Attention : cette page n'a pas été mise à jour depuis plus de 6 mois. Les informations ne sont plus actuelles.

Manuel Valls rencontre Angela Merkel ce lundi. A cette occasion, au nom de l’Office franco-allemand pour la jeunesse (OFAJ), nous souhaitons alerter sur les dangers des dérapages verbaux qui fragilisent la relation franco-allemande. Dans un contexte de tensions économiques et politiques, un certain nombre de propos traduisent une résurgence de germanophobie/francophobie. De part et d’autre des frontières, nous assistons à des débordements à consonance parfois belliqueuse et ce, au moment-même où nos sociétés sont appelées à un travail de mémoire dans le cadre des commémorations de la Première Guerre mondiale.

Les jeunes sont ainsi confrontés à deux images qui ne sont pas superposables. Les psychologues appellent cela une injonction contradictoire… On leur demande de s’investir pour l’Europe, on attend d’eux un vote, une participation, on déclare les encourager à traverser les frontières et, dans le même temps, des petites phrases nourries de défiance ou rancune traversent les médias.

Ces débordements sont irrationnels et l’objet des discordes est trop souvent issu de malentendus interculturels. Pour que les jeunes générations développent une connaissance des cultures européennes, nous demandons à ce que le sujet de la mobilité européenne des jeunes s’affirme au plus haut rang des priorités. Celui qui a expérimenté la différence de nos systèmes scolaires (plus vertical d’un côté, plus participatif de l’autre), de nos modes de management (le recours à l’expert versus le goût pour le généraliste) ou du fonctionnement de nos administrations (l’une centraliste, l’autre fédérale) peut en faire la synthèse et concevoir des compromis acceptables pour la France et l’Allemagne, et pourquoi pas, pour les autres pays d’Europe.

Parce qu’elles dotent les jeunes des indispensables repères interculturels, ces expériences de mobilité sont clés. Clés pour favoriser les parcours professionnels ou personnels tout en dynamisant les territoires. Clés pour inciter les futurs citoyens à participer positivement au débat, à s’approprier et renouveler les ambitions européennes.

Or, contrairement à certaines idées reçues, la mobilité internationale reste à ce jour un exercice difficile et ce, même entre la France et l’Allemagne, pourtant pionnières en la matière notamment grâce aux actions de l’Ofaj depuis 1963. Plusieurs chantiers en attente sont essentiels : à quand un statut des jeunes entrepreneurs européens ? La reconnaissance des compétences acquises à l’étranger ? Le maintien des droits des chômeurs en formation à l’étranger ? Enfin, un statut commun de l’association faciliterait la réalisation de projets sociaux, humanitaires, périscolaires, culturels ou politiques.

Par la mobilité, les jeunes apprennent « à voir le monde avec les lunettes de l’autre » ; ils transmettront cette idée à leurs aînés pour limiter leurs exagérations. Donnons-leur les moyens de le faire, car les tensions franco-allemandes ne sont pas préjudiciables qu’à l’échelle de nos deux pays, mais à celle de l’Europe tout entière et bien au-delà: formidable modèle de réconciliation, la relation franco-allemande est en effet très observée partout dans le monde, des Balkans jusqu’au Japon.

Béatrice Angrand et Markus Ingenlath

Secrétaires généraux de l’Office franco-allemand pour la Jeunesse (OFAJ)


Cette tribune est paru dans la rubrique « le Plus » du nouvel Observateur  et dans Ouest France le 22 septembre 2014.

Le nouvel Observateur 

Ouest France