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      Erfahrungsbericht zu einer Fortbildung Sprachanimation
      (31.10. - 4.11.01 in Cap d'Ail, Frankreich) von Jean-Claude Voirpy
      Rapport et expériences suite à un stage sur l'animation linguistique
      (31.10. - 4.11.01 à Cap d'Ail) de Jean-Claude Voirpy

Je voudrais relater ici ma découverte de l'animation linguistique, grâce au stage organisé par l'OFAJ, et les quelques expériences de mise en application que j'ai pu réaliser lors d'échanges scolaires.


Des échanges de deux semaines

J’enseigne l’Allemand en collège depuis plus de trente-cinq ans et j’organise des échanges scolaires avec correspondants et hébergement dans les familles depuis vingt ans. Je suis convaincu de l'importance de ces séjours qui apportent beaucoup sur le plan linguistique mais contribuent aussi au développement de la personnalité, de l'autonomie et d'une vision plus large du monde.

Dès les premiers échanges, j’ai fait en sorte que le séjour dure au minimum deux semaines et il se trouve qu’à chaque fois les échanges que je fais commencent par le séjour en Allemagne. Deux semaines, c'est déjà une durée intéressante, mais à chaque fois, j’ai constaté que c’était toujours au moment où les progrès commençaient à se réaliser qu’il fallait rentrer en France et je me suis souvent dit qu’une semaine de plus aurait fait énormément progresser les élèves. La première semaine est souvent une période d’observation et d’enregistrement et ce n’est qu’ensuite que la communication se met en place et se développe. Cette durée est le maximum que peuvent accepter les collègues restés au collège et je dois reconnaître que cela leur pose problème de gérer des classes incomplètes car souvent les germanistes sont répartis sur plusieurs classes.



Les difficultés de la communication :

Deux semaines, c’est beaucoup de temps sur une année scolaire mais c’est aussi très peu de temps pour rentrer dans la communication en langue étrangère!: il faut d’abord vaincre ses blocages, oser écouter, se risquer à communiquer, apprendre, se tromper. Avec des adolescents de treize à quatorze ans, c’est encore plus difficile.
Au début du séjour, les élèves régressent tous à un niveau très bas, même ceux qui sont performants en classe, comme si l’Allemand appris à l’école n’était pas transférable à la situation de communication avec des germanophones.

J’avais repéré ce phénomène depuis longtemps et c’est pour cela que j’emmenais le groupe binational dès le deuxième jour dans une piscine d’aventures. C’est un endroit un peu neutre en dehors de la ville de l’échange, personne n’y est vraiment sur son terrain, on ne porte plus les vêtements symboles de l’appartenance à son clan, il est autorisé de se pousser, de s’éclabousser, de se prendre à bras le corps, et la communication peut fonctionner ainsi sans grandes exigences linguistiques.

Mais en dehors de cette pratique qui me donnait satisfaction, je ne savais pas comment faire entrer et rester en contact les deux groupes nationaux.
La difficulté est plus grande avec de jeunes adolescents de quatrième!: ils sont à un âge où la communication interpersonnelle est essentielle dans l’activité du groupe. J’ai fait l’essai une seule fois d’un échange avec une classe de cinquième et j’ai constaté que la communication était beaucoup plus facile. Les élèves de cet âge ont encore pour la plupart (pas toujours vrai pour les filles) une activité de jeu et sont capables de jouer avec un jeune de l’autre nationalité sans souffrir des difficultés de compréhension. Chacun s’exprime dans sa langue et la communication s’opère par le jeu.

Un an plus tard, en quatrième, la situation change!: tout passe par la parole, les jeunes ne jouent
plus, ils discutent entre eux en petits groupes. Lors d’une rencontre les groupes binationaux ont
tendance à se cliver spontanément en groupes nationaux dès qu’ils se retrouvent ensemble,
d’autant plus que les moments de vie dans la famille ou seul avec le correspondant ne sont pas
toujours vécus avec facilité.

J’ai essayé les stratégies classiques :

• l’incantation : "n'oubliez pas que nous sommes ici pour apprendre l'allemand et que cela ne peut fonctionner que si vous restez avec votre correspondant !"
• la contrainte :"je ne veux pas que vous restiez en groupe entre vous, je ne veux voir que des groupes ou des tandems mixtes !"
• les contrats divers :"je m'engage pendant le temps de l'échange à rester avec mon correspondant …"

mais sans beaucoup de succès.

J'étais donc à la recherche d'outils qui m'aideraient à résoudre ce problème lorsque j'ai découvert une proposition de L'OFAJ de participer à un stage sur l'animation linguistique.



