La jeunesse fait de plus en plus entendre sa voix avec les manifestations partout dans le monde. Pourriez-vous nous dire comment vous vous engagez dans la lutte contre le réchauffement climatique?

Charlène Marquot : En 2018, lors de ma deuxième année de licence, grâce au lancement de l’Affaire du siècle, j’ai pris conscience de l’ampleur de la crise climatique et de tout ce que cela remettait en question pour notre génération : notre avenir à très court terme. Cette période a aussi été synonyme d’écoanxiété qui m’a ensuite motivée à agir à mon échelle et dans autant de domaines que possible afin d’élargir au maximum la prise de conscience autour de moi et ainsi le passage à l’action.

Depuis, j’entreprends de mettre cet engagement écologique dans mon quotidien, que ce soit dans un mode de vie plus sobre et réfléchi, dans mes engagements associatifs et militants (notamment lors des marches pour le climat), mais aussi dans les voyages, les loisirs et dans mes études. J’essaie d’adapter mon mode de vie en le rendant le moins nocif possible pour l’environnement, je privilégie les voyages en train plutôt qu’en avion (notamment à travers l’Europe), j’étudie la transition écologique pour me former à ces enjeux et exercer plus tard un métier qui aura du sens.

Aussi, ayant un parcours franco-allemand j’ai participé à plusieurs rencontres en lien avec ces sujets : sur la ville résiliente dans le cadre du jumelage entre Lyon et Francfort en juin 2021 et lors du forum « La jeunesse se bouge pour l’Europe » en septembre 2020 en Sarre. Je m’intéresse à d’autres sujets comme la lutte pour l’égalité des genres, l’écoféminisme et je suis engagée en politique pour convaincre les jeunes qui participent à toutes les marches (féministes, antiracistes et pour le climat) d’aller voter, de participer à la vie démocratique et de faire entendre leurs voix.

Consciente qu’il est nécessaire de réduire son empreinte écologique à l’échelle individuelle, je pense que les actions internationales sont d’autant plus importantes et que les politiques publiques économiques, énergétiques et sociales ainsi que les décisions des grandes entreprises auront un impact immense sur les émissions de gaz à effet de serre et donc sur le changement climatique. C’est en cela que la COP26, comme les 25 qui lui ont précédé, devra répondre avec ambitions et s’engager à agir.

L’Office franco-allemand pour la transition énergétique (OFATE) fête cette année son 15e anniversaire. Comment fonctionne la coopération franco-allemande sur les questions climatiques et quels ont été les principaux projets de l’OFATE ces dernières années?

Sven Rösner : Depuis 15 ans, l’OFATE est une plateforme d’information pour l’ensemble des acteurs de la transition énergétique en France et en Allemagne : responsables politiques, autorités administratives, entreprises, scientifiques et société civile. L’objectif de notre travail est de clarifier les choses dans le contexte de la transition énergétique et d’entretenir un espace de dialogue où les gens peuvent discuter des enjeux et des opportunités de la transition énergétique d’une manière professionnelle et objective. Il nous reste peu de temps pour l’engagement sur le climat, il est donc important de tirer les leçons des expériences réalisées par d’autres, de comprendre les approches, de s’inspirer des bonnes pratiques et de ne pas répéter les erreurs. Faciliter cela sans influencer : telle est notre mission. La moitié du financement de notre organisation provient de l’État et l’autre moitié d’acteurs privés, ce qui constitue une garantie de notre neutralité.

Le changement climatique est fortement lié à la consommation d’énergie, non seulement d’électricité, mais surtout de combustibles fossiles pour la mobilité et le chauffage. L’Europe veut se décarboner d’ici à 2050. Il n’y a probablement jamais eu de projet de cette ampleur et de cette portée auparavant.

Aujourd’hui, nous travaillons sur les énergies renouvelables, leur intégration dans les marchés et les réseaux, la consommation d’énergie dans les foyers et dans l’industrie, et les conséquences sociales, écologiques et économiques de la transition énergétique. Il n’est pas uniquement question d’énergie, nos vies quotidiennes et nos sociétés vont changer de manière durable. Nous disposons actuellement d’une équipe de 16 personnes et nous animons ces sujets avec plus de 25 événements et plus de 70 publications chaque année. Notre plus grand événement a été le Forum franco-allemand sur l’énergie 2020, qui s’est focalisé sur les conséquences du Covid-19 sur la transition énergétique en Europe. Nous avons conçu un programme assez impressionnant et reçu environ 900 participants du monde entier. C’est un franc succès.

Vous participez cette semaine à la COP26 avec le Réseau Étudiant pour une Sociétie Écologique et Solidaire (RESES). Quelles sont vos attentes pour ce sommet?

