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Echanges entre lycées et collèges français et allemands :
Foyer socio-éducatif, Collège Petite-Lande, Rezé (Loire-Atlantique)
Gymnasium, Lindenberg (Bavière)
Rencontre du 28.1 au 9.2.1991
à Lindenberg et à Burgberg (Allgäu)
Un P.A.E.I... Pour quoi faire ?
Perception et intégration de l'étranger et de l'échange pédagogique à thème, dans le cadre d'un appariement, par les élèves germanistes de troisième du Collège Petite-Lande.
Voici plus de quinze ans que nous organisons pour les élèves germanistes de notre collège des échanges avec des établissements allemands et nous sommes de plus en plus conscients des perturbations que ces voyages apportent dans le rythme scolaire et dans l'établissement: absence de professeurs, qui évidemment ne peuvent être remplacés, accueil d'élèves en surnombre dans les classes lors de la venue des correspondants, et surtout, obligation pour «les collègues-à-programme» d'accélérer leur rythme ou de faire l'impasse.
Bien souvent, les collègues et parfois même les parents des élèves concernés ne voient dans l'échange que le bénéfice linguistique, oubliant tout l'acquis personnel et culturel que l'élève peut retirer d'un voyage collectif à l'étranger avec une expérience de vie dans un autre environnement familial .
C'est fort de ces expériences et de ces constats que nous recherchons une formule qui permettrait de mieux associer le plus grand nombre de collègues à cette phase éducative. Nous souhaitions également donner à l'échange et au voyage, qui en est l'aboutissement, un contenu et une finalité qui dépassent l'objectif linguistique. Nous voulions renforcer la motivation et la préparation des élèves en leur donnant l'occasion et les moyens dune recherche personnelle et collective.
C'est ainsi que nous avons pensé que le cadre dun P.A.E.I. pouvait répondre à cette double attente puisqu'il
- suppose un travail d'équipe
- permet des collaborations externes
- part d'une analyse des réalités locales
- impose de gérer le temps et les contretemps
en évaluant en permanence ce qui est réalisé ... sans oublier les aides complémentaires (dotation financière et H.S.) auxquelles le P.A.E. peut donner droit.
La démarche initiale consiste à présenter un projet qui concerne un certain nombre d'élèves. Pour notre cas, nous avons limité l'expérience aux germanistes de 3ème du collège, encadrés par les collègues de l'équipe pédagogiques de cette classe. (A noter que cette équipe pédagogique avait été constituée sur la base du volontariat et dans la perspective du P.A.E.).
Le projet proposé... Au départ, très vague "Peut-on parler d'identité nationale, et comment est-elle perçue par des jeunes gens de 14-15 ans ?", puis discuté et affiné. Ce seront surtout les conditions locales qui le feront évoluer :
projet concernant une classe d'adolescents de 13, puis 14 ans pour la plupart.
une classe composée d'élèves étudiant l'allemand, I'anglais et, pour quelques-uns, I'espagnol.
possibilité davoir sur place (dans l'agglomération nantaise) des contacts directs avec des étrangers de différentes nationalités.
et enfin, et surtout un groupe de collègues intéressés par la pratique de la vidéo en milieu scolaire, disposé à suivre une formation à cette technique et le matériel vidéo de base à disposition.
Nous n'entrerons pas ici dans le détail des démarches à accomplir, chaque collègue pouvant trouver auprès du responsable aux P.A.E. de son académie - à l'Académie ou Rectorat - les renseignements utiles et une aide méthodologique.
Le seul conseil que nous puissions donner aux collègues qui décideraient de s'engager dans la voie d'un P.A.E.I. est de s'y prendre à temps. Les dossiers devant être déposés à l'I.A. en début d'année scolaire aux alentours du 15 novembre.
Nous insistons sur le choix du sujet et son adéquation aux possibilités locales, aux intérêts ou préoccupations des élèves (en relation ou non avec l'une des matières étudiées par ces derniers), aux opportunités géographiques, historiques (le 500ème anniversaire de Christophe Colomb pour les hispanisants...). Nous avions, pour notre part, retenu un thème à double entrée. Le sujet d'étude avait entre-temps évolué vers "La perception de lAIlemand à travers les préjugés et les expériences vécues d'adolescents et son mode de présentation: un document-vidéo". Cette démarche nous permettait d'associer plus de monde au travail commun, eu égard à lintérêt et aux compétences de chacun (élèves comme éducateurs ou personnes associées).
