L’animation linguistique, un pont interculturel

Surmonter les barrières linguistiques et faciliter la communication interculturelle sont deux des principaux éléments et objectifs d’une rencontre entre jeunes.

La méthode de l’animation linguistique développée par l’OFAJ a été spécialement conçue à cette fin.

La communication et l’animation linguistique lors des rencontres de jeunes

L’objectif d’une rencontre bi- ou trinationale est de favoriser le rapprochement et la communication entre des participantes ou des participants venus de différents pays. Pour participer à un échange interculturel il n’est néanmoins pas nécessaire de connaître la langue du ou des pays partenaires.

Dans les rencontres internationales, on constate que les jeunes ont recours à des procédés spontanés pour entrer en contact avec leurs partenaires, même lorsqu’ils n’ont que très peu de connaissances de l’autre langue : quand elles ou ils vont demander une aide, demander de répéter, montrer qu’elles ou ils n’ont pas compris, demander de parler plus lentement, se faire comprendre par des gestes, des mimiques ou des dessins, les jeunes participantes ou participants sont déjà dans la communication. Mais sans l’intervention d’une animatrice ou d’un animateur, cela ne se traduit que trop rarement par des acquisitions linguistiques réelles.

D’autres vont spontanément écrire des mots, des expressions qui les intéressent sur un carnet. Sans un travail systématique, ces notes n’aboutissent pas, elles non plus, à un apprentissage linguistique. Il en est de même pour les chansons apprises pendant la rencontre, pour les activités ludiques où bien souvent des mots et expressions sont utilisés, mais seront vite oubliés.

L’animation linguistique vise à prendre au sérieux ces stratégies, d’en faire prendre conscience aux participantes ou aux participants et de leur montrer leur diversité afin qu’elles et ils parviennent à les utiliser et élargissent ainsi leurs compétences.

La rencontre interculturelle est un lieu privilégié pour proposer une sensibilisation à la langue et à la culture de l’autre. Les méthodes ludiques mises en œuvre dans le cadre de l’animation linguistique aident les jeunes à lever leurs inhibitions, à vaincre la peur de la langue de l’autre et à créer une dynamique de groupe franco-allemande. L’animation linguistique doit aider les jeunes à communiquer avec d’autres et leur démontrer que la communication est possible même avec très peu de moyens linguistiques. Elle vise aussi à leur donner le goût de poursuivre l’apprentissage de la langue après l’échange.

Qu’est-ce que l’animation linguistique et quels sont ses objectifs ?

L’animation linguistique est une méthode ludique qui stimule la communication, aide à surmonter les barrières linguistiques, renforce la motivation à découvrir une autre langue et une autre culture.

L’animation linguistique s’appuie sur la longue expérience de l’OFAJ (avec ses partenaires) en matière de travail linguistique. Depuis quelques années, cette méthode, conçue à l’origine pour le secteur extrascolaire, est également utilisée dans le cadre des échanges scolaires. Pour plus d’informations sur l’histoire de l’animation linguistique (Projet Bielefeld), consulter l’article dans notre brochure L’animation linguistique lors des rencontres franco-allemandesde jeunes.

L’animation linguistique n’est pas une fin en soi. Elle doit être pensée dans le contexte global de l’apprentissage interculturel : permettre aux jeunes un développement personnel. L’ouverture à l’autre langue sous-entend s’ouvrir soi-même et s’ouvrir à l’autre. C’est seulement lorsque les jeunes seront demandeurs que la sensibilisation linguistique pourra devenir une véritable session d’apprentissage linguistique.

L’animation linguistique vise les objectifs pédagogiques suivants :

 

  • éveiller la curiosité pour l’autre pays ;
  • saisir les chances de la rencontre avec des jeunes de l’autre culture ;
  • donner un accès à l’autre pays ;
  • donner l’envie de découvrir la langue et la culture du partenaire et de réfléchir sur sa propre langue et sa propre culture.

 

Les activités ludiques mises en place dans ce cadre permettent de lever les barrières linguistiques, promeuvent et contribuent à systématiser l’apprentissage des langues.

