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Le 25 mai, 380 millions de citoyens de l’Union européenne (UE) ont été appelés à élire un nouveau Parlement européen (PE). Pour la première fois, les partis appartenant à une même famille politique, composant les groupes parlementaires au PE, ont désigné une tête de liste, le candidat vainqueur de l’élection devant en théorie prétendre à la présidence de la Commission européenne - à l’exemple des élections législatives nationales, dont le résultat détermine la composition du futur gouvernement. La prochaine Commission n’est pas encore connue,  car  le Conseil Européen des 28 chefs d'Etat et de gouvernement, conformément aux traités européens, doit préalablement se mettre d’accord pour designer le candidat à la présidence de la Commission. L'UE n'a pas la forme juridique d’un Etat de droit  « traditionnel », impliquant une séparation des pouvoirs répondant au triptyque parlement - gouvernement - pouvoir judiciaire indépendant. L’UE est une organisation politique « sui generis » complexe,  nous devrons donc nous montrer patients, avant de connaitre l’identité du futur président de la Commission dans les jours ou semaines à venir.

Toutefois, la composition du nouveau PE est, elle, déjà connue.  Nous avons malheureusement pu constater en France et en Allemagne que le résultat électoral a été marqué par la poussée de partis extrémistes, défendant des programmes hostiles à l'intégration européenne. Ainsi, pour la première fois en Allemagne, un tel parti sera représenté au Parlement européen. En France, les populistes représenteront la majorité des députés européens siégeant à Bruxelles ou Strasbourg.

Et ce n’est pas tout ! En effet, pour la première fois depuis le début de la crise en Europe, on a pu observer et entendre durant la campagne électorale - ces arguments ayant malheureusement rencontré un certain succès - de sérieuses critiques dirigées contre la coopération franco-allemande en Europe. Cette évolution de l’opinion trouve certainement des origines différentes en Allemagne et en France, tout comme les partis populistes élus au PE sont différents et ne sont pour l’instant pas prêts à travailler ensemble. Pour l'OFAJ, ainsi que pour tous les autres acteurs impliqués dans les relations franco-allemandes,  le résultat de l'élection du 25 mai est un avertissement, un appel à la vigilance, auquel nous devons impérativement répondre dans le cadre de notre  travail.

Nous ne disposons pas encore de statistiques suffisamment précises pour comparer le vote de  notre public cible, les jeunes, dans les deux pays. Mais il est d’ores et déjà avéré que les jeunes non diplômés ou sans diplôme de l’enseignement supérieur ont massivement voté pour les partis dits «extrêmes». Ainsi, nous devons poursuivre vigoureusement les efforts entrepris depuis plusieurs années déjà à l’OFAJ, en nous adressant davantage à ces groupes cibles, en adaptant notre offre à leurs attentes.  

Même s’il ne s’agit pas d’une solution miracle pour lutter contre les extrémistes ou les discours antieuropéens, celui qui a connu une expérience de mobilité réussie, celui qui a vécu une expérience interculturelle, apprenant à questionner ses propres convictions, celui-là va peut-être, lors de la prochaine élection, être conscient de ses responsabilités au moment d’exercer son droit de vote. L’OFAJ continuera de mettre en avant le thème de « l’Europe et l’identité européenne », comme champ d’intervention privilégié de son rapport d’orientation en vigueur actuellement, tout comme dans le cadre du  plan d’action 2015. Il s’agira notamment de mettre plus en avant encore notre responsabilité commune franco-allemande en Europe, d’intensifier l’échange d’informations et de rassembler  les acteurs.

Les programmes trilatéraux, dont le financement peut représenter jusqu’à 15% du budget de notre institution, constitueront dans cette optique un outil pertinent pour lutter contre les tendances xénophobes et le repli sur soi. Le travail de l'OFAJ, son expérience, peuvent assurément contribuer à la cohésion en Europe, lui donner une représentation concrète et la valoriser aux yeux de tous les citoyens.

L'Europe n'est pas seulement un garant pour la paix, la liberté et la prospérité - comme nous le rappellent les commémorations autour de la première guerre mondiale et les événements qui ont lieu en Ukraine actuellement - mais aussi un solide point d’ancrage favorisant la stabilité dans les moments difficiles. Nous avons besoin d'une Europe forte et unie, car notre continent se voit confronté à des défis toujours plus nombreux, qui ne s'arrêtent pas aux frontières. Les 500 millions d'Européens doivent agir ensemble. L'Allemagne et la France ne peuvent agir isolément, c’est uniquement ensemble que nous arriverons à faire valoir nos intérêts. Le deux pays peuvent devenir une forme d’attelage proposant des directions aux autres pays membres de l'Union Européenne, dans une logique d’association. Voilà ce à quoi nous devons travailler au cours de prochains jours, voilà ce dont nous devons convaincre autant de jeunes que possible dans les deux pays !

Béatrice Angrand et Markus Ingenlath

Secrétaires généraux de l’Office franco-allemand pour la Jeunesse (OFAJ)