L'aspect international du P.A.E.I. constitue un plus un enrichissement mais suppose naturellement que l'on dispose de partenaires sensibilisés à ce mode de travail et de réflexion et qu'il y ait harmonisation des moyens mis à disposition; cela suppose également que le choix du sujet soit déterminé en accord avec les partenaires.
Genèse du P.A.E.I.
Au point de départ, une équipe pédagogique, constituée dès juin 1989, formée de professeurs volontaires pour animer une expérience de pratique de la vidéo en milieu scolaire.
La classe retenue
Une quatrième, composée pour l'essentiel, de germanistes -option langue renforcée-, complétée d'anglicistes -également langue renforcée- étudiant comme deuxième langue vivante, I'anglais pour les premiers, I'allemand ou l'espagnol pour les seconds.
Le choix du thème
A l'origine, un article satirique, paru dans un quotidien allemand "Portrait du Français vu d'Allemagne", lu et commenté en classe d'allemand, en début d'année scolaire. D'où l'idée initiale de mettre un groupe d'adolescents en situation de réfléchir aux clichés et idées préconçues qualifiant l'étranger, et tout particulièrement l'Allemagne et les Allemands Il avait été initialement envisagé d'étendre cette réflexion aux autres pays, dont la langue était étudiée par les élèves de cette quatrième - donc à l'Angleterre et à l'Espagne - - mais la difficulté de mener ce travail dans trois directions et de coordonner le résultat de ces recherches a fait abandonner ce projet. aux yeux des Français et le Français aux yeux des Allemands et de présenter cette réflexion sous forme d'un document vidéo.
Laccent particulier porté sur lAllemagne et les Allemands est dû à la dominante de germanistes de la classe et aux possibilités de correspondance et d'échange avec l'une des classes de l'établissement scolaire apparié, le Iycée de Lindenberg, dans l'Allgäu bavarois.
Préparation du P.A.E.I.
Le P.A.E.I. est préparé par :
- I'équipe éducative qui suivra un stage de formation aux techniques de la vidéo en milieu scolaire
- des contacts préliminaires avec les parents des élèves concernés et avec les collègues de français du Lycée de Lindenberg.
La démarche envisagée consiste à mettre les élèves des deux communautés en situation d'observer les comportements de l«étranger».
La proposition est présentée aux partenaires allemands et il est décidé d'organiser un échange, avec, pour chaque phase de l'échange, un double séjour: en famille et en tiers-lieu. En attendant l'échange, qui doit avoir lieu lors de la prochaine année scolaire, et pour préparer celui-ci, une correspondance s'engage entre les deux classes retenues, individuelle et collective, de classe à classe.
- Sensibilisation des élèves
Après une première approche, centrée sur les clichés et idées reçues, les élèves pourront affiner leur réflexion, à partir des lectures faites en classe, des thèmes abordés en histoire, de la découverte de la civilisation allemande en cours de langue.
En fin d'année scolaire, ils commenceront à faire connaissance avec la pratique directe de la vidéo.
La phase active du P.A.E.I.
Les correspondants sont accueillis dans les familles françaises quelques jours avant la rentrée officielle de septembre.
Les deux classes française et allemande ont passé cinq jours en un tiers-lieu, au centre de plein-air de Vioreau, en Loire-Atlantique, qui appartient à la Direction Jeunesse et Sports.
Pendant ce séjour, les deux groupes ont pu comparer leurs points de vue tout en observant leurs comportements respectifs. Ils ont également bénéficié d'un stage de voile, d'une initiation à la pratique de la vidéo, certains ont du reste réalisé un premier "clip-vidéo" de quelques minutes.
Après le stage, les élèves allemands, hébergés dans les familles de leurs correspondants, sont restés au collège quelques jours et ont pu suivre des cours.
Après le départ des correspondants, le travail de recherche et d'élaboration du projet final se poursuit.