L’animation linguistique, un outil de déblocage

L’objectif premier de l’animation linguistique est de susciter la curiosité des participantes ou des participants : pour le pays de l’autre, sa culture, sa langue et ses gens. Les méthodes ludiques qu’elle leur propose leur font perdre la peur de l’autre et de l’autre langue en leur démontrant que communiquer est possible avec peu de connaissances linguistiques et qu’on peut y prendre du plaisir.

L’animation linguistique permet ainsi de lever les inhibitions qui souvent entravent une communication naturelle. Il se crée alors une dynamique de groupe interculturelle et un véritable échange entre les participantes ou les participants d’origines différentes. Les enfants et adolescentes ou adolescents développent des stratégies de communication et des qualités telles que l’ouverture d’esprit, la tolérance et la curiosité, qui leur seront très utiles même après la rencontre.

La notion de plaisir au centre de l’acquisition linguistique consciente

L’animation linguistique vise directement à encourager la communication et à faire naître le désir d’apprendre un minimum de mots ou expressions nécessaires à la vie commune lors de la rencontre.

Cette approche permet d’autre part de donner goût aux participantes ou aux participants à la langue de l’autre en faisant vivre celle-ci comme un moyen de communication et non comme une matière scolaire. L’animation linguistique met à la disposition des jeunes les moyens langagiers qui leur permettent de s’exprimer sur des sujets les concernant directement. Les structures apprises acquièrent ainsi une utilité immédiate, et les apprenantes ou les apprenants prennent confiance et ressentent alors le désir de garder contact avec l’autre langue et l’autre culture.

Dans le même temps, les enfants et adolescentes ou adolescents découvrent que la situation même de contact engendre des acquisitions linguistiques et vivent l’apprentissage de la langue comme un processus où l’on se corrige mutuellement et avec bienveillance.

Vécue comme un processus conscient qui permet d’apprendre à mieux se comprendre, l’acquisition linguistique incite les participantes ou les participants à s’approprier de nouvelles stratégies d’apprentissage. Par le biais des activités ludiques qui favorisent la mémorisation et la systématisation des acquis, les participantes ou les participants prennent conscience qu’il est possible d’apprendre une langue de manière efficace autrement qu’en apprenant par cœur des listes de vocabulaire. Ces activités font naître chez les jeunes la motivation d’un apprentissage systématique ultérieur à la rencontre.

Cette systématisation aide à réfléchir sur les acquisitions linguistiques et à découvrir la structure de la langue. La répétition, l’intériorisation et la mémorisation des contenus d’apprentissage permettent à chacune ou chacun des participantes ou des participants de prendre conscience des progrès effectués, de percevoir les nuances entre les 2 langues et de réinvestir ces acquisitions de manière active dans un autre contexte.

Les conditions d’une animation linguistique réussie

L’animation linguistique offre la possibilité d’intégrer une dimension linguistique dans un programme bi- ou trinational sans pour autant devoir organiser un cours de langue classique. Pour que cette démarche aboutisse, les organisatrices ou les organisateurs doivent néanmoins respecter un cadre réglementaire et faire en sorte que l’animation linguistique soit accompagnée par des animatrices ou des animateurs qualifiés.

Le cadre général

La mise en œuvre des animations linguistiques nécessite avant tout la présence d’un groupe binational dans lequel les participantes ou les participants sont le plus possible en contact avec des natives ou des natifs de l’autre langue ou des autres langues, par exemple par l’hébergement dans des chambres mixtes.

Une rencontre en tiers lieu offre un cadre idéal car les participantes ou les participants sont dans un environnement inhabituel auquel elles et ils doivent s’adapter.

Lors de ces rencontres, il est indispensable qu’une salle soit mise à la disposition du groupe. Cette salle est déjà en soi un lieu propice à la communication naturelle. Il est primordial que les jeunes aient un endroit où se retrouver quand elles et ils n’ont justement « rien d’autre à faire ». Comme on l’a vu, c’est surtout dans les moments informels de la rencontre que les jeunes communiquent. Ensuite, une salle est indispensable à la réalisation d’activités ayant recours à des supports visuels. Les participantes ou les participants pourront y accrocher des affiches sur lesquels elles et ils inscriront les mots de vocabulaire afin de les acquérir et de les utiliser tout au long de la rencontre.

