tandem L’animation linguistique
Dans les rencontres franco-allemandes de jeunes
Redaction : Fabienne BAILLY, en coopération avec Isabelle DAMAY, Ullrich NALBACH et le bureau "Formation interculturelle" de l’OFAJ
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Table des matières

CHAPITRE II

L'ANIMATION LINGUISTIQUE

2.1. DEFINITION

2.1.1. REMARQUES GENERALES A L'ORIGINE DE L'ANIMATION LINGUISTIQUE
Un certain nombre de constatations sont à l'origine de la conception de l'animation linguistique.
(cf. BRICAUD; CAUNEAU; DAUSENDSCHÖN-GAY, KRAUS, 1990, et BRICAUD, 1991. Ces deux textes sont des documents internes à l'OFAJ)

Tout d'abord, on a constaté que les jeunes rentraient des rencontres en ayant fait des expériences linguistiques tout à fait variables : certains avaient progressé, d'autres non, sans que l'on sache vraiment pourquoi ni comment. S'il est vrai que la rencontre binationale - c'est-à-dire le fait de mettre en présence des jeunes Français et des jeunes Allemands - constitue un contexte favorable à la prise de contact et un potentiel certain pour l'apprentissage linguistique, cette situation n'était toutefois pas toujours exploitée au maximum.

De plus, on s'est aperçu que les progrès des uns et les non-progrès des autres dépendaient moins des connaissances linguistiques effectives des jeunes que de phénomènes psycho-sociologiques extra-linguistiques : la capacité personnelle à entrer en contact, la peur d'être ridicule en faisant des fautes, une surestimation de l'importance du linguistique pour la communication, une sous-estimation des propres possibilités dans la langue étrangère. D'une manière générale, les jeunes n'osent pas communiquer dans l'autre langue car l'idée, très scolaire, que seules de bonnes connaissances linguistiques permettent un réel contact avec les jeunes de l'autre nationalité reste tenace chez nombre d'entre eux. Il faut donc faire perdre aux jeunes la peur de la langue et leur démontrer que la communication est possible même avec très peu de moyens linguistiques.

Enfin, on a remarqué que même dans les cas où les jeunes communiquent, ils ne rapportent pas toujours de la rencontre de nouvelles acquisitions linguistiques. Même si certains d'entre eux prennent spontanément des notes et conservent une trace écrite de leur apprentissage, l'acquisition ne se fait bien souvent que par une systématisation des découvertes de chacun.

Ces constatations ont amené l'OFAJ et ses partenaires à réfléchir à la possibilité d'intégrer une dimension linguistique dans les rencontres, sans pour autant proposer de véritables cours de langue. C'est ainsi qu'a été développée la conception de l'animation linguistique dans les rencontres binationales. Utiliser cette situation signifie ne pas retomber dans les travers de l'enseignement dit "classique" des langues étrangères.

Il s'agit d'une part de rendre à la communication verbale son vrai statut de moyen de communication. En effet, on peut dire que l'utilisation de l'autre langue devient naturelle et évidente à partir du moment où elle est nécessaire. Il s'agit donc de faire naître le besoin de la langue, par des activités et des situations appropriées, de manière à ce que les jeunes vivent la langue comme un outil de communication et non pas comme une fin en soi: c'est au travers de l'instrumentalisation de la langue que l'on va susciter la motivation.

D'autre part, un certain nombre de jeunes ont une mauvaise expérience de l'apprentissage des langues étrangères en cadre scolaire. L'animation linguistique vise à leur donner ou redonner le goût de la langue du partenaire. Ainsi, contrairement au cours de langue scolaire, qui cible clairement, voire exhaustivement l'acquisition, l'animation linguistique se veut être en priorité une incitation à utiliser la langue de l'autre : il s'agit de réintroduire la notion de plaisir trop souvent négligée dans l'enseignement des langues étrangères à l'école. Il serait intéressant à ce niveau de comparer les systèmes scolaires français et allemands afin de cerner d'éventuelles différences dans l'approche pédagogique des langues des deux pays.

Pour être à même de suivre une démarche de ce type, l'animateur linguistique devra disposer d'un certain nombre de compétences :

  • être formé aux rencontres interculturelles et disposer d'une bonne maîtrise de l'autre langue (l'animateur ne doit pas connaître de blocage linguistique s'il veut être en mesure d'aider les jeunes à surmonter leur propre appréhension) ;
  • être flexible et être à même de proposer une animation linguistique spontanée, dans les situations où le besoin se fait sentir ;
  • enfin, poursuivre une démarche qui pourra paraître inhabituelle, surtout s'il s'agit d'un animateur-interprète. En effet, celui-ci devra s'efforcer de ne pas servir systématiquement d'intermédiaire à la communication, mais plutôt d'apporter une aide à la formulation et/ou à la compréhension et de mener les jeunes à l'autonomie. Il aura donc plus une fonction de tuteur que de traducteur. Il s'agit là de placer les jeunes le plus souvent possible en situation de communication pour qu'ils deviennent eux-mêmes acteurs de la communication : c'est par l'expérience personnelle d'une communication réussie que les jeunes prendront confiance en eux et auront envie d'aller plus loin dans l'apprentissage linguistique.

