Légende de Paul et Paula) en 1973. Il s’agit d’une histoire d’amour pleine de charme, de
fraîcheur et de fantaisie qui révèle les ambitions et les espoirs des réalisateurs de
l’époque. Angelica Domröse devient l’icône de la jeunesse est-allemande qui s’identifie
à Paula. Par son individualisme, sa liberté et la quête du bonheur qu’on y trouve, le film est
emblématique de la période.
Les films de l’époque se concentrent sur la vie quotidienne en RDA et commencent à mettre plus
l’accent sur le destin individuel. Ainsi, le film Der Dritte (Le Troisième,
1972) de Egon Günther raconte l’histoire de la mathématicienne Margit Fließer (Jutta Hoffmann), qui
casse toutes les conventions en se mettant à la recherche d’un homme, avec même une parenthèse
homoérotique.
Les années 70 sont aussi propices aux adaptations littéraires, un genre très réputé de
la DEFA. En 1975, Frank Beyer reprend le roman de Jurek Becker Jakob der
Lügner (Jacob le Menteur). Le film n’est pas seulement vivement accueilli en RDA, mais
rencontre un succès international. Trois ans plus tard, Frank Beyer réalise l’ambitieux
Geschlossene Gesellschaft (Huis clos), qui connaîtra un tout autre destin et
marquera la rupture définitive du réalisateur avec la RDA. Comme il critique de manière trop ouverte les
conditions de vie en RDA, Geschlossene Gesellschaft est interdit par le parti. Par conséquent, les acteurs
principaux, Jutta Hoffmann et Armin Müller-Stahl expriment leur mécontentement en quittant le
pays pour s’installer à l’Ouest. Ainsi, la RDA perd à nouveau deux de ses meilleurs acteurs. En
1976, suite à « l’Affaire Biermann » durant laquelle un grand nombre
d’artistes est-allemands avait signé une pétition pour manifester contre l’expatriation du chanteur
contesté Wolf Biermann, Manfred Krug avait lui aussi quitté la RDA.
Coups de projecteur
Die Legende von Paul und Paula
DEFA-Stiftung/Herbert Kroiss
Die Legende von Paul und Paula, 1973 (La Légende de Paul et Paula)
Réalisateur : Heiner Carow
Acteurs : Angelica Domröse, Winfried Glatzeder, Eva-Maria Hagen, etc.
Synopsis :
Paul a fait carrière en tant que fonctionnaire au ministère des Affaires
étrangères, sa vie privée est marquée par la routine et l’échec de son mariage.
Paula, quant à elle, vit seule avec ses deux enfants. Lors de leur première rencontre, ils tombent amoureux
l’un de l’autre. Pour Paula cet amour devient sa seule raison de vivre. Paul, par contre, est perturbé et
angoissé et essaye à tout prix de garder le contrôle.
L’accident mortel du fils de Paula est un moment décisif. Alors que Paula commence à le repousser, Paul
comprend que son amour pour Paula est la chose la plus importante de sa vie. Paul commence à camper devant la porte de
l’appartement de Paula et prend finalement les choses en mains. Sous les yeux des voisins, il casse la porte avec une
hache et reconquiert ainsi Paula. Pourtant, cette histoire d’amour ne durera pas longtemps. Paula meurt suite à
l’accouchement de l’enfant qu’elle attendait de Paul.
Crise économique, morale, politique
« L’Affaire Biermann » a profondément changé la relation entre les artistes et
le régime. Pour la première fois, des questions comme celle de la liberté d’opinion circulent
ouvertement en RDA. La DEFA en souffre : la qualité des films pâtit du trouble semé chez les
réalisateurs et par conséquent les films attirent de moins en moins de spectateurs. La RDA essaie de ralentir
la chute de fréquentation des salles de cinéma en ouvrant le marché intérieur aux productions
occidentales. Des superproductions hollywoodiennes (Kramer gegen Kramer, Kramer Vs. Kramer, Robert Benton,
1979), les films musicaux ouest-allemands avec Peter Alexander, la série danoise Die Olsenbande, ainsi que
les films français avec Louis de Funès connaissent un grand succès en RDA dans les années 80.
Au sein de la DEFA arrive toute une nouvelle génération de réalisateurs, dont des
réalisatrices comme Evelyn Schmidt et Iris Gusner. Ils souffrent de la méfiance de la direction et sont sans
cesse obligés de faire preuve de leur loyauté envers le système socialiste. Leur frustration fait
écho au mécontentement grandissant de la population qui souffre de la grave récession et qui,
grâce à la télévision, a l’impression qu’un autre monde est possible à
l’ouest. En 1987, 110 000 hommes quittent la RDA.
Dans les films des années 80, le « héros positif » disparaît au profit de
l’individu en crise. Les cinéastes se concentrent sur des problématiques auparavant ignorées,
comme la maladie, la vieillesse, le divorce. Dans Die Beunruhigung
(L’Inquiétude, 1982) de Lothar Warneke, une femme apprend lors d’un examen de dépistage
que les médecins soupçonnent chez elle un cancer du sein et qu’elle doit se faire opérer le
lendemain. Dans les 24 heures qui suivent et sous une tension psychologique énorme, Inge réfléchit
à sa vie et trouve un nouveau point de départ, malgré l’inquiétude permanente de la
maladie.