Parallèlement à ce travail, les élèves se préparent, dans le cadre de leur horaire renforcé d'allemand, au voyage retour, qui aura lieu fin janvier/début février 1991.
Le scénario du document-vidéo commence à se préciser, et reposera sur la perception et les expériences vécues par les "héros", qui observera avec naïveté les comportements différents de son correspondant, de sa famille d'accueil et de son environnement scolaire ou autre.
Le voyage en Allemagne
Le déplacement a lieu en car et se déroule en deux temps. Un séjour d'une semaine à Lindenberg, avec hébergement dans la famille du correspondant, et participation aux cours, au Iycée. Cinq jours pleins dans un centre appartenant au Club Alpin Allemand, à Burgberg, dans les Alpes bavaroises.
Cette double expérience répond à lobjectif initial: permettre par une participation à la vie scolaire et l'intégration à la vie d'une famille allemande, de mieux observer les éventuelles différences et par une expérience de la vie collective et la pratique en commun d une activité sportive -le ski- de mieux observer les comportements individuels et voir s'il est possible d'en dégager des attitudes collectives spécifiques.
Compte rendu de la rencontre
Les élèves ont été accueillis du mardi 29 janvier au dimanche 3 février 1991 dans les familles des correspondants et ont participé à des activités scolaires - ou de découverte de l'environnement - organisées à leur intention par le Iycée de Lindenberg/Allgäu.
Citons notamment, outre les cours et rencontres dans l'établissement même, la visite de la ville (notamment la mairie et une usine de chapellerie) et une visite de fromagerie artisanale dans une petite commune voisine.
Durant la deuxième partie du séjour - du dimanche 3 février au vendredi 8 février inclus, les élèves français et leurs correspondants allemands ont été hébergés dans un tiers-lieu, le châlet Sonnenhalde du Club Alpin Allemand à Burgberg, où ils ont pu conjointement bénéficier d'un stage dinitiation au ski de fond et au ski alpin - tout en poursuivant le projet initial, objectif de la rencontre.
Confrontation entre les modes de vie et de réaction des adolescents allemands et français dans leur cadre vie familial et scolaire". Ce travail s'est poursuivi sous la forme d'observation de débats et de prises de vue vidéo. Signalons une excursion à Füssen et la visite du chateau de Neuschwanstein, qui pour les Français apparaissait comme une illustration d'un cours fait précédemment en France.
Outre l'intérêt exceptionnel pour des adolescents de 14 à 16 ans d'une expérience de vie collective dans un autre environnement national (20 sur 24 des élèves n'étaient jamais allés à l'étranger et deux seulement étaient déjà allés en Allemagne) et l'intérêt d'une découverte de la montagne et des sports d'hiver (4 élèves sur 24 avaient déjà eu l'occasion de faire du ski).
Nous tenons à signaler que l'exploitation de ce voyage n'est pas terminée. Sa préparation avait commencé l'an dernier, dans le cadre d'un P.A.E.I.-vidéo. Elle se poursuit par l'analyse des observations faites durant les deux phases de l'échange (accueil des correspondants en septembre et voyage de janvier - février), la mise en forme du "scénario" définitif, le tournage des scènes complémentaires et le montage du document vidéo final, qui devra être terminé à la fin de l'année scolaire.
Nous tenons également à attirer l'attention sur l'intérêt qu'il y a pour des élèves de cet âge à associer un programme d'échanges à un thème de réflexion spécifique et à une nécessaire mise en forme quel que soit le support définitif du travail réalisé autour de l'échange.
"Lettres d'Allemagne à un ami Français empêché"
N.B: L'ampleur de ces documents ne nous permet malheureusement pas de les reprendre in extenso. Nous publions les lettres Nos 2, 3, 6, 10 et 11.
Ces lettres sont le résultat d'un travail collectif. Elles ont été rédigées par les élèves, quelques semaines après leur retour d'Allemagne, à partir de leurs propres observations ou de réflexions par leurs camarades.
Nous tenons à souligner que ce voyage était pour la plupart d'entre eux le premier contact direct qu'ils avaient avec IAllemagne - c'était même, pour beaucoup, la première fois qu'ils vivaient une expérience de vie familiale ou collective en dehors de leur propre milieu familial. Il n'est donc pas surprenant que ces élèves ne disposent ni des éléments de comparaison, ni de la distance nécessaire pour relativiser leur appréciation ou jugement que le lecteur, meilleur connaisseur de l'Allemagne, peut tour à tour considérer comme naïf, péremptoire ou exagéré .