Charlène Marquot : À l’occasion de la COP26 à Glasgow, je fais partie de la délégation des observateur.ices du RESES et durant cette semaine je vais suivre la thématique « Gender and Climate ». En assistant aux négociations internationales pendant ce sommet, je souhaite découvrir le monde géopolitique de plus près en observant les techniques et le contenu de négociations. Plus personnellement, j’espère faire beaucoup de rencontres inspirantes et avoir des discussions avec des personnes venues du monde entier (expert.es, negociateur.ices, observateur.ices, conferencier.es…) pour partager nos expériences et échanger sur de nombreux sujets liés à l’environnement et aux changements climatiques, mais également sur des sujets plus sociaux comme la place et le pouvoir des femmes, des peuples autochtones ou encore des personnes en situation de handicap face au changement climatique et à la COP. J’espère aussi que la pression exercée sur les gouvernements et les entreprises par la jeunesse, qui manifeste presque tous les jours en marge du sommet à Glasgow, sera assez grande pour leur montrer qu’on ne les laissera pas tranquilles avant qu’ils s’engagent avec ambition pour le climat.

Lors de ce sommet, il y a aussi beaucoup de discours et actions de greenwashing. Nous avons vu par exemple Jeff Bezos venir à la COP en jet privé pendant que son entreprise Amazon est l’une des pires sources d’émission de gaz à effet de serre. Cela montre qu’il y a une grande hypocrisie entre les mots et les actes.

Je souhaite que les négociations aboutissent enfin à du concret et mènent à un changement systémique volontaire. Nous n’avons plus le temps d’organiser des COP tous les ans pendant encore 10, 15 ou 20 ans. En assistant à cet événement, j’attends de voir si l’on peut encore attendre des plans d’action ambitieux à l’échelle internationale contre les changements climatiques ou si toutes ces belles paroles ne seront que des promesses en l’air.

Le 18 novembre, vous organisez le quatrième Forum franco-allemand de l’énergie. Quelles sont vos attentes vis-à-vis de ce forum?

Sven Rösner : Nous avons choisi le thème du financement de la transition énergétique pour cette édition, car tout ce qui doit être réalisé d’ici 2050 devra prendre tôt ou tard une dimension financière. Aujourd’hui, seul un cinquième de l’énergie consommée en France et en Allemagne est électrique. Mais pour renoncer au CO₂, la quasi-totalité de la consommation doit progressivement devenir électrique, et l’électricité consommée dans ce processus doit bien sûr être produite avec un bilan neutre en carbone. Dans le même temps, de nombreuses choses doivent gagner en efficacité. Tout cela doit être financé : nous avons besoin de plus de capacités pour la production d’électricité, de nouveaux réseaux, de nouveaux processus industriels, de nouveaux systèmes de chauffage, de voitures différentes, etc. Cela ne fonctionnera pas en faisant du saupoudrage. Les décisions politiques doivent permettre aux entreprises et aux particuliers d’y prendre part et d’y jouer un rôle actif. Et il y aura des perdants, que ce soit dans les exploitations de lignite, dans certaines industries et dans d’autres secteurs. La transition énergétique ne pourra se faire que si ces personnes et les régions dans lesquelles elles vivent ne sont pas laissées pour compte. Il faut œuvrer pour la paix sociale, mais aussi, pour le formuler positivement, créer des perspectives – sous la forme de nouveaux cursus de formation et d’emploi, de nouvelles industries, d’innovations et des projets passionnants. Nous voulons aborder tout cela lors du quatrième forum sur l’énergie. Nous entendrons le commissaire européen à l’énergie, Kadri Simson, la ministre française de l’Environnement, Barbara Pompili, et le secrétaire d’État allemand à l’énergie, Andreas Feicht. Des étudiants, des personnalités politiques, des scientifiques et des acteurs du monde de l’entreprise auront également leur mot à dire. Nous voulons réunir ces personnes, qui ont toutes un rôle à jouer dans la transition énergétique, et dresser un état des lieux sur le sujet pour le public, et montrer ce qui sera fait pour faire avancer les choses.

Quels sont vos projets à l’avenir?

Charlène Marquot : Cette année est ma dernière année d’études, je suis en Master transition écologique et je me spécialise dans l’entrepreneuriat social et solidaire. Je vais donc entrer dans le monde du travail à partir de mars 2022 en commençant mon stage de fin d’études, que j’espère faire dans le domaine de la transition écologique, l’éducation à l’environnement et/ou l’égalité hommes-femmes. J’aimerais à nouveau voyager après mes études, notamment en participant à des projets de sensibilisation sur les sujets de l’environnement à travers l’Europe. Je vais continuer à m’impliquer dans différents projets liés au climat, aux inégalités de genre et à l’Europe, car ce sont des sujets qui me tiennent à cœur. Plus tard, je voudrais travailler dans une association ou une entreprise qui correspond à mes valeurs et je me vois bien travailler quelque part en Europe.

Le programme du forum comprend également une discussion avec les mouvements de jeunes «Fridays for Future» et «On est prêt». Quels projets avez-vous pour l’avenir afin de permettre aux jeunes de s’exprimer sur les questions climatiques?

Sven Rösner : Depuis 2019, nous travaillons sur les dimensions sociales et écologiques de la transition énergétique, car au final, elles seront déterminantes pour la rapidité de la mise en œuvre de la lutte contre le réchauffement climatique. Les jeunes se sont imposés comme une force pour les questions liées au climat. Ils y entretiennent un rapport très direct, sont inquiets pour leur avenir, mais ont aussi beaucoup d’idées. Pour nous, en tant que plateforme de dialogue, ils intègrent un des groupes auxquels s’adresse notre travail et dont nous aimerions entendre plus souvent la voix au cours de nos événements.