1. Le 6 avril 2020, vous signiez une déclaration commune avec Andreas Jung « Ensemble contre le Coronavirus. Une initiative franco-allemande pour l’Europe ». Vous écriviez « Si l’UE échoue dans la crise, le virus infectera l’idée européenne, et il la détruira ». Où en est l’Europe aujourd’hui dans la lutte contre la Covid-19 ?

La crise sanitaire que nous sommes en train de traverser, qui est aussi une crise socio-économique, représente une épreuve à bien des égards pour l’UE. Alors que l’UE avait été prise au dépourvu au printemps, des mécanismes de collaboration, des liens et des dispositifs bien concrets ont depuis été mis en place. Concrètement, les efforts déployés collectivement pour lutter contre la pandémie de la COVID-19 ont mis l’accent sur trois objectifs bien identifiés : les politiques de dépistage, le traçage et les vaccins. Ces trois priorités sont essentielles pour limiter la propagation du virus. En effet, il faut coordonner l’utilisation et la reconnaissance mutuelle des dépistages, travailler sur une interopérabilité entre les applications, afin d’y inclure aussi l’application française, et harmoniser les quarantaines. Enfin, la coopération concernant le développement et le déploiement du vaccin, et ce de manière juste et selon le besoin sanitaire des pays, nous semble également cruciale. Il y a quelques jours, la Commission européenne a pu négocier un contrat pour la fourniture du vaccin par les sociétés pharmaceutiques BioNTech et Pfizer en vertu duquel tous les États membres auront un accès égal au vaccin. Le fait que la Commission ait négocié un contrat au nom des 27 États membres est un signe très important.

La coopération européenne sanitaire prend vie aussi, et avant tout, à travers la collaboration transfrontalière : en effet, 150 millions d’Européens vivent dans ces zones. Les liens sont forts dans ces bassins de vie transfrontaliers, et la coopération existe sous des formes bien concrètes, comme par exemple la prise en charge de patients français en soins intensifs dans les hôpitaux allemands. Toutefois, nous avons encore du progrès à faire et la coopération sanitaire transfrontalière doit encore s’institutionnaliser, comme demandé lors de la dernière réunion du Comité de Coopération Transfrontalière (CCT) qui s’est également saisi de ces questions.

2. En juillet dernier, suite à la proposition franco-allemande de plan de relance, les chefs d’État et de gouvernement de l'Union européenne se prononçaient en faveur du fonds de relance massif (750 milliards d'euros) pour aider les pays européens les plus touchés par la crise du coronavirus. Qu’en est-il aujourd’hui, notamment des mesures prises en faveur des jeunes ?

Le 21 juillet 2020, les chefs d’Etat des gouvernements européens se sont mis d’accord sur un plan de relance exceptionnel « Next Generation EU ». Celui-ci, d’un montant de 750 milliards d’euros, financera des programmes nationaux, sous forme de subventions et de prêts. Ces derniers jours ont montré que l’UE est sur la bonne voie. Les États membres et le Parlement européen se sont finalement mis d’accord sur le budget de l'UE pour les années 2021 à 2027, qui est une condition préalable essentielle à la mise en place de l'aide de 750 milliards d'euros.

La chancelière Merkel et le président Macron ont annoncé qu’une partie de l’argent de ce plan de relance financera également des projets communs franco-allemands. Nous, Européens, devons investir dans une croissance durable et dans l’innovation de notre projet commun. Un projet phare pourrait être le développement de la ligne ferroviaire entre Berlin et Paris.

La pandémie actuelle, avec toutes les conséquences qu’elle entraine, aura un impact direct sur la jeunesse, touchée de manière disproportionnée par la crise et ses conséquences. En effet, les décisions que nous prenons maintenant auront des répercussions fortes sur la vie des générations à venir. En complément des budgets nationaux, ce budget de l’UE, d’une ampleur sans précédent, permettra d’investir et de préparer l’avenir pour les générations futures. En soutenant notamment la transition écologique et numérique, le plan de relance européen détient les clés pour renforcer la résilience et la prospérité au sein de l’UE, tout en plaçant la jeunesse au centre de nos préoccupations.

3. Récemment vous annonciez que « la réponse à la crise doit être la mise en place de stratégie communes et non de restrictions aux frontières ». Pourquoi est-il si important que les frontières entre nos deux pays restent ouvertes tout en respectant les mesures de quarantaine ? Quels sont les enjeux pour les territoires transfrontaliers ?

Nous comptons sur les échanges interrégionaux pour une lutte transfrontalière contre la pandémie car le virus ne s’arrête pas aux frontières ! La manière efficace de lutter contre celui-ci est sans doute le renforcement de la coopération sanitaire : une coordination plus intense, l’harmonisation des dépistages, des règles de confinement coordonnées, le traçage, le développement et le déploiement d’un vaccin. Nous l’avons vu lors de la première vague de confinement, et les restrictions aux frontières que celui-ci a entrainé entre la France et l’Allemagne : la fermeture des frontières au sein de l’Europe apporte plus de problèmes pour nos concitoyens que des bienfaits. Dans nos régions frontalières, le transfrontalier n’est pas l’exception mais la règle. Nous vivons ici ensemble. C’est pourquoi il n’est pas possible de tracer à nouveau une ligne de démarcation sans qu’il y ait des problèmes considérables. Cela concerne les familles, les travailleurs frontaliers, les entrepreneurs et la culture – tout simplement notre vie quotidienne. C’est la raison pour laquelle nous devons lutter ensemble contre le virus. Il nous faut plus de liens que de barrières !

4. Dans le contexte actuel, quel sens prend la célébration d’évènements franco-allemands et européens majeurs tels que la signature de l'Armistice le 11 novembre 1918 ?

Les commémorations de la Première Guerre mondiale ainsi que celles de la Seconde Guerre mondiale nous rappellent l’inimitié du passé. Elles doivent être un avertissement pour l’avenir et démontrer la valeur de l’amitié franco-allemande et du projet européen : La paix en Europe n’est pas une évidence, mais une grande réussite au regard de notre histoire commune. Elle doit être préservée et développée. Le dialogue et la coopération sont également nécessaires face aux défis actuels – comme la pandémie : Ensemble nous sommes plus forts !

5. Au mois d’octobre, vous avez tous les deux présenté les dessous de la coopération parlementaire franco-allemande à 180 jeunes de France et d’Allemagne lors d’une Journée Découverte de l’OFAJ en ligne. Quel est le message que vous aimeriez faire passer aux jeunes de France, d’Allemagne et d’Europe ?

Nous sommes en train de vivre une période difficile, que nous arriverons uniquement à surmonter ensemble, soyez solidaires et unis, mais restez curieux et continuez à vous intéresser à la culture de l’autre, à la langue de l’autre. Les moyens techniques d’aujourd’hui nous permettent de continuer à échanger, à rencontrer et à débattre ensemble, à travers des séminaires, des échanges et évènements en ligne. Saisissez- vous de cette possibilité, prenez activement part dans les débats sur l’avenir des relations franco-allemandes et l’Europe, car c’est notre avenir à tous !