Lors de la conception de ces lettres, nous nous sommes contentés d'aider les élèves à organiser leur pensée ou à exploiter le fruit de leurs observations, sans rien retrancher de ce qui est leur vision de l'Allemagne.
1ère lettre : Compte rendu du voyage aller et accueil au Iycée
2ème lettre : Première prise de contact avec le Iycée de Lindenberg
3ème lettre : Première journée de classe
4ème lettre : Vie de famille : à propos des repas - la mère au foyer
5ème lettre : Impressions de Lindenberg, de Scheidegg et de Wangen
6ème lettre : Les préjugés: fiction ou réalité
7ème lettre : L'environnement, une préoccupation de chaque instant
8ème lettre : Loisirs et soirée dansante
9ème lettre : Un haut lieu du tourisme bavarois - Neuschwanstein
10ème lettre : Conclusion
11ème lettre : Retour
2ème lettre
Salut, Jérôme.
Il faut absolument que je te raconte ma première prise de contact avec le Iycée.
En fait ce n'est pas le premier contact, car hier soir nous y sommes déjà allés pour la fête d'accueil mais il faisait déjà noir quand on est arrivé, et je ne me suis pas du tout rendu compte, j'ai cru que c'était une salle des fêtes.
Donc, quand tu arrives, tout d'abord il faut chercher le Iycée, il y avait bien une signalisation "Attention, école" mais rien qui rappelle un Iycée ou un collège. Pas de grille, de grillages, d'entrée, pas de cour d'école, plutôt une sorte de parc, avec une allée qui contourne les arbres, et au fond, à droite un bâtiment banal qui donne l'impression de faire partie de l'environnement. On dirait une administration ou une entreprise moderne.
Donc, tu entres dans un hall assez éclairé qui donne au fond sur des escaliers, qui montent à l'étage, d'autres descendent vers une sorte de sous-sol. Un distributeur de boissons, des couloirs qui partent à droite, à gauche. Et surtout, on n'a pas l'impression froide qu'on a en entrant dans nos écoles; le long des murs, il y a des bancs; à côté des grandes fenêtres, des panneaux d'exposition pleins de couleurs, des vitrines avec des poteries, des plantes vertes, et ce qui nous a tout de suite frappé, plusieurs poubelles, chacune avec une destination différente, papiers, verres, "matières organiques", piles électriques, etc. Sur le sol, pas un seul papier, et les murs sont propres.
Dans les couloirs, devant chaque classe il y a des panneaux où les élèves exposent ce qu'ils ont fait. Il y a des photos, des dessins, des textes. C'est des couloirs où l'on a envie de rester. D'ailleurs il y fait clair. C'est pas comme chez nous.
Au fond d'un couloir, un escalier en colimaçon. on se croirait dans un petit château. Ce coin-là est très beau.
Un autre couloir, où les élèves ne vont pas, mène à la salle des profs et aux bureaux de l'administration.
Il y a un autre endroit, dont je tiens à te parler, c'est les toilettes. Alors là, ça n'a vraiment rien, mais rien à voir avec les nôtres. Eh bien, quand j'y suis entré, tu sais à quoi j'ai pensé ? A la visite de nos correspondants, en septembre, et là j'ai eu honte. Je me demande quelle idée ils doivent avoir de nous, de la France, quand on pense à nos toilettes, aux portes défoncées. Je voudrais que tu viennes voir celles-là: il y a des glaces, du papier, du savon, les portes ferment et surtout, c'est propre !
Dans leur Iycée, il y a même un coin "fumeurs", ce qui fait des envieux parmi certains d'entre nous.
Dans les classes, ce qui m'a surtout frappé, c'est les tableaux. Ils montent et ils descendent. T'es pas obligé de te recroqueviller pour écrire quand tu es grand ou de monter sur la pointe des pieds quand tu es petit. Pour le reste c'est surtout le mobilier qui est différent; les tables sont plus belles, elles font moins "salle de classe".
