Face à la deuxième vague de l’épidémie, l’Allemagne et la France ont renforcé leur solidarité et se sont efforcées de maintenir leurs frontières ouvertes. Néanmoins, la mobilité des jeunes a été gravement affectée. Maintenir les liens entre les jeunes en Allemagne, en France et en Europe est un défi majeur. Comment envisagez-vous la reprise de la mobilité des jeunes ? Et quel rôle pensez-vous que l’OFAJ devrait jouer dans ce domaine ?

Sarah El Haïry : En attendant la reprise des rencontres en présentiel et afin que les jeunes puissent bénéficier des échanges interculturels pendant cette période contrainte, les dérogations aux Directives de l’OFAJ ont été prolongées jusqu’au 13 septembre 2021 pour que l’OFAJ puisse rester aux côtés de ses partenaires.
Le plan d’action 2021, adopté à l’unanimité lors du premier Conseil d’administration numérique de l’OFAJ, co-présidé par les ministres Jean-Michel Blanquer et Franziska Giffey, doit permettre de mobiliser les jeunes, que ce soit pour l’Europe, l’environnement, mais aussi pour les droits civiques comme en témoigne l’organisation du cycle des débats numériques « Vivre ensemble. Les jeunes en parlent. » Dès le 22 janvier. Enfin, le principe d’un plan de relance des échanges de jeunes a été discuté afin que le plus grand nombre puisse profiter des bénéfices des échanges internationaux au sortir de cette crise dont les conséquences sont très lourdes pour les jeunes de nos deux pays. En ce sens, l’augmentation du budget de l’OFAJ, que nous avions souhaitée, suite à la signature du traité d’Aix-la-Chapelle en 2019, est à saluer.

Juliane Seifert : Il est évident que le coronavirus a terriblement affecté la vie des jeunes dans le monde. Il ne leur est plus possible de se rencontrer, de faire du sport, de se consacrer à des loisirs, de faire la fête et de découvrir le monde. Et naturellement, les rencontres internationales de jeunes ne peuvent avoir lieu. Pour moi, une chose est très claire : dès que la pandémie le permettra, il faudra relancer les échanges de jeunes. Heureusement, depuis le printemps, le contact a été entretenu grâce à de nouveaux outils numériques. J’ai été impressionnée que l’OFAJ et ses partenaires soient parvenus à toucher plus de 10 000 jeunes dans le cadre d’échanges numériques, au cours de l’année passée. Les relations ont pu être maintenues grâce à la créativité – mais il va de soi que cela ne remplace pas un séjour dans un autre pays ou des rencontres en tête-à-tête. C’est pour cela que je me réjouis que l’OFAJ puisse travailler à un « plan de relance » notamment grâce à l’augmentation des contributions gouvernementales. À l’occasion du premier Conseil d’administration numérique de l’OFAJ, fin 2020 – sous la présidence de la ministre fédérale Franziska Giffey et du ministre français Jean-Michel Blanquer –, nous avons évoqué des solutions avec des représentantes et représentants de la jeunesse, des parlements et des régions, afin que les échanges de jeunes puissent reprendre rapidement.

Le 24 novembre, dans un entretien à Sud Radio, vous annonciez que la jeunesse « n’est pas une génération sacrifiée, car une génération sacrifiée, c’est une génération morte qui ne fait plus rien. […] Cette génération, c’est la génération des solutions. Celle qui va nous aider à passer ce cap de cette crise sanitaire ». Quelles sont les mesures mises en place pour accompagner et soutenir les jeunes dans le contexte actuel ?

Sarah El Haïry : Les jeunes sont les premières victimes sociales, économiques et psychologiques de cette crise sanitaire qui touche de plein fouet la France et l’Allemagne, et je tiens à leur marquer mon soutien tant politique que personnel dans cette dure épreuve qu’ils traversent. Pour autant, je me refuse à cette idée de génération sacrifiée, car la jeunesse est bien la génération des solutions, et notre rôle est de l’accompagner.
C’est dans cet état d’esprit que le plan « 1 jeune 1 solution » a été lancé le 23 juillet 2020 en France. Ce plan vise à offrir une solution à chaque jeune. Il mobilise un ensemble de leviers : aides à l’embauche, formations, accompagnements, aides financières aux jeunes en difficulté, etc. afin de répondre à toutes les situations. L’objectif de ce dispositif gouvernemental est d’aider les 750 000 jeunes arrivés sur le marché du travail en septembre 2020, mais aussi plus largement ceux qui sont aujourd’hui sans activité ou formation. À cet effet, le gouvernement mobilise un budget de 6,5 milliards d’euros, soit un triplement des moyens consacrés aux jeunes.

Le 16e rapport sur l’enfance et la jeunesse portant sur la « promotion de l’éducation démocratique pour les enfants et les jeunes » a été publié le 11 novembre 2020. Quels sont les enjeux grandissants pour la démocratie et pour l’éducation citoyenne, présentés sur les plus de 600 pages de ce rapport ?