D'une manière générale, l'animation linguistique a donc pour objectifs :

  • d'aider les jeunes à surmonter les différents blocages psycho-sociologiques qui gênent l'instauration de la communication naturelle, de leur faire perdre la peur de l'autre langue en leur démontrant que la communication est possible avec peu de connaissances linguistiques ;
  • de leur (re)donner goût à la langue de l'autre en faisant vivre la langue comme un moyen de communication et non comme une matière scolaire ;
  • d'utiliser la situation de contact binational pour encourager la communication et faire naître le désir d'apprendre un minimum de mots ou expressions nécessaires à la vie de la rencontre ;
  • de promouvoir et systématiser l'acquisition linguistique en proposant des activités ludiques qui favorisent la mémorisation et l'apprentissage;
  • de favoriser l'autonomie des jeunes (qui, en particulier à l'étranger, passe par une certaine maîtrise de la langue) et de faire naître chez eux la motivation d'un apprentissage systématique ultérieur à la rencontre.

 

2.1.2. STRATEGIES DE COMMUNICATION
Les recherches de l'Université de Bielefeld sont venues étayer le concept d'animation linguistique en mettant en évidence la notion de stratégies de communication. Des chercheurs travaillent, depuis de longues années, sur l'aspect socio-linguistique de la situation de communication naturelle qui s'instaure entre deux interlocuteurs de langue différente. (cf. DAUSENDSCHÖN-GAY; GÜLICH; KRAFFT; 1989)

Lorsque nous nous adressons à une personne étrangère dans sa langue, nous nous heurtons souvent à différents problèmes : il nous manque le vocabulaire correspondant, les expressions appropriées, les connaissances grammaticales nécessaires pour comprendre l'autre ou nous faire comprendre de lui.

Face à ces difficultés, nous allons parfois puiser dans un autre registre de possibilités que celles de la compétence linguistique et qui peuvent être par exemple : s'expliquer par gestes, changer de langue dans l'espoir d'être mieux compris, appeler l'interlocuteur à l'aide par des hésitations, une intonation interrogative, des expressions du type "comment dit-on", etc. Ce sont ces procédés naturels mis en place par chacun que l'on nomme stratégies de communication. (cf. DAUSENDSCHÖN-GAY; 1993)

Les chercheurs de l'Université de Bielefeld ont ainsi répertorié les formes de la communication interactive entre locuteurs français et allemands, c'est-à-dire les différentes manières dont deux interlocuteurs de langue différente s'entraident pour la formulation et la compréhension du message qu'ils tentent de faire passer.

Ces études ont permis de révéler que, si le recours à ces stratégies favorisait la communication, il ralentissait cependant d'autant le rythme de la conversation. Or, les psychologues sont d'accord sur le fait que l'on recherche toujours, dans une conversation, le moyen le plus économique d'atteindre l'objectif communicatif visé. L'utilisation de ces stratégies peut donc aller à l'encontre de ce besoin d'économie, ce qui signifie que nous préfèrerons éventuellement abandonner ou modifier notre objectif communicatif plutôt que de l'atteindre avec effort.

Cependant, ces stratégies présentent sur le plan pédagogique un aspect tout à fait intéressant : on a constaté en effet que plus l'effort à fournir pour atteindre l'objectif communicatif visé était important, plus on avait de chances de mémoriser le cheminement réalisé pour y parvenir ainsi que les mots de vocabulaire liés à cette situation. Les stratégies de communication se révèlent donc être à la fois des stratégies d'apprentissage.

C'est cet aspect-là que l'on va tenter d'exploiter en animation linguistique : il va s'agir de faire prendre conscience aux jeunes des procédés naturels qu'ils utilisent spontanément pour communiquer et de systématiser cette démarche en mettant en commun les différentes stratégies de chacun et en donnant ainsi la possibilité d'essayer et de s'approprier de nouvelles stratégies d'apprentissage. L'objectif visé est double : favoriser l'apprentissage linguistique immédiat (par exemple par l'utilisation systématique d'un carnet de vocabulaire), mais aussi soutenir d'éventuelles acquisitions autonomes qui auraient lieu après la rencontre (par exemple : en décrivant des situations de réemploi possibles des acquisitions réalisées pendant le séjour).

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