Les élèves restent dans les salles à la récréation et pourtant on n'a pas l'impression que les salles soient plus sales que chez nous, au contraire.
Je crois que quand on fait confiance aux élèves, ceux-ci se conduisent mieux. Je ne sais pas ce que tu en penses mais ça vaudrait la peine d'essayer.
J'aurais aussi voulu te parler de leurs salles spécialisées en physique, chimie, salle de musique, de la bibliothèque et même de la salle de spectacle avec une scène, ou du super gymnase, mais il faut que j'arrête parce qu'on doit sortir ce soir. Alors mon vieux Jérôme, à bientôt !
3ème lettre
Salut Jérôme !
Comment vas-tu, aujourd'hui ? Figure-toi que je sors de classe ! J'ai passé aujourd'hui la plus courte journée d'école de ma vie.
Pourtant, elle avait commencé à huit heures comme toutes les autres, mais dès le premier cours, j'ai eu l'impression que le temps allait plus vite que d'habitude. Tu sais bien que les cours ici ne durent que quarante cinq minutes, et crois moi, on sent la différence. Et pourtant ce n'était pas facile; c'était un cours de littérature allemande, et le prof' parlait d'auteurs dont je n'avais jamais entendu parler, et je n'ai pas compris grand chose. Aussi, dès la sonnerie j'ai pris mes affaires et je suis sorti pour changer de salle, comme on le fait à chaque cours. J'ai été très étonné de ne voir aucun élève dans les couloirs; il n'y avait que des profs... Car ici c'est eux qui changent de classe, pas les élèves.
Après le deuxième cours, maths cette fois-ci, là on était plus à l'aise, parce que les formules au tableau posent moins de problèmes de traduction... après le deuxième cours donc, il y a eu une récréation d'environ un quart d'heure. Tu aurais vu les élèves se précipiter vers le hall central. Bien sûr, on les a suivi. Dans le coin, il y avait une véritable grappe d'élèves qui entouraient une femme, qui vendait des petits pains, des Bretzel. On se serait cru sur un marché.
De l'autre côté, dans sa loge, le concierge vend de la boisson, Coca, Sprudel (c'est de l'eau gazeuse) et des jus de fruits. On a l'impression que tous les élèves du Iycée se donnent rendez-vous dans le hall tellement il y a du monde. Ici, ils ne vont pas dans la cour, surtout à cette saison, parce qu'avec la neige c'est pas très agréable. D'autres restent dans les couloirs ou même dans les classes. Il n'y a pas de surveillant pour mettre tout le monde à la porte.
Le cours suivant, à ma grande surprise, était un cours de religion catholique. La moitié de la classe avait disparu. Ma correspondante m'a expliqué qu'ils suivaient des cours de religion protestante. Je me suis, bien sûr, étonné. On n'est pas dans un Iycée privé, ici, même si dans les classes on voit des crucifix. Tu te souviens que la Bavière est "streng katholisch". Cela veut dire que la majorité des gens sont catholiques, et qu'ils payent des impôts pour l'église catholique, comme ça, c'est létat bavarois qui entretient les églises et qui paye les curés. Si tu es protestant, tes impôts vont à la religion protestante, et si tu n'es pas croyant, tu n'en payes pas (je crois que, en France, tout le monde serait non-croyant).
Vers onze heures, il y a eu une deuxième récréation qui s'est passée exactement comme la première.
En cinquième heure, on a eu un cours d'anglais. Ils travaillent sans magnétophone, avec leur bouquin mais ils se débrouillent drôlement bien. Heureusement qu'on avait l'excuse d'être "anglais deuxième langue", alors que nos correspondants étudient depuis bientôt cinq ans. Je me suis contenté de dire mon nom, où j'habitais et depuis quand j'étais en Allemagne...
Après, on a enfin quitté la classe et on est allé dans le gymnase. Alors là, toi qui es sportif, tu en bayerais. Ils ont une salle ancienne qui ressemble, à l'intérieur, un peu à la nôtre, et une deuxième plus moderne avec toutes sortes d'installations. Comme j'avais oublié mes chaussures, je n'ai pas pu participer au match de basket, alors j'en ai profité pour jeter un coup d'il. Imagine-toi qu'ils ont même une salle de musculation pleine de machines bizarres pour développer tous les muscles. Evidemment, là on ne peut y aller qu'avec un prof', parce que ça peut même être dangereux. Thony, à qui son correspondant avait parlé de la salle de musculation a voulu montré ce qu'il savait faire... Je crois que l'expérience a été concluante.
