Un plan de relance des rencontres franco-allemandes et trinationales, doté de 10,5 millions d’euros, vient d’être lancé. Quels en sont ses principaux objectifs ?

Anne Tallineau et Tobias Bütow :
Il faut mettre fin à la crise dans la crise. Le « plan de relance des rencontres franco-allemandes et trinationales » a été adopté à l’unanimité par le Conseil d’administration de l’OFAJ et s’entend comme une réponse durable au contexte du Covid-19. Peu après le début de la crise sanitaire, au printemps 2020, nous avons fait – comme bien d’autres – de la gestion de crise ad hoc, en soutenant les partenaires et en développant les offres numériques d’échanges de jeunes. Mais ce n’est plus suffisant. En effet, la pandémie, qui dure depuis presque un an et demi, affecte tout particulièrement les jeunes. L'une des restrictions les plus douloureuses pour les jeunes reste le fait de ne plus pouvoir voyager, de ne plus pouvoir vivre une expérience à l’étranger, de ne plus se sentir en Europe.

Or les rencontres internationales sont indispensables pour les jeunes, voire pour nos sociétés. Elles façonnent les parcours éducatifs, les débuts de carrière et les biographies. De nombreux jeunes expliquent que ces expériences franco-allemandes ou européennes ont changé le cours de leur vie.

La pandémie n’est pas encore derrière nous. Mais les enfants et les jeunes ne doivent pas devenir la génération Corona, privée de l’expérience européenne. Les jeunes ont déjà un énorme besoin de rattrapage en matière de rencontres sportives, d’élargissement des horizons culturels et d’expériences interculturelles. Notre plan de relance est un travail de longue haleine. Afin de faire face aux conséquences durables de la pandémie, il se poursuivra jusqu’à la fin de l’année 2023 pour motiver les jeunes, leur donner confiance et les inspirer, leur faciliter l’entrée dans la vie professionnelle, pour renforcer leur confiance dans la démocratie et promouvoir l’engagement social, quelle que soit l’évolution de la crise. D’ici 2023, année où le traité de l’Élysée et l’OFAJ fêteront leurs 60 ans, nous voulons atteindre un objectif de 200 000 participantes et participants annuel grâce à notre coopération avec plus de 9 000 partenaires.

À qui s’adresse ce plan triennal et quels sont ses grands axes ?

Anne Tallineau et Tobias Bütow :
Le plan de relance s’adresse à l'ensemble des jeunes jusqu’à l’âge de 30 ans, quelle que soit leur origine et quel que soit le moment de leur parcours. Cela concerne aussi leur scolarité, leur formation, leur insertion professionnelle aussi bien que les activités extrascolaires.

Nous soutiendrons en particulier celles et ceux qui, déjà avant la crise, n’étaient pas prédestinés à bénéficier de la mobilité européenne. Mais nous accorderons également une attention particulière à des publics comme les enfants de moins de 12 ans, les personnes en situation de handicap et bien les jeunes en début de carrière. Après tout, un échange franco-allemand est une « offre » pour chaque jeune. Au cours de ces derniers mois, chaque rencontre internationale de jeunes est devenue un véritable événement. Il s’agissait de retrouver, d’apprendre à connaître et à comprendre le point de vue de l’autre, mais aussi à faire face ensemble aux conséquences de la pandémie. De nombreux partenaires y ont effectué un travail de pionnier. À l’OFAJ, nous souhaitons motiver et encourager nos partenaires pour qu’ils puissent mettre en avant les questions qui intéressent la jeunesse : l’écologie, le sport comme facteur d’intégration, la promotion de l’engagement social, mais aussi l’éducation citoyenne et historique comme le renforcement de leur participation démocratique.

Avec le plan de relance, nous voulons envoyer un signal durable à nos partenaires : restez créatifs ! Ensemble, nous sommes plus forts que cette crise. Nous souhaitons que le travail international de jeunesse sorte renforcé de cette crise. Une autre raison de voir cette crise comme une occasion de stimuler la créativité, comme de donner la parole aux jeunes. Et ce parce que nous pouvons nous accorder sur le fait que notre monde a besoin de se réinventer à différents endroits.

