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Que l’Europe soit concernée depuis plusieurs années par une recrudescence de mouvements populistes aussi bien dans le milieu politique, médiatique que dans notre société de manière générale n’est de secret pour personne. Ce ne sont pas seulement les relations étrangères à l’Europe qui tendent à se compliquer – on pense notamment à la situation politique actuelle des Etats-Unis et de la Turquie – mais également celles avec certains Etats membres de l’Union Européenne comme la Pologne ou la Hongrie où se trouvent des partis populistes au pouvoir modifiant ainsi, par leurs déclarations antagonistes, la teneur du discours politique.

Nous n’avons toutefois pas besoin de regarder bien loin pour retrouver ce genre de phénomène : des partis tels que l’AFD ou bien le Front National, partis qui cherchent à remettre en question avec véhémence le projet européen et beaucoup de ses valeurs libérales et démocratiques, se trouvent eux au cœur même de l’Europe et de la relation franco-allemande. Mais alors, qu’est-il possible de faire pour contrer la montée du populisme ?

C’est à cette question que 15 jeunes ont tenté de répondre dans le cadre d’une « Université franco-allemande d’automne », dont l'OFAJ est partenaire, qui s’est tenue en deux séminaires de plusieurs jours à Paris et Berlin. Du côté allemand, l’Université d’automne s’est organisée au « Studentenforum im Tönissteiner Kreis e.V » ; du côté français à la « Conférence Olivaint ». Ces deux institutions sont impartiales politiquement et sont liés par le réseau international « Politeia ».

Lors du séminaire parisien, qui s’est tenu en septembre, les jeunes ont pu discuter avec bon nombre de scientifiques comme Pascal Perrineau et Sylain Kahn (tous deux professeurs à Sciences Po Paris) ou encore certains acteurs de la vie politique comme la députée à l’Assemblée Nationale Virginie Duby-Muller et le député européen Alain Lamassoure. Des experts de l’OECD ou de l’Ambassade allemande ont également eu l’occasion de discuter de leurs connaissances avec les participants.

Lors du deuxième séminaire, lui d’une semaine en novembre, c’est l’ensemble des impressions précédemment exprimées lors du premier séminaire qui ont été approfondies et complétées d’un point de vue allemand. Là encore des invités tels que des membres de la Chancellerie allemande, du Ministère des affaires étrangères et de l’Ambassade de France ainsi que des scientifiques et des acteurs de la société civile ont pris part à la discussion.

Pour avoir un aperçu plus détaillé et complet de ce projet, nous avons discuté avec Alexander Kauschanski qui a pris part à l’organisation pour le « Studentenforum im Tönissteiner Kreis e.V ». Alexander a 23 ans, a étudié Sciences Politiques à Leipzig et à Lyon et est déjà depuis un certain temps engagé pour faire reconnaitre la voix des jeunes dans le discours politique international – entre autre en tant que « Jeune Délégué allemand des Nations Unies 2015 ».

 

OFAJ : Comment définirais-tu le populisme ?

Alexander : Le populisme est une stratégie politique. Leurs utilisateurs « s’auto-proclament » seuls représentants de « la volonté du peuple » dans leur combat contre une « élite politique corrompue ». Les populistes offrent avec cela des solutions simples à des problèmes complexes. A l’instar de Donald Trump qui tend à faire du discours politique une caricature en lui-même. Avec des déclarations très limites, les populistes attirent l’attention dans les médias et peuvent ainsi faire la promotion de leurs opinions gratuitement. Ce qui est dangereux c’est qu’ils montrent fréquemment leur rejet de certaines valeurs démocratiques fondamentales et se présentent comme des victimes du système politique aux opinions réprimés et ignorés. Pour gérer ce problème, il faut faire face à un dilemme difficile : Qui marginalise les populistes volontairement, confirme leur sentiment envers la politique. Qui leur prête trop d’attention, ne fait que renforcer leurs convictions antidémocratiques, racistes et discriminatoires.

 

OFAJ : Quelles conclusions avez-vous tirés de votre participation à cette Université d’Automne ?

Alexander : Notre but était de s’opposer au populisme en formulant des propositions constructives pour la politique et la société. Nous sommes arrivés à la conclusion que cette grande propagation du populisme est en fait un symptôme d’une crise de la démocratie. Car nos systèmes politiques servent, dans beaucoup de cas, plutôt les intérêts de personnes privilégiées que ceux des citoyens défavorisés.

 

OFAJ : Comment cela s’articule-t-il ?

Alexander : Nos parlementaires sont trop peu représentatifs de la population et ne parviennent pas avec cela à atteindre leurs propres objectifs. La plupart des politiques sont des hommes de plus de cinquante ans qui mènent une vie matériellement aisée et ont étudié le droit. La communication aussi fonctionne mal : beaucoup de gens dans notre société ont le sentiment que la politique ne se tourne pas assez souvent vers eux hors période électorale.

 

OFAJ : L’objectif de l’Université d’automne n’était pas seulement de révéler aux jeunes une perspective franco-allemande sur ce phénomène qu’est le populisme, mais surtout de formuler des solutions concrètes dans un « Policy Paper ». Pourrais-tu nous en dire plus ?

Alexander : Dans notre prise de position écrite  nous proposons que les jeunes aient une place plus importante dans le système politique. Que ce soit au parlement, au sein des partis ou dans la société civile. En parallèle, le monde politique, les partis politiques ainsi que leurs membres doivent faire plus d’efforts pour ne pas se fermer automatiquement aux différents groupes sociaux ; les jeunes, les femmes, les personnes issues de l’immigration, sans diplôme de l’enseignement supérieur ou bien les groupes marginalisés : tous ont besoin de faire entendre leur voix dans notre démocratie.

 

OFAJ : Quel rôle doit donc jouer l’Europe dans cette affaire ?

Alexander : Nous sommes profondément convaincus que la réponse au populisme ne peut pas être moins d’Europe mais plus d’Europe. Cette Europe doit être sociale, transparente et un projet européen ne doit pas concerner seulement les élites mais une majorité de personne. Nous proposons pour cela des droits du travail européens standards, plus d’investissements pour les jeunes auto-entrepreneurs, la mise en place de dispositifs permettant plus d’emplois pour les jeunes, le renforcement des organisations de la société civile et l’intégration des migrants et des réfugiés dans les processus politiques. En ce qui concerne le programme ERASMUS également - projet que l’Europe a lancé – nous devons le booster de sorte à encourager la mobilité des personnes qui ne sont pas étudiantes ou qui n’ont pas les moyens d’y participer.

 

OFAJ : Et enfin, que retiens-tu personnellement de ces deux séminaires auxquels tu as assisté ?

Alexander : Dans les projets franco-allemands, on n’apprend pas seulement à mieux connaitre « l’autre côté » mais surtout à mieux se connaitre soi-même. Je suis très heureux d’avoir pu faire de multiples nouvelles rencontres et développer différentes idées au sein de notre groupe multiculturel. Nous avons construit entre nous tous, les participants, un lien étroit et particulier et il est sûr que notre amitié nouvelle se poursuivra pour encore pour un bon moment.

 

Le Policy Paper présentera encore cette année les décideurs du monde politique, économique, journalistique et de la société civile. Le projet de groupe de l’Université d’automne espère de cette façon pouvoir chambouler un peu le dialogue entre les différents Etats de l’Union européenne.

Le « Studentenforum im Tönissteiner Kreis e.V » et la « Conférence Olivaint » ont approfondi leur coopération par le bais de l’Université d’automne et souhaitent, à l’avenir, créer d’autres projets communs.

 

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