Avec les grands mouvements réformateurs de glasnost qui se déclenchent à partir de 1985 en
U.R.S.S., la chute du régime est-allemand n’est plus qu’une question de temps.
Fin
Même si le régime est-allemand tente d’abord de bloquer tout changement, les voix d’artistes
s’élèvent de plus en plus fort pour réclamer plus de liberté, de confiance et la
suppression de la censure, que l’écrivain Christoph Hein décrit en 1987 comme « inutile,
paradoxale, inhumaine, illégale et délictuelle ».
La fin de la DEFA s’annonce sur fond de crise économique, de renforcement des activités de la Stasi
(ministère de la Sécurité d’Etat) et d’émergence de l’insatisfaction du peuple
qui peu après n’hésite pas à descendre dans la rue pour l’exprimer. À Dresde comme
à Leipzig se déroulent d’importantes manifestations pour la liberté, qui donnent lieu à des
affrontements avec la police.
Die Architekten (Les Architectes, 1989/90) de Peter Kahane a été
tourné à cette époque précise et constitue une parabole politique où une équipe de
jeunes architectes devient le symbole de tous ceux qui, au moment où rien ne semble plus possible, souhaitent changer
les choses et s’exprimer librement. Trop tard. Par la touchante histoire de Daniel Brenner, le spectateur voit
s’approcher la fin du système.
En novembre 1989, le mur tombe, ouvrant la frontière entre Berlin-Est et Berlin-Ouest. Ce moment est
pérennisé dans le film documentaire Die Mauer (Le Mur, 1990) de Jürgen
Böttcher. Ce film tendant vers le cinéma expérimental, est consacré entièrement aux derniers
jours du mur de Berlin. Il offre au spectateur par ses collages visuelles et sonores la possibilité de plonger pendant
un moment dans l’atmosphère particulière qui régnait à Berlin après la chute du
régime communiste.
Quelques mois plus tard, la réunification de l’Allemagne a lieu (octobre 1990) et la même année,
la DEFA devient une société privée. En 1992, elle est vendue à la Compagnie
Générale des Eaux (aujourd’hui Vivendi-Universal) pour être de nouveau vendue en
juillet 2004 aux FBB, les Filmbetriebe Berlin Brandenburg.
Coups de projecteur
Die Architekten
DEFA-Stiftung/Christa Köfe
Die Architekten, 1989/90 (Les Architectes)
Réalisateur : Peter Kahane
Acteurs : Kurt Naumann, Rita Feldmeier, Uta Eisold, Jörg Schüttauf, etc.
Synopsis :
Daniel Brenner est un architecte plein d’idées qu’il n’arrive pas
à mettre en œuvre. Vers la fin des années 80, il vit avec sa femme Wanda et leur fille à
Berlin-Est, derrière le rideau de fer, en attendant ce qui va changer sa vie : la commande d’un gigantesque
projet de construction dans la banlieue berlinoise. Rempli d’enthousiasme, il part alors à la recherche des
meilleurs architectes qu’il compte parmi ses amis pour former une équipe capable de réaliser ce projet.
Pourtant, les critères du parti socialiste brident rapidement leurs rêves d’innovation architecturale.
Tandis qu’au début les architectes se disputent encore avec l’administration est-allemande, ils finissent
par échouer. Wanda et l’enfant quittent la RDA en laissant Daniel seul, amer et sans perspectives.
Zoom sur
Jürgen Böttcher
DEFA-Stiftung/Thomas Plenert
Jürgen Böttcher (1931)
Böttcher, alias Strawalde, est l’un des artistes les plus importants de la RDA. Pendant toute sa vie, le
documentariste s’est trouvé entre l’expression libre de son art et la censure politique. Même si un
certain nombre de ses films ont été interdits (Drei von vielen, 1961 ;
Barfuß ohne Hut, 1964 ; son seul long métrage Jahrgang
’45 de 1965, Der Sekretär, 1967), Jürgen Böttcher a
été de loin le plus connu des metteurs en scène de films documentaires, genre prédominant en
RDA.
Après la douloureuse expérience de la Seconde guerre mondiale, Böttcher s’installe en 1949 à
Dresde et y entame des études de peinture. Entre 1955 et 1960, il fait ses études à la Hochschule
für Filmkunst à Potsdam-Babelsberg et travaille ensuite dans la section « Actualité et
documentaire » de la DEFA.
Parmi ses films les plus connus comptent Stars (1963), Im Lohmgrund,
(1976), Martha (1978), Potters Stier, Venus nach Giorgione, Frau am
Klavichord (1981), Rangierer (1984) et Die Mauer
(1990).
