6 options pour 83 milions – Un aperçu des prochaines élections allemandes

Partie trois de la série d’articles „On a le choix“ de Lucia Preiss et Lucas Soriano

Nous voilà à moins d’un mois du deuxième grand événement électoral de la sphère politique franco-allemande. Le 24 septembre sera un jour décisif: Un dimanche où le peuple allemand aura la possibilité d’élire les nouveaux députés du Bundestag et pourra ainsi choisir un nouveau gouvernement. Parmi les 48 partis politiques, 7 ont une chance réelle d’entrer au Bundestag, le CDU et le CSU se ralliant par tradition.

Le suspens lié aux résultats de ces élections allemandes est moins grand que celui des élections présidentielles de ce printemps, élections où le progressiste Emmanuel Macron sortit vainqueur avec son parti En Marche!.

D’une part, ces variations dans le contexte pré-électoral trouvent leur origine dans deux systèmes électoraux et politiques très différents. Le président français a énormément de pouvoirs. Il est élu au suffrage universel direct ce qui explique un plus grand nombre de clivages. En France, le scrutin proportionnel permet une politique de conciliation possible par exemple à travers les négociations entre les coalitions.

D’autre part, en France, nous notons un plus grand nombre de divergences dans les idées  des candidats les plus soutenus. La dernière ligne droite des élections francaises fut marquée par deux candidats, Emmanuel Macron (En Marche!) et Marine Le Pen (Le Front National) qui incarnent deux concepts de la société complètement opposés:  renforcement de l’UE contre  sortie de l’UE,  libre-échange contre  protectionnisme, Progressisme contre Réactionnsime, ouverture au monde contre isolement.

Les partis allemands qui ont une chance de faire partie du gouvernement de 2017, se distinguent plus à travers leurs stratégies respectives dans la confrontation aux questionnements politiques que dans leur compréhension élémentaire des définitions de l’’Etat ou de la société.

Avant de nous consacrer aux détails qui concernent le franco-allemand et l’UE au sein des programmes des partis / des candidats, nous vous proposons un aperçu des grandes lignes des programmes respectifs.

 

CDU/CSU (“Union”), Angela Merkel

L’Union conservatrice constituée du CDU et du CSU et la chancelière Angela Merkel, à la tête du gouvernement depuis 12 ans, ont à nouveau de bonnes chances d’obtenir la majorité des voix. Dans son programme électoral, l’Union se montre satisfaite du travail réalisé ces dernières années et écrit fièrement “Nous vivons aujourd’hui dans la plus belle et la meilleure Allemagne, que nous ayons jamais eu”.

Le renforcement de l’économie allemande et la création d’emplois tiennent à coeur aux conservateurs, car le plein emploi est le but proclamé dans leur campagne.

Avec le slogan “dans une Allemagne dans laquelle il fait bon vivre et où nous aimons cela”, le CDU/CSU garde ses habitudes en terme de politique intérieure mais fait fort au niveau de la politique extérieure en promettant une augmentation de sa responsabilité à l’international et un renforcement de l'armée.

 

SPD, Martin Schulz

Le parti social - démocrate SPD et son candidat à la chancellerie Martin Schulz, ancien président du parlement européen, essaient de contester Angela Merkel et son Union.

En effet, même si les sociaux-démocrates font partis du gouvernement actuel en tant que petit partenaire de coalition, ils se montrent mécontents de certaines évolutions au sein de la république fédérale. Dans la continuité de leur slogan “Il est temps pour plus de justice”, ils montrent les points sensibles de l’inégalité sociale qu’ils veulent améliorer dans la prochaine période de législature. Cela va d’une amélioration complète de la réforme des retraites jusqu'à une unification du fonctionnement de la sécurité sociale et une investition plus grande dans la santé et les soins ainsi que une amélioration des conditions de travail des intérimaires et des personnes embauchées pour un contrat limité. Concernant la politique internationale, ils misent sur une “diplomatie pacifique” dans l’esprit de l’ostpolitik de Willy Brandt et rejettent l’armement.

 

Die Linke (La Gauche), Dietmar Bartsch et Sahra Wagenknecht

Le premier parti parmi les “plus petits” qui seront représentés avec 5 à 10% des voix au parlement allemand est l’actuel parti en tête de l’opposition, die Linke (la Gauche). Dans un programme vraiment socialiste, il veut augmenter le salaire minimum à 12€/heure, interdire catégoriquement le travail intérimaire et l’exportation d’armes ainsi qu’établir une sécurité sociale de base sans sanction pour les personnes sans emploi. Elle restera probablement dans l’opposition puisque la seule coalition possible (avec le SPD et les Verts) est peu probable aussi bien d’un point de vue mathématique que politique.

 

Bündnis 90/Die Grünen (Union 90/Les Verts), Katrin Göring-Eckardt et Cem Özdemir

L’Union 90/Les Verts est un autre “petit” Parti. Ils ont écrit “Progrès écologique et social” sur leurs bannières et s’engagent pour la sortie de l’énergie au charbon, pour une agriculture durable, pour l’accueil et l’intégration des réfugiés ainsi que pour le renforcement de la place des femme et des personnes LGBT dans la société. Les Verts sont ouverts à plusieurs options de coalition et pourraient s’imaginer s’allier autant à l’Union qu’au SPD ou encore à la Gauche ou au FDP.

 

FDP, Christian Lindner

Le candidat charismatique du FDP Christian Lindner se situe au centre de la campagne électorale de son parti libéral et propose un programme via les médias, avec lequel il souhaite se réinventer après que la parti ait échoué en 2013 en dessous de la barre des 5%. Ce qui est important pour le FDP est le renforcement de la Culture des Start-Ups en Allemagne, la suppression de la bureaucratie inutile, des réformes dans l’enseignement ainsi que l’allongement des câbles à fibres optiques pour un Internet plus rapide. Une coalition avec l’Union est l’option classique la plus proche politiquement du FDP - toutefois, dans les derniers sondages, il leur manque cette majorité (dernière mise à jour début septembre). La coalition “Jamaïque” serait concevable avec trois partenaires: le CDU/CSU, le FDP et les Verts.

 

AfD, Alexander Gauland et Alice Weidel

De tous les partis précédemment cités, l’AfD représente une exception dans beaucoup de domaines. Il voit les plus gros problèmes du pays en la migration et l’asile, en le terrorisme islamiste, en l’Europe et en “l’idéologie du genre”. Il veut que l’immigration en Allemagne soit possible que sous des conditions plus renforcées, que l’Allemagne sorte de la zone Euro, qu’elle arrête sa politique de protection du climat et que les familles allemandes aient davantage d’enfants. Tous les partis refusent une coalition avec l’AfD, elle prend donc de la place dans l’opposition.

Qui exactement gouvernera l'Allemagne après le 24 septembre, cela reste encore flou. Et quelle politique naîtra des négociations de coalition, seul l’avenir pourra le dire. C’est pourtant exactement cela qui rend la campagne électorale allemande quand même intéressante. C’est justement dans les domaines de la politique européenne et des relations franco-allemandes que l’on peut encore accomplir quelque chose - Un sujet passionnant pour notre prochain article de la série “On a le choix”.

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