exemples+konzepte L'échange scolaire retour

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Echanges entre lycées et collèges français et allemands :

Collège André Duchesne, L’Ile Bouchard (Indre-et-Loire)
Johannes Kepler Gymnasium, Leonberg (Bade-Wurtemberg)

Rencontre du 12 au 16 octobre 1995 à Leonberg

 

Non, Kleine Brötchen backen n’est pas forcément un projet étriqué. Ou : comment intégrer l’échange scolaire à un projet pédagogique.

On peut, bien entendu, organiser un grand nombre d’activités pendant les rencontres entre les jeunes Français et les jeunes Allemands. Pour certaines d’entre elles, la langue du partenaire devient alors un outil incontournable. Par exemple, si on décide d’écrire ensemble un article pour le journal local avec un groupe binational, on ne peut pas se passer des deux langues. Si on veut faire les courses ensemble au marché, et pas au supermarché, il va falloir utiliser ce qu’on sait dire, enrichir ses connaissances et s’adapter. C’est une question d’efficacité. Si on fait une descente de rivière en canoë-kayak, sous la direction d’un professeur, qui ne maîtrise que sa langue maternelle, comprendre - et comprendre vite - relève de l’opération de survie.

Ainsi, on apprend, on dit, on mémorise des choses, tout en agissant, ce qui est sans doute une des meilleures manières de progresser. Mais on peut aussi essayer d’intégrer l’échange au travail pédagogique sur une période plus longue, voire sur une année scolaire. Cette démarche peut également s’ouvrir dans de multiples directions et ne pas se limiter au franco-allemand.
C’est ainsi qu’en 87/88, notre collège a mis sur pied un projet d’action éducative sur le thème du pain. Pratiquement tous les élèves de l’établissement ont travaillé sur ce projet à un moment ou à un autre et tous les enseignants volontaires ont pu s’y associer.

Début octobre, le groupe de germanistes de 4ème et 3ème est allé à Leonberg, Bade-Wurtemberg, dans notre lycée partenaire. Les collègues allemands, informés l’année précédente, avaient organisé le programme du séjour avec un fil rouge :
das Brot. Nous avons visité le Brotmuseum de Ulm, visité des boulangeries, fait des quantités de photos de vitrines remplies de pains différents, des photos d’églises, décorées pour le Erntedanktag, acheté des pains, des Brötchen, un gros Erntedankbrot. A partir de là il y a toujours eu dans la classe un assortiment de pain et petits pains, très utiles pour le travail avec les jeunes élèves. Nous nous sommes fait expliquer le pourquoi de tout cela. Le boulanger, qui nous a reçu dans son laboratoire, nous a permis de voir comment et pourquoi il proposait une si grande variété de pain; il nous a révélé la recette des Brezeln. Bien sûr, nous avons pu goûter à tout, ce qui fixe sans doute les souvenirs et ne peut qu’aider à la mémorisation. Pendant toute une matinée, avec l’aides des mères allemandes, les élèves français ont pu faire des Brötchen, du Zwiebelkuchen etc. dans le Backhäusle de Eltingen, avec l’aide d’une Oma, qui savait, elle, combien il fallait de fagots pour chauffer le four, comment on vérifiait la température, etc. Les élèves ont acquis des mots, des structures, mais aussi le savoir-faire, qui leur a permis au retour, de proposer aux autres camarades du collèges, un Frühstück avec des Brötchen frais, faits sur place. Apprendre avec plaisir était donc possible. Ce fameux petit-déjeuner a été également la première étape pour intégrer les élèves qui n’avaient pas participé à l’échange.

Mais dès le retour aussi, les 4ème et 3ème germanistes, ont travaillé sur leur documentation personnelle, mais aussi sur celle qu’ils ont demandé à la
Zentrale Marketinggesellschaft für Agrarwirtschaft de Bonn, celle du Backmittelinstitut, du Verband des deutschen Bäckerhandwerks, etc. Rédaction de lettres, travail de compréhension, de sélection d’informations, de réemploi adapté, travail soumis aux partenaires pour la validation. Mais aussi travail de communication, puisque l’objectif était de faire une exposition destinée à tous les partenaires : autres élèves germanistes et élèves allemands (textes en allemand), élèves non germanistes, professeurs non germanistes, parents et partenaires extérieurs à l’établissement (textes en français). Partant d’une approche culturelle vivante : la place du pain dans l’alimentation allemande, la symbolique du pain, les aspects concrets de la fabrication et de la commercialisation, on est passé à une acquisition linguistique indispensable, par un travail plus classique sur des textes, sur des documents visuels, etc.

Parallèlement à cela, d’autres groupes travaillaient en biologie sur le
Mehlwurm, en anglais sur la place du pain en Grande-Bretagne ; en espagnol sur le pain des morts en Amérique du Sud ; en français sur les expressions autour de la notion de pain, sur «Marie Bon Pain» de Clavel, etc. A certains moments, les différents groupes ont participé à un travail commun, comme par exemple le rencontre avec un nutritionniste de l’I.U.T., qui est venu expliquer sa vision de la place du pain dans notre nourriture française, dans la nourriture européenne et lever certaines idées qu’il jugeait fausses. Le syndicat régional des boulangers a soutenu notre action, par des rencontres, du prêt de matériel, des informations concrètes.

Dans ce projet, les acquisitions linguistiques en langue étrangère ont eu une place importante, justifiée par la volonté de communication aux autres, mais elles se sont appuyées sur des connaissances personnelles nouvelles, pas toutes liées à la langue étrangère. On pouvait donc parler d’un enrichissement personnel au sens très général.

L’exposition réalisée par l’ensemble des groupes, en fin d’année, a été présentée plusieurs fois dans l’établissement, mais aussi lors de fêtes du patrimoine, dans des villages alentour, lors des comices agricole local. Une manière d’intégrer le patrimoine local au patrimoine plus large. Si ce genre de thème était à nouveau traité aujourd’hui, nous pourrions y associer une association qui fait des «fouées», une sorte de pain, déjà évoquée par Rabelais et qui serait un "descendant" du pain arabe.
En conclusion, il nous semble que nous avons apporté un démenti au sens étroit de
Kleine Brötchen backen. Sans être un modèle, cette démarche peut être une idée, un point de départ pour d’autres échanges à thème.

B. Delavenna

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