LE CINÉMA EN RFA (1949-1990)
À partir de 1949, le cinéma de la RFA, entièrement orienté vers les productions les plus
commerciales, essentiellement préoccupé par la satisfaction d’un marché intérieur, est,
jusque dans les années 1960, un cinéma voué aux genres les plus stéréotypés.
C’est le triomphe de l’opérette filmée et du Heimatfilm (idylle campagnarde et patriotique
véhiculant une idéologie conservatrice), du film de guerre tendant à dédouaner la Wehrmacht de
son passé récent ou des bluettes sentimentales à la Sissi. À l'exception de
quelques films de Helmut Käutner (Die letzte Brücke, Le dernier Pont,
1954 ; Des Teufels General, Le Général du Diable, 1954), il faut
attendre le « manifeste d'Oberhausen » en 1962 pour que naisse un nouveau langage cinématographique.
À partir de 1949, le cinéma de la RFA, entièrement orienté vers les productions les plus
commerciales, essentiellement préoccupé par la satisfaction d’un marché intérieur, est,
jusque dans les années 1960, un cinéma voué aux genres les plus stéréotypés.
C’est le triomphe de l’opérette filmée et du Heimatfilm (idylle campagnarde et patriotique
véhiculant une idéologie conservatrice), du film de guerre tendant à dédouaner la Wehrmacht de
son passé récent ou des bluettes sentimentales à la Sissi.
1962-1980 : Le jeune cinéma allemand
L’héritage d’Oberhausen et l’affirmation d’un cinéma d’auteur
Il est d’usage de considérer que les années soixante, suite à la signature du Manifeste
d’Oberhausen par vingt-six jeunes cinéastes en 1962, marquent le début du « Nouveau Cinéma
allemand ». Avec des préoccupations parfois plus idéologiques qu’esthétiques, les
cinéastes s’inspirent de la Nouvelle Vague française. Leurs thèmes de prédilection sont la
quête de la terre natale, la recherche d’identité, la marginalité et de nombreux sujets de
société.
Les œuvres réalisées par les nouveaux venus rencontreront immédiatement un grand succès
critique, parfois même un relatif succès public, tels Der junge Törless (Les
Désarrois de l’Elève Törless) de Volker Schlöndorff, primé au festival de Cannes,
et Abschied von Gestern (Anita G.) d’Alexander Kluge, couronné à
Venise. Ce film évoque, à travers le personnage de la juive de RDA Anita G. qui ne parvient pas à
s’intégrer dans la société de l'Allemagne fédérale, le poids du passé sur la
société contemporaine de la fin des années soixante.
En 1979, Alexander Kluge réalisera aussi Die Patriotin (La Patriote), dont le
sujet, ambitieux, est l’Histoire. Le cinéaste est aujourd’hui aussi écrivain (Chronique des
sentiments - collection « L´Imaginaire » de Gallimard), homme de radio et de télévision.
Si les pionniers d’Oberhausen ont permis l’émergence d’un cinéma d’auteur soutenu
par les institutions et reconnu par l’opinion, l’apogée du jeune cinéma allemand se situe dans les
années soixante-dix, avec des réalisateurs majeurs comme Wim Wenders, Werner Herzog, Volker Schlöndorff et
bien sûr Rainer Werner Fassbinder.
Coups de projecteur
Im Lauf der Zeit, 1975 (Au Fil du Temps)
Réalisateur : Wim Wenders
Acteurs : Rüdiger Vogler, Hanns Zischler, Lisa Kreuzer, Rudolf Schündler, Marquard Bohm, etc.
Synopsis :
Bruno Winter, un itinérant solitaire allemand habitant dans un camion de
déménagement, travaille comme réparateur de projecteurs de cinéma. En Allemagne de l’Est,
il fait la connaissance de Robert Landner, un pédiatre qui, souffrant de la séparation d’avec sa femme,
erre dans les rues avec une valise vide. Devenus amis, ils poursuivent ensemble un voyage qui bouleversera la vie de chacun
d’entre eux…
Berlin Alexanderplatz, 1979/1980
Réalisateur : Rainer Werner Fassbinder
Acteurs : Günter Lamprecht, Hanna Schygulla, Barbara Sukowa, Gottfried John, etc.
Synopsis :
Tourné pour la télévision, le film basé sur le célèbre roman d’Alfred
Döblin, consiste en 14 épisodes, qui décrivent la vie des bas-fonds à Berlin pendant les jours les
plus sombres de la République de Weimar. Franz Biberkopf, qui a tué son amie Ida, vient de sortir de la prison
Berlin-Tegel. Désormais il prévoit de mener une nouvelle vie honnête, mais dans les années
1927-1928 à Berlin, il n’est pas aisé de mettre ce plan en pratique…
Die Blechtrommel, 1978 (Le
Tambour)
Réalisateur : Volker Schlöndorff
Acteurs : Mario Adorf, Angela Winkler, David Bennent, Daniel Olbrychski, Katharina Thalbach, Heinz Bennent,
etc.
