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A l’heure où l’Allemagne s’invite dans le débat politique français, beaucoup de nos dirigeants, le Président de la République en tête, admirent les réformes qui ont été menées ces dix dernières années : l’équilibre budgétaire atteint, la politique en matière de logement, de lutte contre le chômage, de formation des jeunes. Et si certaines voix critiquent les conséquences de ces réformes (paupérisation, repli sur soi), force est de constater que les regards politiques, économiques et médiatiques sont largement tournés vers notre voisin pour dire qu'il faut l’imiter. A l’instar des journaux français qui, nombreux, titrent sur le modèle allemand. Il faut savoir par ailleurs que de l’autre côté du Rhin le modèle français, que ce soit pour sa politique familiale, sa couverture de santé ou l’existence d’un salaire minimum, y est aussi très souvent invoqué.  
Un système est-il transposable d’une société à l’autre ? Sans doute pas de manière absolue, car nous restons en présence de deux pays, donc de deux cultures, qui veulent et doivent conserver leurs particularités. Cependant il est un modèle qui, sans être parfait, est tout à fait spécifique, c’est le modèle franco-allemand.
Quelles relations bilatérales ont eu autant de poids à l’échelle européenne que les relations franco-allemandes ? Fruit d’un rapprochement historique entamé voilà près de 50 ans, qualifié par le Chef de l’Etat de « trésor » lors de son intervention télévisée du 29 janvier, ces relations sont incarnées, politiquement du moins, par le couple « Merkozy ». Celui-ci a connu et connaîtra, comme d’autres couples, des divergences. Mais la volonté persiste de trouver des solutions communes pour davantage de convergence et pour faire avancer l’Europe: uniformisation fiscale, intégration des systèmes scolaires et reconnaissance des diplômes par exemple.

La convergence et le renforcement des coopérations ont d’ailleurs occupé une large place lors du Conseil des Ministres franco-allemand. Or celle ci ne va pas de soi car nous sommes per se différents. Nous avons donc besoin d’instruments de compréhension pour nous rapprocher. Ainsi, celui qui a expérimenté la différence de nos systèmes scolaires (plus directif d’un côté, plus participatif de l’autre), de nos modes de management (le recours à l’expert versus le goût pour le généraliste) ou du fonctionnement de nos administrations (l’une centraliste, l’autre fédérale) est outillé pour en faire la synthèse et concevoir des compromis acceptables pour la France et l’Allemagne, et pourquoi pas, pour les autres pays d’Europe.

Les relations franco-allemandes inspirent d’ailleurs, à droite comme à gauche. François Hollande n’a-t-il pas annoncé qu’en cas de victoire il proposerait à la chancelière allemande l’élaboration d’un nouveau Traité de l’Elysée ? Celui signé par De Gaulle et Adenauer a encadré et dynamisé la coopération entre les deux pays, notamment sur le plan géopolitique et dans les domaines de la défense et de l’éducation. Il fêtera ses 50 ans l’année prochaine.
Un bel anniversaire qui permettra d’envisager l’avenir et de revenir sur des réalisations concrètes. Son « plus bel enfant » par exemple : l’Office franco-allemand pour la Jeunesse (OFAJ) qui, depuis 1963, a permis à plus de 8 millions de jeunes de participer à 300 000 échanges franco-allemands, créant ainsi un socle solide au sein de la société civile, imperméable aux aléas des relations politiques. Sa mission et ses programmes en ont d’ailleurs inspiré d’autres : l’Office franco-québécois pour la Jeunesse, crée en 1968, et l’Office germano-polonais, en 1991. L’OFAJ propose également de transmettre à des pays en situation post-conflictuelle, comme le Kosovo ou la Bosnie, les expériences des échanges franco-allemands et de la réconciliation entre anciennes nations ennemies.
Tous les jours, lors de rencontres entre jeunes de quartiers défavorisés de Berlin et Clichy-sous-Bois, ou d’échanges de jeunes apprentis, de séminaires pour doctorants français et allemands, de rencontres sportives, nous voyons deux pays qui se retrouvent et se respectent, sans artifices. Il y a là un bien précieux pour l’Europe, qu’il nous revient de faire fructifier.

Béatrice Angrand et Markus Ingenlath
Secrétaires généraux de l’Office franco-allemand pour la Jeunesse (OFAJ)