Comment ce plan a-t-il été élaboré et comment sera-t-il mis en œuvre ?

Anne Tallineau et Tobias Bütow :
Si l’on considère les presque 60 ans d’histoire de l’OFAJ, ce plan triennal est une réponse inédite à une crise sans précédent. Tout comme le succès de l’OFAJ est façonné par le travail de ses partenaires, le plan de relance est le fruit de plusieurs mois de consultation avec ces derniers, les réseaux, nos instances et bien sûr avec l’expertise de l’équipe des différents bureaux de l’OFAJ, sans oublier les jeunes.

Nous profitons de cette occasion pour les remercier tous. Il s’agit de nos partenaires, du Conseil d’administration et du Conseil d’orientation de l’OFAJ, le ministère de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports ainsi que le ministère allemand de la Famille, des Personnes âgées, de la Femme et de la Jeunesse (BMFSFJ). Mais nous tenons également à exprimer notre reconnaissance à nos collègues de l’OFAJ, dont l’esprit d’équipe et l’enthousiasme franco-allemand portent notre maison à travers cette crise.

Le travail accompli peut parfois sembler fastidieux voir administratif, mais il peut faire bouger le monde. En facilitant le subventionnement des programmes par exemple, notamment grâce à la prolongation de l’assouplissement de nos directives, nous espérons que les porteurs de projets pourront prendre un nouveau départ pour organiser des rencontres de jeunes, bien sûr avec prudence, muni d’un test négatif et d’un masque, mais aussi avec courage et joie pour, nous l’espérons, un été de rencontres.

Un sujet qui nous tient à cœur est la reprise des échanges scolaires dans les académies en France et leurs Länder partenaires. Si le tourisme est à nouveau possible, les échanges scolaires devraient également l’être. Pour rester compatibles avec la crise, nous proposons des jumelages scolaires numériques dès la rentrée, afin de motiver les directeurs d’établissements, les enseignants et les élèves à travailler avec une école partenaire en Allemagne ou en France et aboutir, si la pandémie le permet, un échange dans un tiers lieu.

Après l’abstention record des jeunes aux élections régionales en France, et à l’approche des élections fédérales en Allemagne et des échéances électorales en France en 2022, nous sommes convaincus que la participation et l’implication des jeunes dans la démocratie sont indispensables, notamment pour prévenir l’extrémisme. En coopération avec l’agence allemande pour l’éducation citoyenne, nous avons développé un programme franco-allemand dans ce domaine, qui vise à accroître la confiance et l’engagement envers la démocratie. Et nous participerons bien sûr à la Conférence sur l’avenir de l’Europe, dans le cadre d’une consultation franco-allemande des jeunes, ainsi qu’avec des partenaires de la société civile dans le cadre de la Présidence française du Conseil de l’Union européenne.

Préparer l’Europe de demain, c’est aussi soutenir l’engagement des jeunes en faveur de la protection de l’environnement et du climat, par exemple en proposant une charte de mobilités vertes. La neutralité climatique est un objectif auquel la France, l’Allemagne et l’Europe se sont engagées.

Ces exemples choisis ne représentent heureusement pas l’exhaustivité de notre plan de relance, qui est prévu pour une durée de trois ans et adapté aux différents besoins de nos groupes cibles. Sa mise en œuvre sera essentiellement celle de nos partenaires. L’OFAJ investit des financements afin que le budget qui n’a pas pu être utilisé pour les échanges et les rencontres des jeunes en 2020, en raison de la pandémie, ne soit pas perdu. À la fin de l’année 2023, nous voulons pouvoir dire : La pandémie est terminée. Et avec nos partenaires dans les établissements scolaires, les centres de formation, les universités, les associations, les initiatives citoyennes et les administrations, nous œuvrons pour que les échanges de jeunes façonnent à nouveau la vie. Cela est tout à fait conforme à l’esprit du traité d’Aix-la-Chapelle, qui nous engage à développer les échanges de jeunes pour qu’ils puissent profiter d’une expérience européenne.