Juliane Seifert : Le rapport montre à quel point l’éducation citoyenne est diversifiée. Elle se dispense tout au long de l’enfance et de la jeunesse – dans la famille, les maternelles et les établissements scolaires, dans les centres de formation professionnelle et dans les universités, dans le travail de jeunesse, dans les programmes éducatifs liés à l’action politique des partis, lors d’un service civique, et même dans l’armée.
Dans le même temps, le rapport indique que l’éducation citoyenne est confrontée à des développements de grande ampleur. On peut mentionner la mondialisation, la transition numérique et le changement climatique qui sont des enjeux complexes pour l’ensemble de la société et en particulier pour la jeune génération. Le rapport montre également qu’il y a toujours plus de groupes qui se montrent sceptiques à l’égard de la démocratie – voire l’attaquent ouvertement (par exemple la haine vis-à-vis de certains groupes, les mouvements d’extrême droite et le populisme). Cela souligne un aspect central de l’éducation citoyenne : il ne s’agit pas « seulement » de transmettre des connaissances mais aussi de promouvoir des valeurs démocratiques comme l’égalité, le pluralisme, l’État de droit, la séparation des pouvoirs et la protection des minorités. L’éducation citoyenne ne doit pas se limiter à un enseignement sur les institutions politiques et sociales. Elle doit surtout permettre à des jeunes de s’engager dans le débat politique et de parvenir à formuler et exprimer leurs propres opinions. Et c’est précisément pour cela que le 16e rapport sur l’enfance et la jeunesse examine dans quelles mesures les lieux éducatifs sont pensés de manière démocratique et offrent la possibilité de s’engager.

À l’occasion du forum franco-allemand de la jeunesse #Ensemble, organisé par le Parlement européen de la jeunesse avec le soutien de l’OFAJ du 27 au 29 novembre, vous avez échangé avec 75 jeunes d’Allemagne et de France sur l’impact de la crise COVID-19 sur la jeunesse. Qu’avez-vous retenu de la discussion avec les participants ?

Sarah El Haïry : Échanger avec les jeunes est central, pour rester en phase avec leurs réalités et les accompagner dans leur réflexion par le partage de points de vue, dans une logique de co-construction d’un futur meilleur et plus serein. Je suis d’ailleurs intimement persuadée que le couple franco-allemand est doublement moteur de la construction européenne lorsqu’il incarné par des jeunes et par des personnes plus âgées. Ces mois passés, les jeunes ont exprimé leurs difficultés, que je comprends et que j’entends, mais ils ont surtout été force de proposition. De nombreuses activités de jeunes soutenues par l’OFAJ ont été maintenues malgré la pandémie. Elles sont l’illustration concrète de la force de la Jeunesse, de leur potentiel immense à co-construire par leur engagement et avec les institutions, le monde de demain.

À l’occasion du forum franco-allemand de la jeunesse #Ensemble, organisé par le Parlement européen de la jeunesse avec le soutien de l’OFAJ du 27 au 29 novembre, vous avez échangé avec 75 jeunes d’Allemagne et de France sur l’impact de la crise de la Covid-19 sur la jeunesse. Qu’avez-vous retenu de cette discussion ?

Juliane Seifert : Cela m’a beaucoup plu d’échanger avec les participantes et participants ainsi qu’avec mon homologue française Sarah El Haïry. Car, en tant que ministres en charge la Jeunesse, nous ne voulons pas seulement parler de la jeunesse, mais plutôt parler avec la jeunesse. J’ai été ravie de constater le fort enthousiasme des jeunes pour l’amitié franco-allemande et pour l’idée d’une Europe unie. Leur intérêt pour la coopération internationale est manifeste, même dans un contexte marqué par la crise. Nous devons soutenir cette motivation et cette volonté de travailler ensemble, à l’aide de dispositifs de soutien adaptés. Il nous revient de continuer à faire évoluer – à chaque nouvelle génération – les cadres nécessaires pour accompagner l’engagement des jeunes.

Alors que l’année 2021 débute à peine, quels sont vos souhaits pour la jeunesse et la mobilité en 2021 ?

Sarah El Haïry : Même si de nouveaux formats ont pu être développés tels que les mobilités virtuelles – qu’ils viennent en complément d’une action ou soient des projets à part entière – ils ne se substitueront jamais à la mobilité physique et réelle qui développe des compétences spécifiques.
La jeunesse, c’est le mouvement par essence et la crise sanitaire prive la jeunesse de sa capacité à être mobile.
Je forme le vœu que 2021 soit l’année des passages physiques de frontières et de l’ouverture des frontières mentales que le confinement a pu parfois renforcer. Je sais compter sur l’OFAJ et ses partenaires pour que ce vœu, dès lors que nous pourrons nous déplacer, se transforme en réalité.


Juliane Seifert : Mon souhait et mon espoir sont que nous parvenions bientôt à contenir et à surmonter la pandémie – en Allemagne, en France, en Europe et dans le monde entier. Que nous puissions revenir à une vie avec le moins de restrictions possible. Les enfants et les jeunes sont particulièrement affectés par les conséquences de la pandémie et il faut que cela change au plus vite. Un bon système éducatif, ainsi que des moyens de s’épanouir et d’élargir son horizon sont particulièrement importants pour ces jeunes. Et l’échange international de jeunes en fait partie. Même si des alternatives ont été développées/proposées, les rencontres en présentiel jouent un rôle central – et il faut espérer qu’elles redeviendront la normalité cette année.