Puis après l'heure de gym, j'ai cru qu'il fallait retourner en classe. Et j'ai vu que la plupart des élèves sortaient. Nous avions terminé notre "journée d'école". Tu te rends compte ! Si seulement c'était comme ça chez nous !
6ème lettre
Salut, Jérôme.
Me revoici... Je ne t'ai pas oublié depuis ma dernière lettre, mais le temps passe vite. Voici maintenant une semaine que nous sommes en Allemagne, et j'ai l'impression d'avoir quitté Rezé depuis un mois, et je me sens maintenant tout à fait habitué à ma famille allemande. Ils sont supers !
A propos, tu te souviens du cours, I'an dernier, quand le prof nous avait demandé à quoi le mot "Allemand" nous faisait penser. Presque tout le monde avait dit: "L'Allemand est grand, gros, blond, il a des yeux bleus, il a une chope de bière à la main, il est habillé avec une culotte de cuir, il aime faire la fête..."
Alors, autant te le dire, depuis que je suis ici, je n'ai pas trouvé que les différences physiques soient particulièrement marquées.
A propos de la taille, c'est vrai que beaucoup sont grands, mais tous les Français ne sont pas des nabots... on ne peut pas non plus dire que les Allemands font pitié, mais j'en connais chez nous qui ne sont pas particulièrement maigres. Question cheveux, c'est vrai qu'ici, on voit plus de blonds qu'en France, et toi qui ne détestes pas les petites... et les grandes blondes, tu serais servi... Et pour les culottes de cuir, je n'en n'ai pas encore vu une seule, sinon sur des prospectus touristiques. En revanche, quand on disait qu'ils aimaient bien la bière, alors là, on ne s'est pas trompé... et je peux te garantir qu'il n'y a pas que les adultes qui aiment ça. D'ailleurs, je t'avoue que moi non plus je ne refuse pas d'y goûter.
Toi qui les voyais circulant dans des grosses voitures, tu ne t'es pas non plus trompé, on voit ici plus de Mercedes et de BMW ou de 4/4 japonaises que de 2CV, d'ailleurs la seule que j'ai vue, c'est celle de Madame Wachter. C'est sûrement parce qu'elle est prof de français.
En fait, quand j'y réfléchis, je pense que l'idée que nous nous faisons, en France, des Allemands n'est pas si éloignée de la vérité, même s'il faut éviter d'exagérer.
Par exemple, on dit qu'ils sont disciplinés, et bien je crois que c'est assez vrai. Je ne parle pas de la discipline en classe ou à l'école, car là, je les trouve plutôt relax, et nous en reparlerons, mais, je veux dire, en général. Par exemple, je ne te conseille pas de traverser au rouge, à un feu, même quand il n'y a pas de voiture. Tu n'auras qu'à en parler à Thony !
Leur sens de la discipline apparaît dans les actes de la vie quotidienne. Essaie de jeter un bout de papier par terre, alors qu'il y a des poubelles à proximité.
En fait, je me demande si, plutôt que de parler de discipline, on ne devrait pas plutôt parler de respect. D'abord le respect de l'environnement et là, leur réputation d'écolo est plus que justifiée. Tiens, rien que dans le hall du Iycée, il y a au moins 2 ou 3 poubelles... quand je pense qu'au collège il faut vraiment les chercher.
En plus ils ont vraiment le sens de l'organisation (ça, mon grand-père me l'avait dit !). Ici, on ramasse séparément le verre, comme on commence à le faire chez nous, mais en plus, ils ont des poubelles, ou des containers différents pour le verre blanc, marron ou vert. Il paraît que ça facilite le recyclage. Et puisqu'on parle de respect de la nature, figure-toi qu'au Iycée, ils ont collé des silhouettes d'oiseaux sur les grandes fenêtres. Je croyais que c'était pour décorer, en fait c'est des silhouettes d'oiseaux de proie qui éloignent les vrais oiseaux et leur évitent de se fracasser le crâne contre les vitres.
