Que signifie l’engagement pour vous ?

S’engager, c’est donner ce que l’on a de plus précieux : son temps… Et le mettre au service d’une cause à laquelle on croit. C’est essentiel pour l’intérêt général, la société, pour l’autre. Beaucoup de jeunes s’engagent d’ailleurs, au quotidien, dans des associations sportives, auprès de personnes fragiles ou de jeunes rencontrant des difficultés à l’école. Ils y défendent des valeurs. Ils vont à la rencontre de l’autre. Ils se lancent dans une aventure pour porter un projet, mener une action, défendre ce en quoi ils croient.

De nos jours, en quoi est-ce important pour un jeune de s’engager ?

Un jeune qui s’engage développe des compétences, se pose des questions sur son avenir, s’émancipe. Je suis convaincu que tous les jeunes sont prêts à s’engager mais il existe des freins psychologiques, sociaux, géographiques que je veux lever. Nous devons aussi faire plus pour reconnaitre l’utilité sociale de l’engagement. 
C’est tout l’enjeu du service national universel (SNU), qui a vocation à montrer à chacun les nombreux champs d’engagement qui peuvent être investis et ce que l’on peut apporter à la société. Le SNU s’organisera en trois temps : une première phase dans l’année qui suit la classe de 3ème d’une durée de quinze jours en hébergement collectif, articulée autour de plusieurs modules (défense, développement durable, activités physiques et sportives, patrimoine, culture, etc.), puis une seconde phase de quinze jours (éventuellement étalée dans le temps) prenant la forme d’une mission d’intérêt général où les jeunes pourront découvrir des formes d’engagement et enfin une phase facultative à partir de 18 ans d'une durée d’au moins trois mois.
Dès le mois de juin, 2000 à 3000 jeunes volontaires, âgés de 5 à 16 ans vont participer à la première phase de cohésion dans 13 départements pilotes.

 

Selon vous, quels chantiers majeurs restent à investir pour favoriser la mobilité des jeunes entre la France et l’Allemagne, et plus largement en Europe ?

La mobilité des jeunes est un sujet essentiel qui doit d’ailleurs être traité au niveau national comme au niveau européen. Plus largement, selon les territoires, la mobilité est l’une des conditions qui permet d’accéder aux loisirs, à la formation ou à l’emploi.
Se déplacer a un coût. Ce coût constitue souvent un obstacle mais il n’est pas le seul : l’information, l’inclusion des plus fragiles, le numérique et ses nouvelles opportunités qui ne sont pas toujours maîtrisées par tous en font également partie. La question de la confiance est également importante. Il faut croire et avoir confiance en sa capacité à aller vers les autres et vers un environnement qu’on ne maîtrise pas. On imagine aisément que ce questionnement prend encore une autre dimension lorsqu’il s’agit de traverser une frontière, de se confronter à une autre langue, à une autre culture.
C’est en ce sens que le Président de la République a souhaité fixer un objectif ambitieux : que la moitié d’une classe d’âge ait participé à une mobilité avant 25 ans d’ici 2024. La France et l’Allemagne se mobilisent depuis de nombreuses années déjà pour accompagner les jeunes dans leurs projets de mobilité. C’est d’ailleurs l’une des missions principales de l’OFAJ.

J’aimerais souligner combien le moment est historique avec une mobilisation de moyens sans précédent. Ensemble, la France et l’Allemagne soutiennent le projet de doublement du budget d’ERASMUS+. De plus, le budget de l’OFAJ a connu cette année une augmentation de près de 4 millions supplémentaires.

Enfin, la signature du traité d’Aix-la-Chapelle, le 22 janvier dernier, illustre bien la volonté de se doter d’un outil au service d’un couple franco-allemand, plus que jamais décidé à être le moteur d’une dynamique européenne ambitieuse au cœur de laquelle se trouve la jeunesse.

Concrètement, que tous les jeunes aient accès à la mobilité me semble être le défi majeur que nous devons relever. L’enjeu est multiple : informer davantage, simplifier les processus, accompagner ceux qui pensent ne pas être concernés et, enfin, reconnaître les compétences que ces expériences apportent.

Ce dernier élément est crucial. Que ce soit au cours de sa scolarité, dans le cadre de son parcours universitaire ou tout au long de sa vie, l’engagement doit pouvoir signifier davantage. Je souhaite d’ailleurs remercier l’OFAJ pour son travail sur l’application AKI qui s’inscrit parfaitement dans cette démarche pour accompagner les jeunes dans l’identification des compétences acquises en mobilité et durant leurs expériences d’engagement.

 

Que faudrait-il entreprendre pour atteindre tous les jeunes afin que les offres de mobilité soient accessibles à tous ?

« Accompagner et simplifier » sont les leviers principaux pour dépasser les contraintes. 

D’abord accompagner, tout particulièrement les jeunes qui pensent ne pas être concernés. L’école et le secteur associatif doivent se mobiliser ensemble pour en faire la démonstration. J’ai demandé à l’OFAJ d’agir en ce sens, pour renforcer sa stratégie en la matière. Le corps enseignant ainsi que l’ensemble des intervenantes et intervenants, accompagnatrice et accompagnateurs doivent disposer de ressources pour convaincre. La question de la maîtrise de la langue ne doit pas constituer un frein, bien au contraire. Le renforcement de l’enseignement des langues (y compris celui de l’allemand) tout au long du parcours des élèves doit également participer à cet objectif. Et puis, nous devons intensifier nos efforts pour que la mobilité ne soit pas réservée aux seuls élèves et étudiants, mais aller chercher les apprentis, élèves de l’enseignement agricole et en situation de décrochage scolaire, etc.