Synopsis :
Dantzig, 1924, le petit Oscar, enfant surdoué, voit le jour. À l'âge de 3 ans, ne voulant pas
accéder au monde des adultes qui le répugne, il décide de mettre brutalement fin à sa croissance.
De son tambour et de sa voix qui brise le verre, Oscar commente l'histoire de sa famille, de sa ville natale et de la Pologne
menacée et envahie par Hitler...
Aguirre, der Zorn Gottes, 1972 (Aguirre, la Colère de Dieu)
Réalisateur : Werner Herzog
Acteurs : Klaus Kinski, Cecilia Rivera, Ruy Guerra, etc.
Synopsis :
En 1560, un groupe d’Espagnols s’engage dans la forêt vierge dans l’espoir de découvrir
l’Eldorado. « C’est une sorte de farce, d’opéra bouffe, les gens meurent comme à
l’opéra. Cependant il y a deux façons de mourir : les Indiens ont la leur qui comporte beaucoup de
dignité. Bien sûr c'est aussi un film politique : le rôle de l’église, la condition des
Indiens. » (W. Herzog, 1975)
Zoom sur
Werner Herzog (1942), le cinéaste de l’indicible
Reconnu dès 1967, Herzog est l’une des figures centrales du « jeune cinéma allemand »
.
Avec Jeder für sich und Gott gegen alle (Chacun pour soi et Dieu contre tous
– L’Enigme de Kaspar Hauser, 1974), qui obtient plusieurs prix à Cannes, Werner Herzog
connaît son premier succès international. La portée visionnaire de ses films, qui mettent en scène
des personnages d’exception, est une constante chez le cinéaste. Dans Aguirre, der Zorn
Gottes (Aguirre, la Colère de Dieu, 1972), il dresse le portrait d’un conquérant
de l’inutile à la recherche de l'Eldorado. Aguirre, l’aventurier mégalomane assoiffé de
puissance et d’absolu, finira seul sur un radeau à la dérive, perdu dans l’univers amazonien.
Rainer Werner Fassbinder (1945-1982)
R. W. Fassbinder est un réalisateur particulièrement prolifique, qui a produit une quarantaine de longs métrages et de téléfilms en treize ans. Ses œuvres originales et subversives, à
l’image de Martha (1972), posent un regard à la fois critique et humain sur la société et évoquent de nombreux sujets tels que l’exploration du fascisme ordinaire,
l’aliénation féminine, la discrimination et la marginalité.
Dans ses films, le réalisateur prend souvent le parti des opprimés et des déshérités, que
ce soient des prolétaires dans Händler der vier Jahreszeiten (Le Marchand des quatre Saisons, 1971), des immigrés dans Angst essen Seele auf (Tous les autres
s’appellent Ali, 1973) ou des homosexuels dans Faustrecht der Freiheit (Le Droit du plus fort, 1974).
Alexander Kluge (1932)
Critique acerbe de la société contemporaine et du cinéma commercial, Alexander Kluge est l'un des
cinéastes et auteurs majeurs de l'Allemagne de l'après-guerre. Cet ancien assistant de Fritz Lang est adepte de
l'expérimentation visuelle, en particulier dans le montage de ses films. Abschied von
Gestern (1966), adapté de sa nouvelle.
Anita G. conte les mésaventures d'Anita, une jeune allemande de l'est errant de petits
larcins en vocations avortées, qui enchaîne les déconvenues lorsqu'elle tente sa chance à
l'Ouest.
L'œuvre littéraire de Kluge comprend de nombreuses nouvelles, essais critiques et textes philosophiques dont les
thématiques rejoignent celles de son cinéma.
Le cinéma au féminin
En 1974, des femmes réalisatrices fondent la revue Frauen und Film, un lieu de réflexion sur les
sujets comme le pouvoir masculin et l’image de la femme au cinéma. À cette époque, le mouvement de
femmes est très fort. De nombreuses femmes font leur entrée dans le monde cinématographique.
Margarethe von Trotta (née en 1942), l’épouse de Volker Schlöndorff, sort en
1978 son premier long métrage Das zweite Erwachender Christa Klages (Le
deuxième Réveil de Christa Klages) en s’intéressant tout au long de son œuvre à
des destins de femmes. Dans Rosa Luxemburg (1985), elle trace un portrait sensible de la grande
socialiste.
Helma Sanders-Brahms (née en 1940) décrit dans ses films le monde du travail en RFA et,
avec Shirins Hochzeit (Les Noces de Shirin, 1975) le statut des femmes turques en
Allemagne. C’est avec le film Deutschland bleiche Mutter (Allemagne, Mère
blafarde) de 1979, qu’elle obtient un succès international important.
Apfelbäume (Pommiers, 1991) est l’un des premiers films après la chute
du mur qui ait pour sujet la relation inter-allemande.
Helke Sander (née en 1937), reprend dans son film Die allseitig reduzierte
Persönlichkeit – Redupers (Personnalité réduite de toutes parts) de 1977 la
formule utopique de l’Etat est-allemand « la personnalité socialiste entièrement
développée » pour expliquer la situation des femmes en RFA, prises entre travail, enfants et
désirs de créativité.