Dans leur genre de vie aussi, I'idée qu'on en a de l'extérieur correspond souvent à la réalité. Je ne sais pas si c'est à cause de la télé, des films ou de ce qu'on a vu en classe, mais je dois te dire que de ce côté-là je n'ai pas été vraiment surpris, même si parfois la réalité dépasse encore l'idée préconçue.
La charcuterie, par exemple, et bien c'est vrai. Non seulement ils en mangent beaucoup, mais il y en a pratiquement à tous les repas, et pas seulement dans ma famille. C'est pareil pour les autres.
En revanche, il y a des aspects que je n'attendais pas, et qui m'ont agréablement surpris.
Je trouve que tous les Allemands que j'ai rencontrés sont chaleureux et sympas, et en plus je les trouve drôlement tolérants; ici, on n'est pas en train de regarder comment l'autre se comporte, comment il est habillé. Par conséquent on se sent plus à l'aise et on ne s'occupe pas du "Qu'en dira-t-on.
Par contre, il y a au moins un moment où on ne peut pas parler du respect de l'autre, c'est à propos du bruit. Tu te souviens de nos correspondants à Vioreau, dans notre chambre... et bien c'est pas parce qu'ils se sentaient en vacances. Dans ce domaine ils sont vraiment à la hauteur de leur réputation. Ici on parle fort, c'est le moins qu'on puisse dire et même en classe.
Comme tu peux le constater, les surprises ne sont pas toujours là où on pouvait les attendre. Des idées reçues pour parler comme le prof de français, on en a, c'est sûr, mais dans l'ensemble elles correspondent en fait assez près à la réalité.
C'est le cas pour leurs maisons et tout ce qui constitue le niveau de vie des Allemands, car là il y a de quoi être surpris, mais on en parlera un autre jour car il est tard, et je dois aller me coucher.
Also Tschüß
Dein Freund
10ème lettre
Lieber Jérôme,
Es ist mein letzter Brief, also schreibe ich ihn auf Deutsch. Dann kannst du sehen, ob ich besser schreibe als vor der Fahrt. Ich kann schwer glauben, daß diese Reise fertig ist, oder bald fertig. Die Tage in Burgberg sind unheimlich schnell gelaufen. Wir sind in Lindenberg kurz vor Mittag angekommen.
Wenn ich mein Zimmer wiedergefunden habe, habe ich den komischen Eindruck gehabt, ich war zu Hause, in meinem Hause, und ich freute mich, diese Stelle wiederzufinden, die mir vertraulich geworden war. Dieses Haus ist wirklich angenehm. Dort fühlt man sich wohl, "gemütlich", wie man sagt.
Ich habe Dir in den Briefen nicht von diesem Haus gesprochen. Es ist ein modernes Haus, sieht aber nicht neu aus. Vielleicht kommt dieser Eindruck vom Holz. Überall gibt es Holz. Draußen, die Terrasse auf den Wanden; drinnen, im Korridor, in den Schlafzimmern, im Eßzimmer, die Eckbankgruppe (es ist ein Tisch mit einer Bank und einigen Stühlen in der Ecke). Du findest diese Eckbankgruppen in fast allen Häusern hier.
Alle Möbel im Wohnzimmer sind aus Eichenholz. Dieses Zimmer ist sehr groß, und in einer Ecke gibt es einen großen Kachelofen (poêle en faïence) mit einer großen Bank. Du kannst dich darauf setzen. Es ist angenehm, weil es warm ist.
Das Haus sieht auch gemütlich aus, weil es überall an den Mauern viele Bilder, Malereien oder Zeichnungen gibt.
Es gibt auch eine Sammlung von kleinen Hüten aus Stroh, die hier in Ludenberg gemacht wurden. Im Korridor gibt es auch Kränze und Zöpfe aus Stroh und abgetrockneten Blumen (in Bayern findet man oft diese Schmuckartikel).
Auf dem Boden, überall, Teppich auch in meinem Zimmer. Dieses liegt im ersten Stock neben dem Zimmer von meinem Korrespondenten. Neben unserem Schlafzimmer gibt es ein kleines Badezimmer, nur für uns.
