En 1963, Charles de Gaulle et Konrad Adenauer signaient le traité de l'Élysée pour en finir avec l'inimitié héréditaire entre la France et l'Allemagne.

56 ans après, jour pour jour, l'étroite coopération franco-allemande se mesure aux liens uniques entre les deux pays: les échanges scolaires ont créé des amitiés profondes, les relations économiques ouvert de nouveaux marchés et les 2200 jumelages constituent "l'un des instruments les plus efficaces pour renforcer la cohésion européenne au niveau de toutes les catégories socioculturelles" (Fondation Bertelsmann 01.2018).

Comme laboratoire d'apprentissage interculturel, cette expérience de réconciliation est également une source d'inspiration pour d'autres régions. Les Balkans ont par exemple suivi le modèle de l'Office franco-allemand pour la Jeunesse en créant l'Office régional de coopération pour la jeunesse des Balkans occidentaux (Regional Youth Cooperation Office) en 2016.

À cela s'ajoute une ambition forte pour les liens entre les sociétés civiles et les jeunes, la coopération transfrontalière et la démocratie parlementaire, avec la création d'une Assemblée parlementaire commune.

On pourrait donc dire que tout va bien. À quoi bon un nouveau Traité? Ils sont d'ailleurs déjà nombreux à regretter les manques, déplorer l'absence de vision du "traité d'Aix-la-Chapelle". Pourtant, en intégrant les enjeux liés à l'innovation, le numérique, l'intelligence artificielle, la sécurité ou la lutte contre le terrorisme et en affirmant clairement la responsabilité de la coopération franco-allemande pour l'Europe, l'accord ouvre un nouveau chapitre. À cela s'ajoute une ambition forte pour les liens entre les sociétés civiles et les jeunes, la coopération transfrontalière et la démocratie parlementaire, avec la création d'une Assemblée parlementaire commune. Ces avancées portent un même message: il s'agit maintenant de placer les citoyens au cœur, de rendre la relation concrète, perceptible dans le quotidien. Cette société s'engageant déjà à travers les jumelages, les cursus universitaires, les chantiers d'été mais aussi la création d'entreprises ou de start-up, il faut lui donner des moyens. Car les attentes sont fortes. "Le fonds citoyen" destiné "à encourager et à soutenir les initiatives de citoyens et les jumelages" permettra à chacun de s'en emparer pour développer des actions solidaires ou des mesures favorisant la protection de l'environnement.

À la veille d'élections européennes cruciales, à l'heure où tant de personnes remettent en question les valeurs de l'Europe, s'interrogent sur sa pertinence car elles n'en ressentent pas les retombées quotidiennes, on devrait se féliciter de ces progrès. Mais il reste maintenant à entraîner tout le monde. En ce sens, les échanges de jeunes représentent un levier formidable. Grâce à ces expériences, les jeunes acquièrent des compétences interculturelles et linguistiques; les échanges et les programmes de mobilité constituent un atout sur le plan à la fois personnel et professionnel. Ils génèrent une ouverture d'esprit, une capacité d'adaptation et surtout la naissance d'un sentiment d'appartenance à un espace commun. Ils pourraient irriguer toute la société s'ils étaient organisés à grande échelle. Car l'enjeu est bien là: y donner accès, à l'université comme chez les apprentis, à l'école comme dans les centres sociaux, dans les cités comme dans cette France périphérique si bien décrite par Salomé Berlioux et Erki Maillard dans Les invisibles de la République.

Nous devons renforcer les dispositifs performants, tels que le Volontariat Franco-Allemand et créer de nouveaux formats dans lesquels les jeunes jouent un rôle actif en Europe et œuvrent à la construction de son avenir. L'effort financier inédit des deux gouvernements pour soutenir la mission de l'OFAJ nous aidera à relever ce défi.

Avec la nouvelle édition du Traité d'amitié franco-allemande, on est bien au-delà du symbole. Osons saisir cette chance.

Béatrice Angrand

Secrétaire générale de l’Office franco-allemand pour la Jeunesse (OFAJ)


 

Cette tribune est paru le 22 janvier 2019 dans Le Huffington Post et dans la version allemande dans la Frankfurter Allgemeine Zeitung.

Le Huffington Post