D’autres réalisatrices de l’époque sont Ulrike Ottinger, Elfie
Mikesch, Monika Treut.
La trilogie Heimat
L’œuvre importante « Heimat », une trilogie en 30 épisodes, est une chronique
filmée du XXe siècle en Allemagne et raconte la vie quotidienne de trois familles allemandes à travers
quatre générations.

Heimat. Eine deutsche Chronik, 1980-1984
Le feuilleton met en scène la
vie quotidienne des habitants de Schabbach (petit village de Rhénanie) entre 1919 et 1982. Au centre du film se trouve
la famille Simon avec leurs trois enfants.
Zweite Heimat. Chronik einer Jugend, 1986-1992
Le film accompagne le fils
Hermann Simon de son baccalauréat jusqu’à ses études à Munich et son retour à
Schabbach en 1970. L’accent est mis sur la vie des étudiants à Munich dans les années 60.
Heimat 3. Chronik einer Zeitenwende, 2002/2003
Le film se passe dans le
Hunsrück et rassemble de nouveau les protagonistes des autres films Heimat. La chute du mur de Berlin en 1989 est
choisie comme point de départ.
La dépression des années 80-90
Dans les années 80-90, la génération de Oberhausen du Nouveau Cinéma allemand
continue à exister et à produire, mais la jeune génération commence à s’opposer au
« cinéma à problèmes », sans cependant trouver de nouveaux sujets
intéressants. Des cinéastes comme Doris Dörrie cherchent du côté de l’humour.
C’est l’époque de la nouvelle comédie allemande. D’autres réalisateurs comme
Sönke Wortmann avec Das Superweib (Supernana, 1996) ou Der bewegte Mann (Des mecs,
1998) remplissent avec leurs « Beziehungskomödien » (comédies
« relationnelles ») les salles de cinéma.
LE CINÉMA ALLEMAND CONTEMPORAIN
Après le tournant politique de 1989/90, le cinéma allemand semble renaître de ses cendres. La
production de films est en hausse, le cinéma allemand fait à nouveau parler de lui sur le plan international,
notamment grâce au succès de films tels que Lola Rennt, (Cours Lola cours,
1998), Halbe Treppe (Frites Et Folie, 2001), Good Bye Lenin
(2003), Der Untergang (La Chute, 2005), Das Leben der anderen
(La Vie des Autres, 2006), Auf der anderen Seite (De l’autre
Côté, 2007).
Clin d’œil à la RDA
L’humour semble être une
manière adéquate d’aborder le sujet du passé allemand récent. En 1999, Leander
Haußmann crée avec Sonnenallee (1999) une comédie sur la vie quotidienne en
ex-RDA et avec Herr Lehmann (2004) une comédie dont l’histoire se termine avec la
chute du mur.
Good Bye Lenin (2004) de Wolfgang Becker raconte l’effondrement de l’Allemagne de
l’Est au moment de la chute du mur, et ce avec tendresse, humour et lucidité.D’autres films se servent de la RDA comme toile de fond. Ainsi Alles auf Zucker (2004) de
Dani Lévy et NVA (2005) de Leander Haußmann.
En 2006, Das Leben der anderen (La Vie des Autres) de Florian Henckel von Donnersmarck
reçoit de nombreuses récompenses, dont l’Oscar du meilleur film en langue étrangère.
Films sur le passé allemand
Si le douloureux
passé de l’Allemagne continue aujourd’hui à inspirer nombre de cinéastes, ceux-ci semblent
désormais porter un regard nouveau, plus distancié et finalement plus décomplexé, sur
l’histoire de leur pays.
Le sujet de la Seconde Guerre mondiale est abordé dans des films tels que Der Untergang
(La Chute, 2005) de Oliver Hirschbiegel ; Sophie Scholl. Die letzten Tage (Sophie
Scholl. Les derniers Jours, 2005) de Marc Rothemund ; Die Fälscher (Les
Faussaires, 2006) de Stefan Ruzowitzky, Am Ende kommen Touristen (Et puis les
Touristes, 2007) de Robert Thalheim, Une perspective humoristique est proposée par le réalisateur suisse
Dani Lévy dans Mein Führer – Die wirklich wahrste Wahrheit über Adolf Hitler
(Mon Führer – La vraie véritable Histoire d’Adolf Hitler, 2007).
Mais d’autres aspects du
passé allemand trouvent aussi le chemin du grand écran, dont l’« automne
allemand ». En 2007, le réalisateur Uli Edel rassemble les grands acteurs allemands pour raconter dans
Der Baader-Meinhof-Komplex (La Bande à Baader) les premières années
de la RAF, organisation révolutionnaire d’extrême-gauche ouest-allemande. Le documentaire
Black Box BRD de Andreas Veiel avait été distingué en 2001, sur le même
sujet, par le Prix du cinéma européen et par le Prix du film allemand en 2002.