La découverte de l'animation linguistique :

Je me suis inscrit à ce stage et je m'y suis rendu avec un certain scepticisme, car je m'attendais à des exposés théoriques sur les difficultés de la communication. Une petite armature théorique concernant la gestion des groupes, la psychologie des adolescents et les obstacles à la communication peut certes aider à mieux gérer ces situations complexes, c'est ce que je m'étais préparé à acquérir.

Quelle n'a pas été ma surprise d'être entraîné dans une mise en situation de rencontre binationale et d'avoir à expérimenter sur moi-même les activités d'animation linguistique que l'OFAJ propose. J'ai vécu passionnément ces quelques journées à Cap d'Ail d'autant plus que j'aime ces rencontres de travail entre collègues des deux nationalités et que j'y ai découvert ce que je cherchais depuis toutes ces années.

J'ai beaucoup apprécié les explications théoriques sur le rapport à la langue étrangère, sur les représentations de l'autre et sur les blocages que cela suscite. Mais le plus intéressant a été de tester sur soi-même les activités de déblocage. Cela permet de mieux comprendre où se situent les difficultés, mais aussi de mesurer l'aspect motivant pour la communication de ces activités, sans oublier le caractère ludique qui contribue à maintenir un climat de bonne humeur dans le groupe.

Il va sans dire que cette expérience donne très envie d'essayer sur ses propres élèves toutes ces techniques de déblocage.


Nous avons également pu dans le stage aborder le travail linguistique en tandem, sans malheureusement avoir eu le temps de l'approfondir. Cela a pourtant suffi pour me convaincre de l'intérêt de cette approche : j'y vois un moyen de travailler la langue étrangère pour ce qu'elle est, pas seulement un apprentissage en soi, mais un outil de communication en action. C'est aussi un bouleversement de l'approche traditionnelle d'une langue étrangère telle que la perçoivent nos enfants et leurs parents : pour eux, apprendre une langue c'est s'approprier des briques de base, règles de grammaire et mots de vocabulaire, à partir desquels on va fabriquer de la langue étrangère. Cela conduit mes élèves à me dire : "Monsieur, avec mon correspondant on se parle, moi je lui parle en allemand et lui me répond en français" et ils ne comprennent pas quand je leur demande comment ils comptent faire pour apprendre l'allemand qu'on parle, puisqu'ils n'en entendent pas. Je me bats de la même manière pour que les premières lettres échangées le soient dans la langue de chacun, de façon que chacun ait un modèle pour apprendre comment se rédige un courrier dans la langue de son partenaire.

Dans le travail en tandem, il me semble que l'on s'approprie d'abord la langue de l'autre, puis que l'on restitue spontanément à un autre moment de l'échange ce que l'on a entendu en situation.

C'est surtout dans ces circonstances que se construit une véritable compétence de communication.



Essais de transferts lors des échanges :

Depuis ce stage, j'ai pu réaliser deux séjours en Allemagne où j'ai tenté de mettre en œuvre l'animation linguistique.

Il n'est pas toujours facile de dégager du temps pour des activités communes dans un programme déjà bien rempli et qui est reconduit traditionnellement chaque année.

Néanmoins, nous avons pu trouver du temps dans les interstices pour tester plusieurs activités, par exemple :

Pour les activités de déblocage :

• se ranger par ordre de … : nous avons essayé par ordre de taille des chaussures (et non par pointure), qui contraint à prendre contact avec l'autre, à le toucher (toucher sa chaussure), à négocier sa place dans la file qui se construit. Je n'ai pas expérimenté par ordre de couleur des yeux, mais j'imagine que la contrainte de proximité est encore plus forte (se regarder dans les yeux, pour des jeunes de treize à quatorze ans!) et que la difficulté est plus grande puisqu'il faut l'avis d'une tierce personne. En tout cas l'exercice fonctionne dans la bonne humeur et le plaisir du rapprochement autorisé par les meneurs de jeu.

• Zipp-zapp : excellent entraînement au maniement et à l'apprentissage du nom des autres participants et de sa prononciation, très bien accepté par le groupe, même s'il y a parfois des confusions entre droite et gauche.

• Un jeu analogue dont j'ai perdu le nom où l'on associe au nom de chaque participant un geste qu'il propose et qu'il faut mémoriser et reproduire quand on l'appelle : cela permet à chacun de manifester un aspect de sa personnalité et cela fonctionne. Le jeu est bien accepté et certains démontrent des capacités de mémorisation étonnantes. Les noms de chacun semblent mieux retenus que dans le jeu précédent.

• Cacahuète, ou l'ami secret à qui l'on fait des cadeaux sans de faire repérer : certainement un bon moyen d'introduire de la complicité dans le groupe, mais dont les effets sont difficiles à mesurer.