Ensuite, simplifier. Il faut faciliter l’accès à l’information sur l’offre de mobilité et les aides financières. La mobilisation du réseau Information jeunesse et l’utilisation d’outils comme le portail « Découvrir le Monde » doivent notamment être systématisées. Dans les deux cas, ces structures réelles ou virtuelles rassemblent l’ensemble des informations pour connaître les types de séjours, identifier les interlocutrices et interlocuteurs et les modalités de financement. Les programmes de l’OFAJ sont, bien sûr, en première ligne. Le site de l’OFAJ est lui-même une mine d’informations.

Si pour certains jeunes une mobilité européenne est vue comme une prise de risques, le partage d’expériences entre les jeunes est pourtant le meilleur moyen de lever ces craintes. Tous les territoires sont concernés. Les comités régionaux de la mobilité européenne et internationale des jeunes (COREMOB) permettent de construire des projets spécifiques et d’accompagner les jeunes, en réunissant autour d’une même table l’ensemble des acteurs de l’Etat, des collectivités et du secteur associatif pour offrir des solutions adaptées et les rendre accessibles. Nous allons encore renforcer leur action.

En mai 2019 auront lieu les élections européennes alors que notre continent est confronté à une vague de populisme et de nationalisme. 71 % des lycéens et étudiants se sont d’ailleurs abstenus de voter lors de ce même scrutin en 2014. Comment impliquer davantage les jeunes dans le projet européen et développer leur sentiment d’appartenance ?

En premier lieu, il faut que l’Europe prenne à bras le corps les enjeux qui sont au cœur des préoccupations de la jeunesse ; aujourd’hui, je pense bien sûr au climat par exemple. Pourquoi voter à une élection si l’on a le sentiment que l’institution ne se saisit pas de ses responsabilités ! 
Ensuite, l’engagement et la solidarité doivent constituer des piliers fondamentaux de nos sociétés, au niveau national, comme européen. Il nous faut connecter, voire reconnecter la jeunesse à l’Europe. Durant de nombreuses années, l’expérience de la guerre vécue ou racontée et du devoir de mémoire a permis ce lien. Il nous faut désormais identifier de nouveaux vecteurs et cela passe, à mon sens, par la mobilité. Car, si l’Histoire s’apprend dans les livres, le sentiment d’appartenance se vit. Il en va de la pérennité de l’Union européenne. 
Faire le choix d’un projet de mobilité, c’est déjà s’engager. En créant un secrétariat d’État spécifiquement dédié à la jeunesse et à la vie associative auprès du ministre de l’Éducation et de la Jeunesse, l’une des ambitions du gouvernement est de s’assurer que l’engagement soit une valeur centrale de notre société. 
La coopération franco-allemande nous y aide. Grâce à l’OFAJ, nous travaillons avec nos voisins allemands de l’Agence fédérale allemande pour l’éducation politique (Bundeszentrale für politische Bildung), pour développer et promouvoir des outils d’éducation à la citoyenneté à destination des professionnelles et professionnels de jeunesse.

 

Plus généralement, comment faire pour que la voix de la jeunesse soit davantage entendue dans les débats politiques et publics ?

Il existe aujourd’hui différents moyens pour la jeunesse de faire entendre sa voix, ou plutôt ses voix, car la jeunesse est variée. Je pense au dialogue structuré au niveau européen ou territorial, ou encore plus particulièrement à certaines instances politiques locales de jeunes au sein des collectivités territoriales. Ces espaces ont pour vocation de former au débat démocratique et aux valeurs de la République. L’Europe est d’ailleurs moteur en la matière. La stratégie européenne en faveur de la jeunesse, adoptée en novembre 2018 par l’ensemble des ministres européens jusqu’en 2027, est le fruit du dialogue entre les jeunes, les gouvernements européens et la Commission européenne. Pour faire davantage entendre la voix des jeunes dans le débat public, il apparaît indispensable de promouvoir les méthodes actives et interculturelles d’éducation à la citoyenneté. Être citoyen, participer à la vie publique se caractérise par des actions très concrètes : aller voter, être membre d’une association, défendre une cause. Je pourrais comparer l’exercice de la citoyenneté à un sport : un bon sportif connaît les règles mais s’il ne passe pas à l’action, s‘il ne s’entraîne pas, il ne progresse pas. C’est exactement la même chose pour l’apprentissage de la participation et de la citoyenneté. Si on veut des adultes engagés et responsables, il faut les outiller dès le plus jeune âge par une pédagogie active, en complément des contenus théoriques. Cela passe par la formation au débat démocratique, l’acceptation de la controverse et la formation au respect de la différence par des expériences concrètes et sensibles. C’est l’un des rôles que pourra jouer le service national universel. 

Enfin, le Conseil d’orientation des politiques de jeunesse (COJ) constitue un espace institutionnel de réflexion et d’échanges dont les travaux portent sur les principaux enjeux de la jeunesse. Le COJ intègre notamment des représentantes et des représentants de jeunes et des organisations de jeunesse. Il peut permettre aux instances administratives et gouvernementales de traduire les aspirations des jeunes en une action publique tangible et aux bénéfices concrets pour les jeunes.

Les jeunes sont concernés par tous les sujets. Il n’existe pas, comme dans certains restaurants, un « menu spécial jeunes » auquel ils seraient cantonnés. L’environnement, la sécurité, l’emploi, la mobilité, les institutions sont des sujets au cœur de leurs préoccupations. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le Président de la République a souhaité consacrer un temps spécialement dédié aux jeunes à l’occasion du Grand Débat National. Je me mobilise pour que leur voix soit au cœur des contrats et des solutions qui seront portées par le Grand Débat et j’y invite tous les jeunes à y participer.

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