Avec plus que 3 millions de spectateurs, Das Wunder von Bern (Le Miracle de Berne,
2003) de Sönke Wortmann, long-métrage sur le parcours miraculeux de l’équipe d’Allemagne de
football lors de la Coupe du Monde de 1954, est un grand succès commercial du cinéma allemand.
Nouveaux réalisateurs
En dehors
du célèbre réalisateur d’origine turque Fatih Akin, qui depuis ses débuts connaît un
énorme succès en Allemagne et à l’étranger, un grand nombre de jeunes réalisateurs
et réalisatrices aux origines pluriculturelles font leur entrée sur la scène du cinéma
allemand.
« Le cinéma des immigrés » ne se limite cependant pas aux portraits de certains milieux,
comme des films tels que Kanak Attack (Lars Becker, 2000), Lost Killers
(Dito Tsintsadze, 2000) ou Status Yo (Till Hastreiter, 2004) pourraient le suggérer.
Originaire de Corée du Sud, Cho Sung-hyung présente avec son film documentaire Full Metal
Village (2005/06) un portrait du festival de musique métal allemand « Wacken Open
Air ». Au centre du film se trouvent les habitants du petit village qui accueillent chaque année environ
60 000 fans de musique métal avec qui ils coexistent pour une période de quelques jours.
Shasheen Dill-Riaz montre dans son documentaire Eisenfresser de 2008 la démolition navale
à Chittagong en se focalisant sur la situation des ouvriers indiens démantelant des épaves. Son film a
été distingué par de nombreux prix internationaux, dont le premier Prix du festival international du
film d’environnement (2007) ainsi que le Prix Adolf Grimme en 2010.
Nouveaux sujets
Naturellement, la nouvelle génération de cinéastes n’hésite pas pour autant à
aborder des thématiques résolument contemporaines, parfois critiques de la société. Avec
Die fetten Jahre sind vorbei (The Edukators, 2004), Hans Weingartner choisit le sujet de
la mondialisation, de la précarisation du travail et de la résistance de la jeune génération.
Les conflits d’une société multiculturelle sont abordés dans le cinéma allemand
intitulé « Cutural Clash » avec des représentants comme Fatih Akin (Gegen die
Wand, 2004 et Auf der anderen Seite, 2007) ou Hans Christian Schmid.
Lichter (Au loin les lumières, 2003) relate de façon presque documentaire
plusieurs tentatives d'immigration de la Pologne vers la ville de Francfort-sur-l’Oder en ex-RDA et pose ainsi de
façon très concrète la question du rapport de l'Allemagne aux pays de l’Est.
La réalisatrice Sylke Enders (Kroko, 2003) traite dans ses films la situation des gens
marginaux qui vivent dans les zones urbaines sensibles de Berlin. Avec Allein (2004), Thomas
Durchschlag décrit les problèmes d’une jeune étudiante qui souffre d’une personnalité
« borderline ».
« Neue Berliner Schule »
Une autre tendance de la production cinématographique actuelle est le phénomène de la
« Neue Berliner Schule ». Depuis quelques années, une jeune génération de
réalisateurs, tels que Thomas Arslan, Christian Petzold et Angela Schanelec semble renouveler la « Berliner
Schule » des années 90. Les films tels queMarseille (2004) de Angela
Schanelec ; Gespenster (2005) de Christian Petzold ;
Schläfer (2005) de Benjamin Heusenberg ; Aus der Ferne (2006)
de Thomas Arslan et Sehnsucht (2006) de Valeska Grisebach se caractérisent par de
très longs plans, peu de dialogues, un jeu neutre, voire inexpressif, des acteurs, et une action pauvre. Il
n’est pas surprenant que cette nouvelle tendance artistique soit peu populaire. Seul Die innere
Sicherheit (2000) de Petzold a réussit d’attirer 120 000
spectateurs.
Coups de projecteurs
Das Leben der anderen, 2006 (La Vie des Autres)
Réalisateur : Florian Henckel von Donnersmarck
Acteurs : Martina Gedeck, Ulrich Mühe, Sebastian Koch, Ulrich Tukur
Synopsis :
En Allemagne de l'Est, au début des années 80, Gerd Wiesler accepte de collecter des informations contre un
auteur de théâtre et sa compagne, pour le compte de la police secrète. La mission de surveillance tourne
à l'obsession et les certitudes de Gerd vacillent quand il s'attache à l'homme qu'il doit détruire.
La Bande à Baader
Der Baader Meinhof Komplex, 2008 (La Bande à Baader)
Réalisateur : Uli Edel
Acteurs : Bruno Ganz, Moritz Bleibtreu, Martina Gedeck, Alexandra Maria Lara
Synopsis :
Ce film d’Uli Edel et de Bernd Eichinger met en scène l’histoire de la RAF, fraction armée rouge,
organisation révolutionnaire d’extrême gauche qui se développe suite à l’essor des
mouvements étudiants en Allemagne. Le film retrace la formation de la RAF autour d’Andreas Baader (Moritz
Bleibtreu), Ulrike Meinhof (Martina Gedeck) et Gudrun Ensslin (Johanna Wokalek) et sa radicalisation. Il s’étend
de la mort de l’étudiant Benno Ohnesorg en juin 1967 au détournement de l’avion
« Landshut » de la Lufthansa jusqu’à l’assassinat du patron des patrons Hanns Martin
Schleyer en octobre 1977.
