1. À partir du 15 juin, il n’y aura plus de contrôles aux frontières entre la France et l’Allemagne. Après que la Rhénanie-Palatinat a pris en charge des malades en urgence de la région voisine du Grand Est, la vie de la population en zone frontalière reprend doucement son cours.

Comment avez-vous vécu la fermeture des frontières ? Quelles sont, selon vous, les principales conséquences de la pandémie de coronavirus sur la coopération franco-allemande ?

J’ai trouvé, pour ma part, que les mesures de contrôle et la fermeture des frontières entre la mi-mars et la mi-mai ont porté fortement atteinte à notre relation jusqu’alors libre avec nos voisins de France, du Luxembourg et de la Belgique.

Mais il fallait prendre cette décision rapidement afin de freiner la progression de la pandémie. Nos partenaires français ont d’ailleurs immédiatement imposé des restrictions de sortie encore plus strictes à leur population. En Rhénanie-Palatinat, les trois principaux postes-frontière sur les routes fédérales sont restés ouverts en continu, mais uniquement pour les personnes présentant des motifs valables, professionnels ou médicaux par exemple.

L’une des conséquences de la pandémie sur la coopération franco-allemande réside dans notre coordination étroite afin de prendre des mesures le plus rapidement possible. Cela n’a pas été un automatisme dans les premiers jours. Cependant, dès que la région Grand Est a été classée zone à risque, j’ai pris contact avec le président de la région, M. Rottner et avec la préfète, Mme Chevalier. Nous avons mis en place des processus de travail transfrontaliers, basés sur des contacts téléphoniques presque quotidiens. L’importance d’un échange direct à l’échelle nationale et régionale sur les moyens d’action contre le Covid-19 est apparue comme une évidence. La prise en charge de patients français en soins intensifs en est un exemple concret. À l’avenir, nous ferons immédiatement appel à ces mécanismes, si nécessaire.

2. Comment évaluez-vous la mise en œuvre du traité d’Aix-la-Chapelle ? Quel rôle joue le partenariat régional entre la région Bourgogne–Franche-Comté et la Rhénanie-Palatinat ?

La mise en œuvre du traité d’Aix-la-Chapelle est en bonne voie – bien que les restrictions de ces dernières semaines ont conduit à l’annulation d’événements et de conférences, ou à leur remplacement par des vidéoconférences et des réunions téléphoniques.

J’aimerais l’illustrer par un exemple : pour nous en Rhénanie-Palatinat, le Comité de coopération transfrontalière, prévu à l’article 14 du Traité, est très important. Ce comité thématise de nombreuses mesures destinées à faciliter la cohabitation dans la région frontalière. Il s’empare de nombreux sujets liés à la santé, au travail, à l’aménagement du territoire, et bien d’autres comme l’impact des législations. Pour la session inaugurale du comité, qui s’est tenue le 22 janvier dernier – jour de la signature du Traité d’amitié franco-allemand – au château de Hambach, toutes les parties prenantes ont pu se rencontrer en personne. Et puis le Covid a déclenché le confinement. La session suivante du 23 avril a donc dû se tenir par vidéoconférence. Cela signifie que la mise en œuvre du traité d’Aix-la-Chapelle suit bien son cours, bien qu’elle se fasse dans d’autres conditions. Le Comité de coopération transfrontalière va installer son propre secrétariat cet été à Kehl et il se consacrera aux possibilités de développement territorial.

Le traité d’Aix-la-Chapelle a également des répercussions sur le partenariat régional entre la Rhénanie-Palatinat et la Bourgogne–Franche-Comté puisqu’il met en avant les relations d’amitié bilatérales et les liens étroits que nous entretenons avec nos partenaires régionaux français. Cette relation a d’ailleurs fait l’objet d’une convention, signée en 1962, soit un an avant le traité de l’Élysée.

Nous échangeons régulièrement avec la présidente du conseil régional Marie-Guite Dufay, afin de définir les nouveaux axes de notre partenariat. Avec nos représentations régionales, basées à Dijon et à Mayence, et la fédération de partenaires, nous avons des structures établies qui accompagnent de nombreuses formes classiques d’échange. Celles-ci vont être enrichies par des formats de communication en ligne, des plateformes dans les nouveaux médias, etc. Mais elles doivent uniquement soutenir des rencontres physiques et non les remplacer. Le nouveau Fonds citoyen franco-allemand, mis en place par l’OFAJ, permet également d’apporter un soutien financier.

3. La Rhénanie-Palatinat occupe actuellement la présidence de la conférence permanente des ministres de l’Éducation des Länder en Allemagne (KMK). Comment les écoles d’Allemagne peuvent-elles renforcer l’apprentissage du français et les compétences européennes ?

La Rhénanie-Palatinat a choisi la devise suivante pour sa présidence à la KMK : « vivre, découvrir et réaliser l’Europe ». Nous observons actuellement à quel point il est nécessaire d’agir ensemble au niveau européen, qu’il s’agisse de questions de santé ou d’économie. Nous souhaitons que nos élèves s’engagent davantage pour l’Europe, pour ses valeurs et pour sa vie démocratique. La KMK établit actuellement une recommandation pour l’« éducation à l’Europe dans les écoles » qui définit les éléments et les grandes lignes de la mission éducative européenne des établissements scolaires – et comment celle-ci doit être transmise pendant et en dehors des cours.

La langue française est un facteur essentiel pour le sentiment d’appartenance à l’Europe. Car ce n’est qu’une fois que l’on s’est familiarisé avec la langue de notre voisin outre Rhin que l’on peut se familiariser avec la population.

4. Dans le traité d’Aix-la-Chapelle, la France et l’Allemagne ont décidé d’étendre les mobilités pour la jeunesse. Quelle importance accordez-vous à la reprise de la mobilité des jeunes – notamment de celles et ceux ayant moins d’opportunités – dès que la crise actuelle sera derrière nous ?

Les restrictions de voyage imposées par la pandémie ont montré très nettement combien il est important d’entretenir un échange direct avec notre partenaire le plus proche : la France. Il faut donc en déduire que les jeunes précisément doivent avoir conscience des possibilités de mobilité transfrontalière – proche et facilement accessible. Et cela inclut les jeunes ayant moins d’opportunités, pour lesquels il existe des programmes et des possibilités de soutien jusque dans la formation professionnelle.

5. La région étendue franco-allemande est unique dans la coopération entre les Länder et les régions. Comment voyez-vous ses succès et ses défis actuels ? 

Pendant les restrictions de voyages et de sortie, il est apparu très clairement que nous continuons à travailler ensemble contre vents et marées. J’ai déjà mentionné la prise en charge de personnes atteintes du Covid-19, car c’en est un bon exemple.

Nous souhaitons que les « circuits courts » qui se sont mis en place lors de cette situation d’urgence soient maintenus que la coopération reste étroite, par exemple dans le domaine médical. Nous devons désormais parvenir à définir ensemble des références pour mesurer le niveau de propagation de la pandémie, ainsi que les mesures rapides qui y sont associées. Nous sommes cependant sur la bonne voie.

Mais nous voulons bien sûr retrouver notre mode de vie, c’est-à-dire pouvoir se rendre visite sans avoir à se préoccuper des consignes ou des contrôles afin de profiter d’un café dans la région voisine.