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 1)      Bordée par quatre pays, la Région Grand Est est vouée à la coopération transfrontalière. Des hôpitaux allemands, suisses, luxembourgeois et autrichiens ont pris en charge des patients français atteints du Covid-19. Ce plan d’aide a été salué à tous les niveaux. Comment avez-vous pu parvenir à la mobilisation de tous – en particulier au niveau franco-allemand ?

En Région Grand Est, l’expérience frontalière est une expérience quotidienne : nous vivons le transfrontalier dans ses actes quotidiens, parfois dans ses blocages, ses limites, mais également dans ses forces incommensurables que la crise du Covid-19 a su révéler une nouvelle fois. La Région Grand Est est frontalière avec 4 pays : la Belgique, le Luxembourg, la Suisse et l’Allemagne (3 Länder : la Sarre, la Rhénanie-Palatinat et le Bade-Wurtemberg).

Depuis la création de la Région Grand Est en 2016, avec la fusion de l’Alsace, de la Lorraine et de la Champagne Ardenne, la Région Grand Est est devenue le laboratoire grandeur nature du transfrontalier.

J’échange très souvent avec mes homologues allemands le ministre président du Land de Sarre Tobias Hans, la ministre présidente de Rhénanie-Palatinat Malu Dreyer et le ministre président du Bade-Wurtemberg Winfried Krestchmann, dans diverses rencontres, et ai su tisser peu à peu des liens de confiance avec eux.

De nombreuses occasions nous amènent à nous rencontrer afin de mener de nouveaux projets communs et lancer de nouvelles initiatives transfrontalières. À titre d’exemple : En novembre j’étais à Berlin pour inaugurer la nouvelle maison de la Région à Berlin, et j’ai rencontré les secrétaires d’État des Länder pour travailler ensemble au niveau fédéral ; le 22 janvier j’ai assisté au premier Comité de Coopération Transfrontalière issu du traité d’Aix-la-Chapelle avec mes partenaires allemands. Le 30 janvier dernier, j’ai passé la journée avec Winfried Krestchmann à Stuttgart pour réfléchir à une stratégie transfrontalière sur l’intelligence artificielle.

Grâce à toutes les instances transfrontalières qui ont été construites, le Comité de Coopération Transfrontalière issu du traité d’Aix-la-Chapelle au premier chef, mais aussi le Rhin Supérieur, la Grande Région, et les 5 Eurodistricts qui associent la France avec ses partenaires, le dialogue de communication est très étroit.

Dans la crise du Covid-19, et grâce à sa position très privilégiée, la Région Grand Est s’est trouvée être l’interlocuteur clé pour échanger avec tous ses partenaires frontaliers, et grâce à cette relation confiance tissée avec mes homologues, nous avons travaillé de concert avec l’Agence Régionale de Santé et la Préfecture de Région pour associer tous nos partenaires qui nous sont d’une aide extrêmement précieuse, et je les en remercie.

 

2. Quels sont les autres effets du Covid-19 auxquels vous devez faire face actuellement sur votre relation avec l’Allemagne ?

La première difficulté que nous avons eu à surmonter avec nos partenaires allemands a été la fermeture de la frontière allemande. De nombreuses questions se sont posées pour les travailleurs frontaliers français qui faisaient le déplacement quotidiennement. Nous avons donc travaillé avec tout le réseau actif d’informations aux citoyens quotidiennement concernés par le sujet frontalier afin de les informer des dispositions prises afin de les aider à trouver les meilleures solutions dans leurs cas individuels. Grâce à des réseaux tels que les Info Best, et le site « frontaliers Grand Est » par exemple, nous sommes parvenus à transmettre l’information au jour le jour des évolutions des dispositions prises par le ministère fédéral et par les Länder qui sont également garants de la sécurité sanitaire sur leur territoire.

Mais le principal enjeu a été le transfert de nos patients dans des hôpitaux frontaliers qui étaient en mesure de les soigner dans les meilleures conditions possibles. Aujourd’hui, une quarantaine de patients (alsaciens, NDLR) ont été pris en charge par les autorités allemandes. Cette coopération dépasse bien sûr les frontières allemandes, nos partenaires luxembourgeois ont également pris en charge un transfert de patients, ainsi que la Suisse, que je souhaite également remercier aujourd’hui. Notre meilleur atout aujourd’hui est cette coopération renforcée nous permettant de défendre autant que possible la santé de nos concitoyens.

 

3. Quelle importance accordez-vous à la reprise des mobilités des jeunes lorsque nous aurons surmonté cette crise ?

L’enjeu économique et la reprise de l’activité sont clairement la première priorité pour moi. Nous devons déjà penser et construire le monde « après Covid-19 ». Il va de soi que nous devrons perpétuer les échanges internationaux et franco-allemands, autant sur le plan universitaire que professionnel ou via l’apprentissage transfrontalier, mais les dispositions devront être réétudiées pour repenser la dépendance du monde à la production extra européenne et aux enjeux de la mondialisation.

L’Europe devra développer son économie de proximité. À ce titre, la mobilité et les échanges franco-allemands seront plus que jamais indispensables afin de créer un bloc commun pour affronter les défis économiques et sociétaux de demain.

La coopération franco-allemande a été une nouvelle fois mise à l’épreuve dans cette crise sanitaire sans précédent. Cela nous permet de mesurer les limites de notre coopération, limites qu’il nous faut aujourd’hui dépasser pour parvenir à une coopération encore plus étroite et encore plus forte, ensemble. C’est dans ce cadre que je souhaite proposer dans les prochaines semaines à mes partenaires allemands de réfléchir ensemble à un système sanitaire et médical commun permettant ainsi d’autonomiser la production médicale à l’échelle européenne et ainsi préserver notre souveraineté européenne dans ce domaine.

 

4. La coopération transfrontalière forme l’un des piliers du traité d’Aix-la-Chapelle. Quelles sont les avancées que vous constatez depuis sa signature il y a un peu plus d’un an ?

Le traité d’Aix-la-Chapelle a permis de prendre conscience de l’importance de cette coopération franco-allemande qui constitue le noyau dur de l’Europe, l’Europe du quotidien. La coopération franco-allemande revêt également un enjeu de puissance économique et culturelle indéniable. Grâce au traité d’Aix-la-Chapelle, des acteurs franco- allemands qui ne s’étaient jamais parlé se sont retrouvés pour réfléchir à une coopération plus étroite. C’est dans ce cadre que nous avons créé l’Assemblée parlementaire franco-allemande qui réunit les parlementaires français et allemands, le Conseil des Ministres Franco-Allemands qui réunit les exécutifs nationaux, et enfin le Comité de Coopération transfrontalière qui réunit les acteurs des collectivités frontalières pour réfléchir à réduire les limites et les blocages auxquels nous faisons face quotidiennement. Ces trois instances ont vocation à réduire les blocages de coopération et à faciliter les échanges.

Nous pouvons dire aujourd’hui, dans le cadre de la crise du Covid-19, que les canaux de communication sont bien ouverts et permettent de faciliter les échanges d’informations et avancer plus rapidement pour nos concitoyens. C’est en cela que le traité d’Aix-la-Chapelle est déjà aujourd’hui une réussite à mes yeux.