Picture-alliance/DPA
Das weiße Band, 2009 (Le Ruban blanc)
Réalisateur : Michael Haneke
Acteurs : Susanne Lothar, Ulrich Tukur
Synopsis :
À la veille de la Première Guerre mondiale, l’été 1913
est marqué par une série d’étranges accidents. Un médecin est victime d’un violent
accident de cheval. La femme d’un paysan meurt. L’histoire des enfants et adolescents de la chorale
dirigée par l’instituteur du village est racontée.
© farbfilm verleih
Schlafkrankheit, 2011 (La maladie du sommeil)
Réalisateur : Ulrich Köhler
Acteurs : Pierre Bokma, Jean-Christophe Folly, Jenny Schily
Synopsis :
Aujourd’hui, Ulrich Köhler est au seuil d’une reconnaissance internationale. Coproduction germano-française, "Schlafkrankheit / Maladie du sommeil", s’affranchit totalement de la tutelle de « l’école de Berlin », l’autre étiquette dont s’était vue affublée la jeune génération de cinéastes.
Schlafkrankheit s’attache en premier lieu à Ebbo, un médecin allemand qui dirige près de Yaoundé un programme consacré à la maladie du sommeil. Il ne veut pas se résoudre à l’insistance de sa femme, qui le presse de rentrer en Allemagne, un pays qui lui est maintenant étranger. Quelques années plus tard, Alex, un médecin français d’origine congolaise partira à la rencontre d’Ebbo. Et ne trouvera sur place qu’un fantôme.
Ni condescendant, ni complaisant envers l’Afrique, Köhler pointe l’extrême difficulté qu’il y a à trouver sa place sur ce continent aujourd’hui. Il poursuit ici, sur un mode majeur, son travail sur la notion de territoire, préoccupations qui traversaient déjà ses deux premiers films.
© Digitale Leinwand
PINA – Tanzt, tanzt sonst sind wir verloren, 2011 (PINA - Dansez, dansez sinon nous sommes perdus)
Réalisateur : Wim Wenders
Acteurs : L’ensemble du Tanztheater de Wuppertal
Synopsis :
Film dansé en 3D, porté par l’Ensemble du Tanztheater Wuppertal et l’art singulier de sa chorégraphe, Pina Bausch, disparue à l'été́ 2009.
Ses images nous invitent à un voyage au cœur d'une nouvelle dimension, d’abord sur la scène de ce légendaire Tanztheater Wuppertal, puis hors du théâtre, avec les danseurs, dans la ville de Wuppertal et ses environs. Totalement au service des chorégraphies organiques et radicales de Bausch, le film – parfois âpre de par son intransigeance – s’articule notamment autour de ballets majeurs comme le « Sacre du Printemps », « Full Moon » et « Café Müller »), de l’artiste et de témoignages – racontés en mots et en pas de danse - de ses danseurs. « Pina » sort la danse des lieux clos prouvant ainsi que sa vraie place est en liberté.
Zoom sur
Fatih Akin
© Nicolas Genan
Fatih Akin (1973)
Après ses études de Sciences de l’information et de la communication à la Hochschule für
bildende Künste (Ecole Supérieure des Arts) à Hambourg, Akin entre comme stagiaire à la maison de
production « Wüste » où il devient scénariste, réalisateur et acteur.
Pendant ses études d’art audiovisuel à la Hamburger Hochschule für Bildende Künste, il tourne
ses deux premiers courts-métrages.
Il se fait remarquer par son premier long-métrage Kurz und schmerzlos
(L’Engrenage, 1998) ainsi que, deux ans plus tard, par Im Juli (Julie en
juillet, 2000). Akin reçoit l’Ours d’or en 2004 pour son drame sur l’immigration
Gegen die Wand (Head-On). En 2005, le réalisateur germano-turc réalise un
documentaire sur la musique en Turquie : Crossing the Bridge – The Sound of Istanbul. Il
remporte le Prix du scénario au Festival de Cannes en 2007 pour le film Auf der anderen
Seite (De l’autre Côté). Sa comédie Soul Kitchen
lui vaut le Prix spécial du jury à Venise en 2009.
Andreas Dresen
© Petr Novák
Andreas Dresen (1963)
Le réalisateur est célèbre pour ses films réalistes basés sur l’improvisation et ses
documentaires.