L’animation linguistique devra avoir une place fixe dans le programme, être adaptée aux besoins des participantes ou des participants, et au moins une heure par jour devra y être consacrée. Elle se fait de façon informelle tout au long de la journée et chaque fois que l’occasion s’y prête. Elle se fait aussi de façon plus formelle, par exemple par l’utilisation de méthodes spécifiques comme des jeux et activités ou le travail linguistique en tandem.

Le rôle de l’animatrice ou l’animateur linguistique

C’est une animatrice ou un animateur de rencontres binationales expérimenté ayant de bonnes connaissances de la langue du partenaire. Elle ou il va observer la communication naturelle entre les jeunes, ainsi que les stratégies qu’ils utilisent : quelle est la motivation, quand cette communication a-t-elle lieu, comment se déroule-t-elle ?

Les situations de contact, engendrées par les activités binationales proposées aux jeunes, font naître le besoin de communiquer. C’est sur ces situations de contact que l’on s’appuiera pour proposer des « solutions linguistiques », permettant la communication verbale. Des activités ludiques, où ces éléments langagiers seront repris, permettront ensuite une véritable acquisition linguistique.

La situation de contact entre les jeunes restera cependant le moteur de l’animation linguistique, puisque c’est elle qui engendre un intérêt réel pour la langue. Les jeunes vivent la langue comme un outil de communication et non pas comme une fin en soi. Grâce à l’intervention de l’animatrice ou l’animateur linguistique, ils découvriront également qu’apprendre une langue peut être source de plaisir.

L’animatrice ou l’animateur n’est pas une enseignante ou un enseignant de langue et ne proposera donc pas de « cours » dans le sens traditionnel, mais une aide liée aux besoins immédiats des jeunes. Elle ou il proposera des mots et expressions utilisés ou qui ont fait défaut, sous forme personnalisée ou en petits groupes, et fera ensuite des activités en sous-groupe ou en grand groupe, où ces mots et expressions seront repris, pour permettre de les mémoriser réellement. Il peut s’agir de mises en commun du vocabulaire sur des feuilles accrochées au mur, de structuration de ce vocabulaire par thème, mais aussi de mises en commun des stratégies naturelles utilisées. On sait, en effet, que la prise de conscience de ces stratégies favorise l’apprentissage.

Dans la base de données OFAJ vous trouverez des animatrices ou des animateurs qualifiés ayant obtenu un Certificat OFAJ.

Formations à l’animation linguistique et informations complémentaires

Formations à l’animation linguistique

Chaque année, l’OFAJ et ses partenaires proposent des formations à l’animation linguistique. Ces programmes permettent aux participantes ou aux participants de se familiariser aux méthodes de l’animation linguistique, et ce dans le cadre d’une rencontre binationale : la moitié des participantes ou des participants viennent en effet du pays partenaire et l’équipe d’animation est elle-même binationale. L’objet de ces stages est, entre autres, de familiariser les participantes ou les participants aux principes et objectifs de l’animation linguistique, aux activités favorisant l’acquisition linguistique, à la dynamique de groupe, au rôle de l’animatrice ou l’animateur linguistique, à l’apprentissage interculturel, etc. Les contenus seront transmis suivant une démarche tournée vers la pratique et l’expérience sous forme de simulations, d’ateliers, de jeux, de travail en groupe, de discussions, etc. La pédagogie adoptée doit stimuler la réflexion et l’interaction des participantes ou des participants. Ces stages sont recommandés aux animatrices ou aux animateurs et enseignantes ou enseignants qui souhaitent organiser une rencontre franco-allemande ou trinationale en y intégrant une animation linguistique.

Ressources

 

  • OFAJ/DFJW, L’Animation linguistique dans les rencontres franco-allemandes de jeunes, Berlin, Réédition 2013 ;
  • BDP/Gwennili/AZS, Guide pour l’animation linguistique dans les rencontres trinationales, « Sag was !, Dis-moi !, Powiedz cos ! », 2009 ;
  • CNOSF/DSJ, L’Animation linguistique et le sport – Une publication du Comité national olympique français et de la Deutsche Sportjugend im DOSB e.V., 2017 ;
  • IJAB, « Sprachanimation – inklusiv gedacht »/« Language Animation – the inclusive way », 2015 ;
  • Entraide Allemande/Deutsches Sozialwerk, Pistes pour une animation linguistique, Paris 2005 (épuisé).