Im Keller gibt es einen geräumigen Saal, den Hobbyraum. Dort haben wir ein Fest mit den Schulkameraden gemacht Du siehst die Bildaufnahmen, wenn sie entwickelt sind). Jetzt werde ich meinen Koffer packen, dann gehen wir, mein Korrespondent und ich, in die Stadt. Wir sollen unsere Freunde in der Diskothek in Scheidegg treffen, für den letzten Abend.
Heute abend müssen wir um elf vor der Schule sein.
Ich lasse dich also, wir sehen uns jetzt in zwei Tagen.
Tschüss
Nota Bene: Meine "Deutsche Mutter" hat mir das interessanteste Wörterbuch gegeben: es ist der "Quelle" Katalog. Dort findest du den Namen von allen Gegenständen wie "Eckbankgruppe", "Kachelofen" usw.
11ème lettre
Lieber Jérôme,
Non ! Rassure-toi, je ne vais pas te refaire le coup de la lettre en allemand mais il faut que je te raconte le départ et le début du voyage.
On s'est donc retrouvé au car à l'heure prévue. Cette fois-ci, Sophie était à l'heure. Enfin tout le monde est arrivé, et il fallut songer à partir. Quand les professeurs nous ont dit de monter dans le car, tous nos correspondants ont allumé un briquet. Ces lumières dans la nuit, avec le reflet de la neige, c'était très émouvant. Ce fut notre dernière vision de nos correspondants quand le car a tourné au coin de la rue.
Dans le car, I'ambiance était maussade. On était fatigué, mais surtout on était triste. Certains ont bien essayé de raconter leurs dernières aventures, mais très vite chacun est retourné sur son siège, seul avec ses pensées. Nous avons roulé toute la nuit, d'abord sur des petites routes, Monsieur Routier guidait le chauffeur, puis sur l'autoroute.... Ulm... Stuttgart.. Karlsruhe... Mannheim; de temps en temps on était réveillé par les lumières ou les ralentissements, quand on changeait d'autoroute... et enfin, au matin, Monsieur Routier nous a réveillé, à Sarrebruck pour le petit-déjeuner, avant de passer la frontière.
Maintenant, nous sommes en France. Normalement, nous devrions arriver à Rezé dans deux ou trois heures... Je dis normalement, car voilà près de deux heures qu'on roule au milieu d'une véritable tempête de neige, et le chauffeur (un nouveau qui est monté à Paris) avance doucement. Et dire qu'on revient d'Allemagne, et on n'a jamais vu autant de neige sur les routes.
L'ambiance est tendue dans le car. Aux infos, ils ont annoncé que l'ouest de la France était bloqué par la neige, les profs nous obligent à rester assis... Pire: le chauffeur demande à ceux qui sont à l'arrière de changer de place. Maintenant, on est vraiment inquiet, on a déjà vu plusieurs véhicules accidentés. Personne ne parle plus. Moi, je repense à tout ce voyage, aux deux semaines que nous venons de vivre, à tout ce que j'ai vu, ce que j'ai découvert; ce n'était pas la première fois que j'allais à l'étranger, mais je n'avais jamais vécu auparavant comme on vit dans un autre pays. Mes souvenirs se bousculent, sans aucun ordre, I'école, mon premier petit-déjeuner, ma première descente depuis le haut du tire-fesse un film à la télé où je n'ai pas compris grand chose, des images me viennent, souvent habillées de mots allemands, et soudain je me mets à regarder mes camarades de classe. Cela fait presque quatre ans que nous nous connaissons tous, ou à peu près, et je ne les vois plus comme il y a quinze jours. Je sais maintenant que mon voisin, apparemment si sérieux, ne manque pas d'humour, que sa voisine de l'autre côté de l'allée que l'on n'entend pratiquement jamais parler sait avoir le mot de la fin, quand elle le veut, et je sais maintenant sur qui on peut compter pour vous remonter le moral, quand on a un petit coup de cafard.
Tout cela n'a peut-être rien à voir avec l'Allemagne, mais je crois que c'est une des expériences que je conserverai de ce voyage. |