Après avoir été stagiaire aux studios de la DEFA en tant qu’assistant réalisation, Dresen
entame des études de mise en scène à la Hochschule für Film und Fernsehen Konrad Wolf à
Potsdam Babelsberg. Le moment-clé de sa carrière est son film Nachtgestalten de
1999 : tous les films qu’il réalise après deviennent de grands succès. En 2002, il
décrit avec Halbe Treppe (Frites et Folie) la grisaille de la vie de deux couples
à Francfort-sur-l’Oder. Son documentaire Denk ich an Deutschland… Herr Wichmann von der
CDU (2003) montre la solitude d’un homme politique pendant sa campagne électorale dans le
Brandebourg. D’autres films importants sont Sommer vorm Balkon (Un Eté à
Berlin, 2005) et Wolke Neun (Septième Ciel, 2008).
Liens utiles
Version actualisée par Antje Kirsten (2010) et Lara Janitza (2011).
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Glossaire
| A |
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| acteur/-trice, m/f |
Darsteller/in, Schauspieler/in, m/f |
| angle de prise de vue, m |
Aufnahmewinkel, m |
| appareil de projection cinématographique, m, voir aussi projecteur,
m |
Filmprojektor, m |
| arrière-plan, m |
Hintergrund, m |
| avancer |
Vorspulen |
| B |
|
| bande annonce, f |
Trailer, m |
| bande-son, f |
Soundtrack, m, Tonspur, f |
| bobine, f, m de film |
Filmrolle, f |
| bruitage, m |
Geräuschkulisse, f |
| C |
|
| cadre, m |
Bildeinstellung, f |
| caméraman, m voir aussi cadreur, -euse |
Kameramann, -frau, m/f |
| caméra, f subjective |
Subjektive Kameraführung, f |
| cinéma, m, ciné, m |
Kino, n |
| comédie, f |
Komödie, f |
| contre-plongée, f |
Froschperspektive, f, Untersicht, f |
| court-métrage, m |
Kurzfilm, m |
| critique cinématographique, f |
Filmkritik, f |
| D |
|
| détail, m |
Detailaufnahme, f |
| distribution de films, f |
Filmverleih, m |
| documentaire, m |
Dokumentarfilm, m |
| doublage, f |
Nachvertonung, f, Synchronisation, f |
| DVD, m |
DVD, f |
| E |
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| (grand) écran, m |
Leinwand, f |
| échelle, f de plan |
Einstellungsgröße, f |
| F |
|
| figurant/e, m/f |
Statist/in, m/f |
| film, m, voir aussi pellicule, f |
Film, m |
| film d’action, m |
Actionfilm, m |
| film d’amour, m |
Liebesfilm, m |
| film fantastique, m |
Fantasyfilm, m |
| film d’horreur, m |
Horrorfilm, m |
| flash-back, m |
Rückblende, f |
| focale, f |
Brennweite, f |
| G |
|
| générique, m de début |
Vorspann, m |
| générique, m de fin |
Abspann, m |
| gros plan, m |
Großaufnahme, f |
| H |
|
| hors-cadre, m |
Off-screen, m |
| I |
|
| insertion, f |
Einblendung, f |
| L |
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| long-métrage, m |
Spielfilm, m |
| M |
|
| mise en scène, f |
Regie, f |
| montage, m |
Schnitt, m |
| montage, m parallèle |
Parallelmontage, f |
| musique, f de film |
Filmmusik, f |
| O |
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| objectif, m grand-angle |
Weitwinkelobjektiv, n |
| ouverture, f en fondu |
Aufblende, f |
| P |
|
| panoramique, m |
Panoramaschwenk, m Übersichtschwenk, m |
| pellicule, f |
Film, m |
| plan, m |
Einstellung, f |
| plan, m américain |
Amerikanische Aufnahme, f |
| plan, m d’ensemble |
Totale Aufnahme, f |
| plan, m moyen |
Halbtotale Aufnahme, f |
| plan, m moyen rapproché |
Halbnahe Aufnahme, f |
| plan, m rapproché |
Nahaufnahme, f |
| plan-séquence, m |
Plansequenz, f |
| plongée, f |
Obersicht, f , Vogelperspektive, f |
| policier, m |
Krimi, m |
| première, f |
Premiere, f |
| premier plan, m |
Vordergrund, m |
| prise de vue, f |
Aufnahme, f |
| prix, m |
Filmpreis, m |
| producteur, m |
Produzent, m |
| projecteur, m |
Filmprojektor, m |
| profondeur, f de champ |
Schärfentiefe, f |
| R |
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| réalisateur/ -trice, m/f |
Regisseur/in , m/f |
| rembobiner |
Zurückspulen |
| S |
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| scénario, m |
Drehbuch, n |
| son, m |
Ton, m |
| sortie, f d’un film |
Erstaufführung, f, Uraufführung, f |
| spectateur/ -trice, m/f |
Zuschauer/in , m/f |
| star, f |
Star, m |
| T |
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| téléfilm, m |
Fernsehfilm, m |
| ticket, m |
Eintrittskarte, f |
| tournage, m |
Dreh, m |
| travelling, m
|
Kamerafahrt, f
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| V |
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| vidéo, m |
Video, n |
| voix-off, f |
Off-Stimme, f |