1. En quoi consiste exactement le travail du groupe d’amitié France-Allemagne ?

Christophe Arend : N’oublions pas que les parlementaires sont des acteurs majeurs de la politique étrangère de la France et favorisent son rayonnement international. L’activité des groupes d’amitié dépend de la personnalité et de l’envie des députés qui les président. Regroupant près de 120 députés, nous avons souhaité rendre le groupe d’amitié France-Allemagne dynamique et l’amener progressivement vers un travail de coordination des activités de nos parlements nationaux. Pour cette seconde année, j’aimerais que nous travaillions davantage sur les réflexions qui seront soumises à l’Assemblée parlementaire franco-allemande, la convergence des positions françaises et allemandes et le développement des échanges entre les députés de l’Assemblée nationale et ceux du Bundestag pour les amener vers une meilleure connaissance de la culture de l’autre.

Andreas Jung : Le groupe de travail parlementaire franco-allemand apporte une contribution déterminante au dialogue entre les deux pays partenaires. Par le biais de réunions régulières entre les membres du Bundestag et de l'Assemblée nationale, nous échangeons des informations, des expériences, des opinions et nous développons des initiatives communes pour renforcer le partenariat franco-allemand. Le dialogue aide les deux parties à expliquer leurs propres positions et à apprendre des expériences et des points de vue de leurs homologues.

2. Comment avez-vous travaillé respectivement avec la partie allemande et la partie française sur le traité d’Aix-la-Chapelle ?

Christophe Arend : Le succès dans ce groupe de travail repose sur le dépassement des frontières. Les députés se sont regroupés, non pas en fonction de leur nationalité, mais de leurs idéaux politiques, ce qui a permis un vrai débat et des avancées majeures, telle que l’Assemblée franco-allemande. Pour arriver à cette finalité, nous avons travaillé main dans la main avec les gouvernements. Ceux-ci ont pris conscience de l’importance des parlementaires comme véritables relais des territoires, des structures et des acteurs qui font vivre le franco-allemand.

Andreas Jung : Dans un groupe de travail binational composé de neuf députés allemands et de neuf députés français, nous avons élaboré pendant un an un accord parlementaire franco-allemand qui est, non seulement du jamais vu dans l’histoire de nos deux pays, mais est aussi unique en son genre. En parallèle, le groupe de travail a contribué à l'élaboration de prises de position pour la rédaction du traité d'Aix-la-Chapelle. Nous nous sommes réunis presque tous les mois à Paris, Berlin et une fois à Strasbourg. Nous avons organisé des entretiens avec des experts dans le domaine des relations franco-allemandes et avec des acteurs des régions frontalières. Le travail commun s’est déroulé de manière très amicale et dans le plus grand respect, toujours avec la volonté de trouver la meilleure solution. Nous avons effectué ainsi un travail de pionnier pour l'avenir de l’Assemblée parlementaire franco-allemande qui verra le jour grâce à l’accord parlementaire.

3. Le président Emmanuel Macron et la chancelière allemande Angela Merkel l’ont déjà annoncé en janvier 2018 : les deux pays veulent « renouveler le traité de l’Élysée pour l’adapter aux défis du XXIe siècle ». Quelles sont les innovations les plus importantes ?

Andreas Jung : Le traité d’Aix-la-Chapelle apporte des innovations dans de nombreux domaines, de la politique étrangère à la sécurité en passant par la protection de l’environnement. Le chapitre sur les régions frontalières franco-allemandes mérite une attention particulière. C'était aussi l’une des principales préoccupations du groupe de travail car là-bas l’amitié franco-allemande se vit au quotidien. De nombreux projets transfrontaliers, tels que des établissements de santé ou des parcs industriels communs ont rencontré des obstacles administratifs par le passé. Les régions frontalières franco-allemandes se verront désormais attribuer davantage de compétences et de moyens pour la coopération transfrontalière. Si le droit national va à l’encontre de la coopération transfrontalière, ces régions devraient avoir la possibilité de déroger à la législation.
Des mesures concrètes y figurent aussi dans le domaine de l’éducation et de la jeunesse, comme le renforcement de la mise en réseau des systèmes d’éducation et de la recherche, y compris le renforcement de leurs structures financières. Le traité souligne clairement le rôle important de l’OFAJ pour l’amitié franco-allemande. Il vise également à davantage développer les programmes de mobilité et d’échanges. Une plateforme numérique franco-allemande destinée particulièrement aux jeunes verra aussi le jour.

4. L’amitié franco-allemande est souvent décrite comme le moteur de la construction européenne. Quelle est votre vision de l’Europe ?

Christophe Arend : Le nouveau traité d’Aix-la-Chapelle renforce les liens entre la France et l’Allemagne, tout en projetant cette relation particulière dans un cadre européen. Le but n’est pas d’exclure, mais de montrer l’exemple afin que les autres Etats membres aient envie de construire avec nous l’Europe du futur. Notre avenir ne se trouve pas dans un discours nationaliste isolé, mais dans la coopération. Ce sont les liens personnels qui rendent l’amitié entre nos deux pays vivants. Nous souhaitons que les jeunes générations y prennent toute leur part.
Notre vision de l’Europe est celle d’une Europe unie, forte et tolérante. Seule une telle Europe pourra s’imposer sur la scène internationale.

Andreas Jung : Les relations franco-allemandes sont un moteur de l'Europe, c'est pourquoi je participe à ce groupe de travail, mais c’est aussi par conviction européenne. Cela dit l’UE doit être renforcée : nous devons parler d’une même voix en matière de politique étrangère, sécuriser les frontières extérieures et mener une politique commune concernant les réfugiés. Il faut également mieux se protéger face aux crises économiques.

5. Si vous deviez résumer ou caractériser la relation franco-allemande en 3 mots, lesquels choisiriez-vous ?

Christophe Arend : Fraternelle, passionnée, visionnaire

Andreas Jung : Vive l’Europe ! 

Sur les réseaux sociaux