• La phrase en mouvement : un exercice qui a eu un tel succès que nous avons dû le reprendre plusieurs fois à la demande des participants, qui ont beaucoup de plaisir à trouver la phrase, mais aussi à manipuler leurs partenaires pour les mettre en ligne de façon à former la bonne phrase.



Pour le travail en tandem (nous avons procédé par tirage au sort pour éviter qu'à la suite des regroupements par affinité certains se retrouvent seuls) :

• La dictée : un des participants va lire un texte affiché au mur qui n'est pas dans sa langue et le dicte ensuite à son partenaire. Il est très intéressant d'observer le travail des deux participants : l'un doit s'efforcer de mémoriser et de restituer le mieux qu'il peut. La nécessité d'une articulation correcte de la langue étrangère, sous peine de perdre du temps à se faire comprendre, devient évidente. J'ai pu constater au cours du jeu les progrès réalisés par certains dans les deux langues, sous la pression de la nécessité. Cette activité fonctionne extrêmement bien et ne met aucun participant à l'écart ni en difficulté, car chacun des participants, quel que soit son niveau, est reconnu par l'autre comme un expert de sa langue.

• Traduire les mots difficiles : cinq mots difficiles dans une langue et cinq dans l'autre, qu'il faut traduire en s'aidant de toute sa capacité de communication. Il est utile de préciser que c'est difficile et que tous les groupes n'y parviendront pas dans le temps donné. Encore une excellente activité qui laisse beaucoup de place à l'imagination et à la créativité, et favorise à la fois une intense communication et une grande complicité.

• Dix mots, une histoire, la même dans les deux langues : pour des raisons de temps, nous avions limité à cinq mots, ce qui est une erreur. Nous avions craint que l'exercice ne soit trop difficile, mais il fonctionne, comme dit la fiche bien mieux qu'on ne le pense et en très peu de temps nous avions nos récits bilingues, malheureusement trop succincts.

C'est tout ce que j'ai réussi à expérimenter. Les obstacles sont encore nombreux : il faut accepter que ces activités ne sont pas que des jeux, mais des activités d'apprentissage qui nécessitent qu'on leur consacre un temps relativement important, guère inférieur à la demi journée. Elles ne rentrent pas encore dans l'organigramme traditionnel d'un échange, composé de visites, d'activités culturelles et de participation aux cours. C'est un petit risque à prendre que de modifier ces habitudes, mais je crois que ces premiers essais sont encourageants et vont contribuer à sauter le pas et à programmer pour les prochaines fois des plages suffisamment longues consacrées à l'animation linguistique.



En conclusion :

L'animation linguistique, telle que l'OFAJ l'a développée, semble un moyen efficace de profiter au mieux du temps d'une rencontre entre groupes des deux nationalités. Elle permet, même dans un laps de temps bref, une prise de contact puis la poursuite d'une relation et d'un échange sans être handicapé par la barrière linguistique. Au contraire, la langue devient un (en)jeu, un élément de culture que l'on s'approprie, loin de l'expérience douloureuse vécue par certains en cours de langue. Elle prend tout son sens comme outil de communication, et l'effort d'appropriation consenti symétriquement par les deux partenaires, développe une solidarité, de la bonne humeur et produit aussi du plaisir, celui de réussir. La communication, ainsi rendue possible et gratifiante, permet de beaucoup mieux entrer dans l'univers et la culture de l'autre. En bref, l'objectif poursuivi par ce type de rencontres paraît bien mieux et bien plus rapidement atteint.


À la lumière de la réussite des petites expérimentations que j'ai pu réaliser, je me dis que j'aimerais envisager la rencontre en tiers lieu qui permet vraiment d'avoir l'occasion et le temps de pratiquer l'animation linguistique et même la simulation globale. Mais le tiers lieu est encore une solution trop chère pour nos élèves, car il faut financer l'hébergement qui sinon est réalisé par les familles.

J'essaie de convaincre mes collègues allemands en Allemagne, mais aussi d'allemand, d'anglais et d'espagnol ici, de se lancer dans ces activités, espérant ainsi contribuer à promouvoir l'idée et la mise en œuvre de l'animation linguistique. Une généralisation de celle-ci pourrait modifier progressivement les pratiques d'apprentissage des langues en vue d'une meilleure efficacité, non seulement au cours des échanges mais aussi dans l'activité normale des cours.

Pour terminer, je voudrais vivement remercier toutes les personnes qui travaillent à développer l'animation linguistique ainsi que l'OFAJ et ses animateurs qui me l'ont fait découvrir.
Y aura-t-il un stage de perfectionnement?


Jean-Claude Voirpy, le 20 mars 2003

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